CALCIOSTORY : Allemagne-Italie 2006, la folie au bout de la nuit

Par Matthieu Pianezze publié le 23 Avr 2020

Partons dans la folie d’une soirée qui a marquée plusieurs générations de tifosi de la Nazionale. Un doux soir de l’été 2006, dans la fureur du Westfalenstadion de Dortmund, pour un classique du football mondial entre l’Allemagne qui organise sa coupe du monde et l’Italie. Six coupes du monde remportées par ces deux nations et un match qui s’annonce brulant pour obtenir un précieux sésame pour une finale face au Portugal de Figo ou à la France de Zidane.

Une Allemagne qui veut écraser la Nazionale

Un choc entre ces deux nations à ce niveau de la compétition fait évidemment le bonheur de la presse des deux pays qui n’hésitent pas à évoquer le fameux « match du siècle ». En effet, le 17 juin 1970, au stade Aztecs de Mexico, l’Italie avait battu l’Allemagne de Beckenbauer (4-3) après une prolongation, restée dans toutes les mémoires. Le Kaiser lui même, visiblement toujours rancunier, va chauffer l’atmosphère en déclarant que « L’Italie va payer le scandale du Calciopoli sur le terrain, les joueurs auront la tête ailleurs ». En effet, un scandale de matches truqués a éclaté dans la péninsule deux semaines avant le Mondial, impliquant la Juventus, championne en titre, et d’autres grands clubs où évoluent la majorité du groupe de Marcello Lippi. En 2006, il est hors de question pour les allemands de subir les mêmes conclusions tragiques qu’en 70 et 82, et fort de leur parcours dans la compétition avec l’élimination au tour précédent d’une Argentine jugée comme favorite la confiance est au maximum pour la troupe de Klinsmann. La presse d’outre-Rhin s’attend à une Italie dominée face à la puissance allemande et le fait d’avoir écrasé l’Ukraine au tour précédent ne change rien à l’affaire. La Squadra Azzurra arrive malgré cela sereine et confiante mais devra toujours faire sans Nesta blessé et De Rossi suspendu. Du côté de la Nationalmannschaft, l’immense travailleur du milieu de terrain Frings est suspendu.

90 minutes étouffantes

Dès le début du match, les duels sont âpres et intenses, l’atmosphère est brulante par plus de 30 degrés et les deux équipes se craignent énormément. A l’image d’un Cannavaro en pleine bourre depuis le début de la compétition, les italiens ne donnent rien à un Miroslav Klose à la gâchette pourtant très affutée. La Nazionale se montre tout de même plus dangereuse que son adversaire et un certain Fabio Grosso commence à se chauffer en multipliant les montées intéressantes sur le flanc gauche. En deuxième période, le match se tend de plus en plus et Klose après avoir enfin semé la défense azzurra bute sur un Buffon ultra vigilant. Du coaching se met en route du côté de Lippi avec l’entrée de Gilardino à la place d’un Luca Toni pris dans la tenaille allemande. Ballack est impressionnant de sérénité au milieu de terrain et semble donner le tempo du jeu allemand. Pirlo a lui plus de mal à trouver le rythme dans ce match et son emprise sur le jeu de Lippi, est moins prégnante que lors des rencontres précédentes. On se dirige tout droit vers les prolongations et les supporters des deux équipes sont de plus en plus tétanisés par le stress.

Des prolongations incandescentes, la Nazionale abat l’Allemagne : Grosso, Grosso, Grosso

Dès le coup de sifflet de monsieur Archundia donnant le début de la prolongation, un long vent de folie va s’emparer de l’enceinte allemande. Lippi continue son coaching agressif et Iaquinta est lancé à la place de Camoranesi. Gilardino dans les premières minutes va s’offrir un festival sur le côté de droit avant de trouver le poteau gauche de Lehmann. Dans la foulée, Zambrotta d’une frappe à l’entrée de la surface fracasse la barre transversale allemande suite à un corner de Pirlo. La Nazionale serait-elle maudite ? Pas certain ! Car le jeune Podolski rate une tête seul au point de penalty. Entre temps, Lippi a fait entrer Del Piero à la place d’un milieu Perrotta. On joue la 111ème minute, lorsque Kehl décale Podolski sur le côté gauche de la surface de réparation. L’attaquant a juste le temps de contrôler, et d’envoyer un caramel du pied gauche au premier poteau. Buffon sort alors l’une des parades de la compétition.

Cinq minutes plus tard, Pirlo qui monte en régime au fil de la rencontre allume un pétard du gauche des vingt-cinq mètres et oblige Lehmann à se détendre. Vous êtes prêt pour la suite ? Si oui, attachez votre ceinture et laissez vous porter par le corner de Del Piero repoussé dans les pieds de Pirlo par une tête allemande, l’architecte du Milan AC dépose alors une merveille de passe qui prend à revers la défense, Grosso se saisit de l’offrande en enroulant merveilleusement le ballon de son pied gauche pour tromper Lehmann. La célébration iconique qui s’en suit risque de rester longtemps dans les mémoires collectives. Le banc italien explose de joie et Lippi est obligé de calmer ses joueurs car les allemands sont déjà dans le rond central prêt à enclencher. Cannavaro détruit alors la fureur allemande, d’une double intervention défensive d’une puissance inouïe puis lance Totti qui trouve Gilardino dans la profondeur, ce dernier marque un temps d’arrêt avant de servir d’un café crème un Del Piero lancé qui crucifie tout un peuple d’un ballon enroulé en pleine lucarne. Les supporters et joueurs allemands s’effondrent comme un seul homme. La joie italienne est incommensurable oscillant entre la sueur et les larmes. Andiamo a Berlino, andiamo a Berlino, andiamo a Berlino !

Matthieu Pianezze

Rédacteur



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