DOSSIER : les gardiens mythiques de la Nazionale. Aldo Olivieri (12/12)

Par Grégory Canale publié le 23 Juil 2020

Parce que la Squadra Azzurra a rarement été victorieuse sans un dernier rempart de choix, Calciomio vous conte l’histoire des plus grands portieri italiens. Aldo Olivieri est l’unique gardien de provincia à avoir soulevé la Coupe du monde avec la sélection, en 1938. Le dernier numéro de ce dossier en douze parties lui est consacré.

Son style : spectacle et courage

Un arrêt déterminant. 5 juin 1938. La Nazionale, championne en titre, est mise en difficulté pour son entrée au Mondial en France. Face à la Norvège au stade Vélodrome, les hommes de Vittorio Pozzo mènent les débats avant de se faire rejoindre à sept minutes du coup de sifflet final. À la 88′, Brynhildsen frappe en direction de la lucarne. Le monde est sur le point de s’écrouler, mais Aldo Olivieri se déploie et dévie le ballon en corner. Impressionné, le Norvégien demande alors à l’arbitre de stopper momentanément la rencontre pour aller féliciter le portier.

« Il était le plus grand gardien italien. Quand il s’envolait, il le faisait à raison. Il sortait toujours avec un courage admirable », disait de lui le grand Gianni Brera. N°1 de l’Italie après les années Combi, Olivieri est tout le contraire de son illustre prédécesseur. Le spectacle est sa norme. Les interventions sont impressionnantes, les sorties audacieuses. Le Veneto bondit comme un félin dans ses buts. Subjugués par sa détente sèche, ses contemporains le surnomment il Gatto Magico (ndlr « le Chat Magique »).

« Il Gatto Magico », surnom d’Aldo Olivieri, notamment pour ses sorties aériennes.

Mais à passer son temps dans les airs, les chutes peuvent s’avérer vertigineuses. Comme ce jour d’automne 1933, alors qu’Aldo joue à Padova. Contre la Fiumana, l’ultime défenseur est touché lourdement à la tête dans un duel périlleux avec l’attaquant Gregar. Le diagnostic tombe : fracture du crâne. Pour les médecins, qui l’opèrent à coup de perceuse, il doit faire une croix sur le football.

De la danse classique comme entraînement

Après des débuts prometteurs à l’Hellas, qui l’ont conduit jusqu’à la Serie A avec Padoue, le joueur se retrouve donc freiné dans sa lancée. Olivieri est cependant déterminé à refouler les terrains. À force d’abnégation, l’objectif est rempli un an plus tard. À 24 ans, le portiere a déjà ses fans. Parmi eux, Ernő Erbstein, un autre jeune dans son rôle. L’un des futurs entraîneurs du Grande Torino, convainc le gardien de le rejoindre à Lucchese en Serie C.

Dans les derniers mois de l’année 1934, le Veneto renoue avec son poste fétiche. Avec difficulté d’abord, en raison des fortes migraines causées par sa grave blessure. Pour retrouver la forme, son mister l’envoie faire un drôle d’entraînement. Deux fois par semaine, il doit suivre des cours de danse classique, en compagnie des filles du coach hongrois. Idéal pour acquérir à nouveau un certain équilibre et perfectionner sa souplesse. Aux côtés d’Erbstein, Olivieri devient il Gatto Magico.

Olivieri (en bas à droite), son entraîneur fétiche Erbstein et ses coéquipiers à Lucchese.

Quatre saisons et des montées jusqu’en Serie A. Aldo noue une relation particulière avec son entraîneur qui l’emmène dans ses valises, à l’été 1938, direction le Torino. Les tifosi l’adoptent d’emblée, lorsque pour sa première face à la Triestina, le portier arrête deux penaltys. Aldo demeure Granata jusqu’en 1942, avant de filer à Brescia pour la fin de sa carrière. À Turin, il laisse ses coéquipiers, à l’aube d’une serie de cinq scudetti d’affilée et d’un destin tragique.

Un Provinciale champion du monde

Le « Chat » ne serait cependant pas « Magique » sans son titre mondial. La Nazionale lui ouvre les portes en 1936, alors qu’Aldo évolue à Lucchese. Olivieri dispute sa première sélection contre l’Allemagne, comme ce sera le cas pour sa 24e et dernière cap en 1940. Vittorio Pozzo est séduit par l’assurance du bonhomme, qui évoluait en Serie B encore quelques mois auparavant. Et il est installé titulaire au sein d’une Italie qui doit confirmer son statut mondial, après la victoire en 1934.

À l’approche de la Coupe du monde en France, le sélectionneur fait appel à Arturo Maffei. Le spécialiste du saut en longueur, 4e des J.O. de Berlin, a pour mission de faire travailler l’explosivité d’Olivieri. « Aldo n’avait rien à apprendre », dira plus tard l’athlète transalpin. Il Gatto Magico arrive donc en pleine forme au Mondial. Le gardien livre une prestation énorme face à la Norvège et sera solide durant tout le tournoi. Les Azzurri sont déjà doubles champions du monde.

Olivieri, Pozzo et l’Italia remportent une deuxième Coupe du monde en 1938.

En octobre, il est le premier portiere italien à être sélectionné au sein du FIFA World XI, pour une rencontre de gala face à l’Angleterre. Aujourd’hui encore, le Véronais est le seul n°1 d’un club provincial à avoir gagné la Coupe du monde. Les trois autres – Combi, Zoff et Buffon – sont Juventini. Aldo Olivieri : un très bon cru pour clôturer ce dossier sur les gardiens mythiques de la Nazionale.

À lire aussi :

1. Les gardiens mythiques de la Nazionale. « Ricky » Albertosi (1/12)

2. Les gardiens mythiques de la Nazionale. « Gigi » Buffon (2/12)

3. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Giovanni Galli (3/12)

4. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Luca Marchegiani (4/12)

5. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Gianluca Pagliuca (5/12)

6. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Angelo Peruzzi (6/12)

7. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Giuliano Sarti (7/12)

8. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Francesco Toldo (8/12)

9. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Walter Zenga (9/12)

10. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Dino Zoff (10/12)

11. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Gianpiero Combi (11/12)

12. Les gardiens mythiques de la Nazionale. Aldo Olivieri (12/12)

Bonus :

Lorenzo, le Buffon originel

Grégory Canale

Rédacteur



Lire aussi