CALCIOSTORY : France-Italie 2006, le jour de gloire est arrivé

Par Michaël Magi publié le 26 Avr 2020

A l’orée de la finale du Mondial 2006, personne n’imagine que la rencontre figurera au panthéon des plus grandes dramaturgies de l’Histoire. Elle cristallise encore une fracture entre deux nations géographiquement proches mais que tout oppose. Les trois coups résonnent. Théâtre : Stade Olympique de Berlin. Metteur en scène : Monsieur Elizondo. Acteurs principaux : Zidane, Materazzi, Grosso, Trezeguet, Buffon. Costumes : un maillot.

Opinion publique

Après 12 années de sevrage, la Nazionale retrouve l’ivresse d’une finale mondiale. Les souvenirs de 94 sont encore vifs, comme ceux du penalty de Baggio, s’envolant dans les tribunes du Rose Bowl. Après avoir battu l’Allemagne en demi, au terme du match le plus intense de la compétition, la Nazionale n’a plus qu’une victime à accrocher à son tableau de chasse. La France, qui se dresse entre elle et une 4ème étoile, peuplant les rêves d’une nation qui oubliera ses luttes picrocholines le temps d’un match. L’adversaire charrie aussi son lot de mauvais souvenirs. Eparpillés façon puzzle par la bande à Platini en 86, supérieurs mais également battus en 98, comme en finale de l’Euro 2000, les Azzurri s’avancent méfiants mais confiants. « La finale sera très équilibrée, promet Lippi. La France est montée en puissance. En chemin, elle a trouvé son rythme et le meilleur Zidane ». Côté français, l’Equipe balance un sondage bidon : 87% des français seraient convaincus de la victoire des leurs. Dans la Gazzetta, Stefano Boldrini se livre à de la géopolitique de bazar en affirmant que le monde soutient l’Italie : « Nous ne sommes plus la nation du Catenaccio, écrit-il. Voici le compte : 2 milliards 408 millions de fans azzurri, 1 milliard 134 millions pour la France… »

Vol plané, Panenka panée…

Le coup d’envoi est donné mais a l’air d’un faux départ. Nous jouons la 1ère minute : Materazzi allonge vers Toni, lequel dévore Zidane puis Vieira. Le ballon revient pourtant au meneur français qui adresse une passe trop longue de 20 mètres pour l’homme invisible. Les regards se tournent vers le rond central. Henry, qui aurait pu se trouver à la réception, est au sol après avoir reçu les salutations de Cannavaro. Sonné. 4 minutes plus tard, alors que suite à l’incident, le match ne semble pas avoir commencé, Malouda s’écroule dans la surface. La faute n’existe pas. Mais l’arbitre siffle penalty. Le football italien n’a pas l’apanage de la simulation, faut-il croire. A Zidane de transformer. Hésitant face à Buffon, qui le connait par coeur, le 10 français tente une panenka mal gaulée qui touche la transversale avant de retomber derrière la ligne de but. France 1 Italia 0. L’injustice aura le mérite de galvaniser les troupes et un Camoranesi intenable. Thuram sauve ainsi son camp à deux reprises, coupant un centre dangereux à la 13e, puis en contrant un tir de Toni à la 17e. Vieira, quant à lui, est aux farfalle quand Materazzi plane sur Berlin et égalise. La faiblesse aérienne des français est criante en cette première période. C’est elle qui rapproche les Français du précipice lorsque Toni envoie un coup de boulard sur la transversale de Barthez. En dépit d’un Zidane à côté de ses crampons et d’un collectif italien dominateur, l’arbitre siffle la mi-temps sur un score de parité.

Grosse fatigue

Hélas, les Azzurri reviennent apathiques après la pause. Pendant dix minutes, Vieira, Henry, Ribery et Malouda font souffrir le martyr aux latéraux italiens. Même si on ne recense aucune occasion d’envergure – grâce à l’abnégation de la charnière – la Nazionale n’est, à cet instant-là, pas loin de la rupture. A la 52e notamment, lorsque Zambrotta accroche (réellement cette fois-ci) Malouda dans la surface. Mais c’est aussi au plus fort de cette furia française que la rencontre bascule. Sur une passe anodine, Vieira se tient l’arrière de la cuisse. Le milieu-à-tout-faire cède sa place à Diarra. Effet instantané : le bloc français recule de plusieurs mètres. Les difficultés physiques des Azzurri n’ont toutefois pas échappé à Lippi. Signe qui ne trompe pas : le stratège sort Perrotta et Totti (fantomatique) pour De Rossi et Iaquinta, dès l’heure de jeu. Coaching gagnant ? Oui, croit-on, quand Toni inscrit ce qui ressemble au but de la victoire. Non, quand l’arbitre de touche signale une position de hors-jeu pour une rangée de crampons. En dépit d’un joli coup-franc de Pirlo, d’un Zidane qui retrouve momentanément des couleurs, rien ne bouge. Gattuso court partout. Toni fait un match de classe. Lippi, malgré le spectre des prolongations, fait son 3e changement avec Del Piero. Nous irons jusqu’au bout de la nuit.

Vittoria di testa

La première prolongation affiche clairement le projet de jeu italien. Bloc bas, lignes resserrées, Toni seul en pointe. Dans cette configuration, seul Malouda parvient à foutre le boxon. Du côté d’un Zambrotta cramé. Et Ribery qui, fort heureusement, rate la seule véritable occasion de tuer le match à la 9e minute. Zidane reperd le fil. Approximatif, perdant quelques duels embarrassants dans l’entrejeu. C’est pourtant lui qui, à la 13ème minute, crée le décalage pour Sagnol ; lui qui réceptionne le centre. Sa tête, trop axiale est dégagée par un Buffon qui fait son possible pour impressionner : « Not tonight ! » Puis survient l’autre tournant. Zidane, sans doute frustré par la qualité de son match, pète les plombs à la suite d’un banal trash-talking comme on en entend tous les dimanches sur les pelouses de district. En cause ? Sa mère malade, sa soeur, on aura le droit à toutes les versions sans jamais vraiment savoir.

Reste cette rumeur bien connue du bon côté des Alpes à propos d’une relation adultère de la femme de Zidane avec Pippo Inzaghi, lequel est bien connu pour toujours être au bon endroit au bon moment, et visiblement pas que sur un terrain de foot. Quoiqu’il en soit, Domenech, qui n’aime rien tant que perdre contre nos Nazionale, applaudit ironiquement. Le fautif ? Le 4e arbitre qui a vu la faute sur les écrans. Pas son propre joueur qui a perdu la tête… L’arbitre sort le rouge et Zidane ne verra pas la séance de tirs aux buts.

Sueurs froides, car on dit les Italiens maudits dans l’exercice… La séance se déroule pourtant comme dans un rêve. Pirlo, De Rossi, Del Piero expédient leurs missiles sans trembler. Materazzi aussi, dont le penalty est un modèle de maitrise. Côté français, le malheureux Trezeguet touche la barre. Grosso conclut ainsi, pour l’éternité, et offre aux italiens le droit de chanter jusqu’aux premières lueurs du jour. Grosso ? L’intuition de Lippi : « Les meilleurs tireurs avaient déjà été désignés et il m’est venu à l’esprit que Grosso avait provoqué le penalty contre l’ Australie, marqué contre l’Allemagne en fin de prolongation. « Tu seras 5e tireur, lui ai-je dit, tu es l’homme des dernières minutes »Et lui, éberlué : « Moi? »… Je regarde souvent cette séance, je pourrais la voir cent fois. Ça finit toujours bien pour nous  » C’est vrai. Sans doute parce que les victoires que l’on obtient avec la tête sont inévitables.

Michaël Magi



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