Lorenzo, le Buffon originel

Par Yacine Ouali publié le 20 Oct 2018

Avant Gianluigi Buffon et ses débuts parmesans, avant sa claquette contre Zidane… il y avait Lorenzo, son grand-oncle* et gardien mythique du grand Milan AC des années 1950. Considéré comme l’un des tous meilleurs gardiens de sa génération, il s’était aussi rendu célèbre de par sa rivalité personnelle avec Giorgio Ghezzi, gardien de l’Inter, pour le coeur de l’actrice la plus célèbre d’Italie de l’époque, Edy Campagnoli.

Gianluigi Buffon parle de son grand-oncle Lorenzo lors d’une conférence

Des débuts prometteurs

Né en 1929 à Majano, petite ville dans la province d’Udine, Lorenzo Buffon commence sa carrière en 1948 dans le modeste club de Portogruaro, en Vénétie. Alors en Serie C, le club se retrouve en Promozione, une nouvelle division créée cet été-là dans le cadre d’une restructuration des divisions inférieures du Calcio, et qui équivalait à la 4ème division. À la fin de la saison 1948-1949, Portogruaro termine 2ème du championnat en n’encaissant que 30 buts en 34 matches grâce aux premiers exploits du jeune Buffon.

Si Portogruaro rate la promotion en Serie C pour 4 points, Buffon a la chance de taper dans l’oeil d’un observateur d’un Milan sevré de Scudetto depuis 1907. Son arrivée coïncide avec la formation du fameux trio Gre-No-Li (Gren-Nordahl-Liedholm). Au début des années 1950, la ville de Milan s’apprête en effet à prendre le relais, au niveau de la domination nationale, d’une ville de Turin marquée par la tragédie du Superga.

Après des débuts convaincants lors d’une confortable victoire contre la Sampdoria en janvier 1950, Buffon s’impose définitivement dans les cages milanaises, autant aux yeux de la presse que de son entraîneur Lajos Czeizler, avec la mémorable victoire 7 à 1 de son équipe face à la Juventus au Stadio Comunale, pour ce qui restera comme le premier match de Serie A retransmis en direct à la télévision.

L’antagonisme avec Giorgio Ghezzi en toile de fond d’une glorieuse carrière

Un an plus tard, à la fin de la saison 1950-1951, le Milan remporte son premier titre en 44 ans, avec un Lorenzo Buffon déjà plus que jamais protagoniste. Meilleure défense avec 39 buts encaissés, le Milan doit toutefois attendre 1955 pour remonter sur le toit de l’Italie, la faute au retour de la Juve, à la magnifique saison 1955-1956 de la Fiorentina et à la ré-émergence de l’Inter, bien gardé par le jeune et talentueux Giorgio Ghezzi. De sept mois le cadet de Buffon, Ghezzi a connu à ses débuts à peu près la même ascension. Une pige à Rimini en Serie C, une autre à Modène en B, et un transfert à l’Inter en 1951 où il gagne sa place de titulaire dès le mois d’octobre.

Outre la Nazionale, où Ghezzi devance Buffon dans la course à la sélection pour le Mondial 1954, la rivalité entre les deux jeunes gardiens se développe aussi sur le plan personnel. En effet, le début des années 50 est celui de l’avènement de l’une des premières stars de la télévision italienne, Edy Campagnoli. Née à Milan, elle s’est retrouvée au milieu d’une intense bataille émotionnelle qui passionnera la presse et les tifosi 8 ans durant. Liée au début avec Ghezzi, Edy choisira finalement de se marier à son adversaire du Milan en 1958.

L’annonce du mariage aurait provoqué une colère noire de Ghezzi, qui s’exilera au Genoa en 1958, avant de finalement rejoindre le Milan l’année d’après. Dans un effet de miroir saisissant, Buffon sera aussi recruté par le Genoa un an après Ghezzi, et ira à l’Inter en 1960. Les deux gardiens continueront à être au sommet de leur poste jusqu’à la moitié des années 1960, entraînés notamment par Helenio Herrera et Nereo Rocco.

Avant d’entamer ce chassé-croisé avec Ghezzi, Lorenzo Buffon brillera pour la première fois en Europe en 1956, en gardant les buts de rossoneri défaits seulement 5 à 4 au cumulé par le Real de Di Stéfano. Le Milan s’inclinera 3-2 en son absence contre les mêmes merengue en finale de la Coupe d’Europe 1958, au terme d’une finale malgré tout épique où le résultat ne s’est décidé qu’en prolongations.

Cette absence de la finale de 1958 en appellera d’autres lors de la saison suivante qui, malgré le nouveau titre de champion d’Italie, signera la fin de l’aventure de Buffon sous les couleurs rouge et noir. Dans une décision teintée d’un certain manque de respect, le Milan lâche Buffon au Genoa en 1959 et rapatrie Ghezzi. Très touché, le mari d’Edy Campagnoli continuera à traîner ses blessures à Gênes et souffrira même l’ignominie de la relégation, avant d’être rappelé d’entre les morts pour une renaissance à l’Inter, comme un ultime pied de nez à son ancien club.

À partir de 1960, le retour inversé de la plus grande rivalité du football italien

Même si la Juventus s’adjuge le Scudetto en 1960-1961, les yeux de l’Italie toute entière sont rivés sur Milan et son derby, dont Buffon et l’Inter remporteront l’aller, avant que Ghezzi et son Milan ne se vengent au retour. La saison qui suit sera celle de la course à la sélection pour le Mondial, que Buffon remportera malgré le titre du Milan, grâce à moins de buts encaissés sous le maillot nerazzurro. À l’été 1962, Buffon se présente donc dans les buts italiens contre l’Allemagne de l’Ouest, pour ce qu’il ne sait pas encore être sa dernière sélection. Il sera blessé pour le deuxième match face au Chili, sombrement appelé « La bataille de Santiago ». L’Italie sortira encore au premier tour, et jamais plus Buffon ni Ghezzi ne porteront le maillot national.

Cette déroute, collective pour l’un, personnelle pour l’autre, ne les empêchera pas toutefois de réaliser une dernière magnifique saison, avec une victoire en Coupe d’Europe pour Ghezzi et le Milan, et une Serie A pour Buffon et l’Inter.

Finalement, Buffon et Ghezzi prendront leur retraite en 1965, au terme de carrières menées autant en symbiose qu’en totale séparation. Toujours vivant, Lorenzo « Il Magnifico » garde un oeil avisé sur la carrière de l’illustre petit-fils de son cousin, sans pour autant négliger son Milan, pour lequel il accompagne la progression de l’autre Gianluigi.

NDRC : Lors du reportage organisé par Canal Plus et Valentin Pauluzzi, le père de GIanluigi Buffon aurait confirmé pour l’anecdote que Lorenzo n’était pas du tout de la famille et qu’il en jouait. 

Yacine Ouali



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