DOSSIER : les gardiens mythiques de la Nazionale. “Gigi” Buffon (2/12)

Par Grégory Canale publié le 06 Mai 2020

Parce que la Squadra Azzurra a rarement été victorieuse sans un dernier rempart de choix, Calciomio vous conte l’histoire des plus grands portieri italiens. Place à Gianluigi Buffon : « Superman » de la Juve et de l’Italie, recordman des sélections et vainqueur de la Coupe du monde 2006.

Son style : un talent inné

19 novembre 1995. Nevio Scala prend tout le monde à contre-pied face au Milan AC. Pour suppléer Luca Bucci, blessé, l’entraîneur parmesan préfère un gamin de 17 ans à son portier remplaçant Alessandro Nista. La Serie A découvre alors le prodige nommé Buffon. Sur le terrain, le jeune paraît vétéran. Des sorties maîtrisées face à Weah, Baggio et un bel arrêt contre Simone (0-0). Surprenant pour un gardien qui a découvert le poste tout juste cinq ans auparavant.

En 1990, le Toscan de 12 ans passe du milieu de terrain à la cage, impressionné par les performances de Thomas N’Kono dans les buts de la sélection camerounaise au Mondial en Italie. Moins d’un an plus tard, plusieurs clubs – dont le Milan AC – lui font passer des essais. C’est finalement Parma qui accorde sa confiance à cet élément prometteur, malgré son manque criant de technique. « Son recrutement a fait débat« , souligne Ermes Fulgoni, celui qui l’a formé pour devenir grand, « mais la meilleure qualité de Gianluigi est sa capacité d’apprentissage ».

Le natif de Carrare est pétri de talent et a un fort caractère. « Gigi » devient le gardien titulaire des Parmesans à 18 ans. En 1998, il stoppe un penalty de Ronaldo – lors de la victoire des siens face à l’Inter (1-0) – et célèbre sa prouesse en montrant un t-shirt de Superman aux tifosi. Son surnom était trouvé.

25 ans de carrière et de nombreux records

Toute sa carrière, Gianluigi Buffon va l’émailler de records. À commencer par son transfert à la Juventus, à l’été 2001, qui a fait de lui – jusqu’en 2018 – le gardien le plus cher de l’histoire du football (52,8 M€). À Turin, il remporte entre autres neuf scudetti – premier joueur à réaliser pareille performance – et bat en 2016 l’invincibilité en championnat de Sebastiano Rossi (973 minutes sans encaisser de but). Après une expérience au PSG, l’Italien de retour au bercail a même rejoint Paolo Maldini cette saison au nombre de rencontres de Serie A (647).

Buffon jeune vieux

Buffon à 17 ans et 41 ans.

En Nazionale, aussi, « Gigi » affole les compteurs. Le portier est le recordman européen de sélections avec 176 capes. Après une Coupe du monde 1998 comme numéro deux, Buffon s’impose ensuite en reléguant Pagliuca sur le banc. Mais il doit attendre pour briller avec la Squadra Azzurra. Une fracture du doigt le contraint à renoncer à l’Euro 2000 au profit de Toldo. Malgré les prouesses de son concurrent dans le tournoi, Buffon reprend sa place et sera le titulaire au Mondial 2002.

Son chef-d’œuvre avec le maillot italien est la victoire à la Coupe du monde 2006 en Allemagne. Pendant la compétition, « Superman » ne va qu’à deux reprises chercher le ballon au fond de ses filets : un c.s.c. de Zaccardo, face aux États-Unis, et un penalty de Zidane en finale. Gianluigi maintient à flot les siens, avec des parades d’anthologie devant l’Allemagne de Podolski en demi-finale et sur une tête de « Zizou » contre la France. Cette année-là, il aurait pu remporter le Ballon d’or.

Buffon a été l’un des protagonistes de la « quatrième étoile » en 2006.

Un rêve inachevé : la Champions League

Une déception qui n’est rien à côté de la grande désillusion de sa carrière. Vainqueur de la Coupe de l’UEFA avec Parma en 1999, Buffon n’a jamais soulevé la Champions League. Les occasions se sont pourtant présentées avec trois finales perdues : en 2003 face au Milan AC, où « Gigi » réalise l’un des arrêts les plus spectaculaires de sa carrière, ainsi qu’en 2015 et 2017 contre le Barça et le Real Madrid. La malédiction le poursuit au PSG, où il est en partie responsable de l’élimination parisienne lors de l’édition 2018-2019.

Le goût d’inachevé, le gardien peut l’avoir aussi en Nazionale. Tout devait pourtant bien se terminer, en devenant le premier joueur à disputer six Mondiaux. Mais sur la route de la Coupe du monde 2018, le capitaine et les siens ne franchissent pas le barrage contre la Suède. Sa dernière sélection en mars 2018 laisse un bilan assez mitigé : une Coupe du monde et une finale de l’Euro en 2012 certes, mais aussi deux éliminations successives au premier tour d’un Mondial (2010, 2014) et une édition manquée.

Alors oui, ses échecs ajoutés à quelques casseroles, liées à son goût prononcé des paris sportifs, pourraient écorner l’image de Gianluigi Buffon. Mais sa longévité, son choix de rester à la Juve en 2006 – malgré la relégation en Serie B – et ses applaudissements sur la Marseillaise lors d’Italie-France en 2016, font de lui l’un des gardiens les plus estimés des trente dernières années. Et à 42 ans, « Superman » ne semble pas vouloir encore ranger son costume.

À lire aussi :

1. Les gardiens mythiques de la Nazionale. « Ricky » Albertosi (1/12)

2. Les gardiens mythiques de la Nazionale. « Gigi » Buffon (2/12)

Bonus :

Lorenzo, le Buffon originel

Grégory Canale

Rédacteur



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