CALCIOSTORY : Italie-USA 2006, un faux-pas de fou

Par Luca Dangréaux publié le 09 Avr 2020

Voilà, le plus gros est fait. Grâce à sa victoire initiale face au Ghana (2-0), l’Italie est en bonne position pour se qualifier en huitièmes de finale de la Coupe du monde allemande. Le deuxième match de la compétition oppose la Squadra Azzurra aux Etats-Unis. Calciomio vous ramène au 17 juin 2006 à Kaiserslautern, il est 20h et l’autre match du groupe E, entre la République Tchèque et le Ghana, vient de se terminer. Victoire des Black Stars, les deux équipes ont trois points. Si l’Italie enchaîne un second succès, elle en aura six et sera officiellement qualifiée pour le tour suivant. Le onze azzurro choisi par Marcello Lippi va tomber d’un moment à un autre. Il ne faut pas se louper, ce qui est fait n’est plus à faire.

L’artificier et le violoniste

L’heure n’est pas encore à la rotation et le sélectionneur de la Nazionale le sait très bien. Au niveau des changements dans l’équipe alignée par rapport à celle qui avait débuté face au Ghana : Zambrotta remplace Grosso au poste d’arrière gauche. Nesta, Cannavaro et Zaccardo complètent la défense devant Buffon. Pirlo, De Rossi, Perrotta sont au milieu et Totti, Gilardino, Toni sont en attaque. Le coup d’envoi est donné mais d’ailleurs, quelqu’un connait le style de jeu des USA ? Les dix premières minutes de la rencontre donnent un début de réponse : tout le monde est trop bien organisé, aucun décalage n’est trouvé, Pirlo manque ses passes longues, Totti manque tout, le trio De Rossi-Nesta-Cannavro rattrapent toutes ces erreurs et aucune des deux équipes ne dominent. Le premier frisson passe par le pied gauche de Colbey dont le coup franc, placé comme dans un rêve, est repoussé par le mur. Dans la foulée, sa volée file dans les nuages.

Désormais les jambes sont dégourdies et le rythme s’accélère. La Nazionale ouvre le score sur un but d’école. Le coup de pied arrêté tiré entre la défense et le gardien par le maître artificier Pirlo est repris d’une tête plongeante par le violoniste Gilardino. Nous sommes à la 22e minute de jeu et le bonheur italien ne dure que le temps des célébrations. Cinq minutes plus tard, Dempsey frappe un coup franc aux allures de corner. Le ballon atterri au second poteau où se trouve Zaccardo. La latéral du Palermo a le temps d’ajuster ses pas avant de dégager ce ballon brulant. Catastrophe, il part dans la mauvaise direction et embrasse le petit filet de Buffon. Toute l’équipe est sonnée. Elle se regarde, raide. Personne n’a envie d’accabler le pauvre Zaccardo mais les regards ne trompent pas : « Mec, t’as merdé ! ». Vingt-septième minute de jeu, 1-1.

Du rêve au cauchemar en cinq minutes

Par solidarité et surtout par bêtise, De Rossi accompagne son copain dans la soirée cauchemar. A peine le ballon remis en jeu, le milieu de terrain envoie un coup de coude terrible dans le nez de McBride. L’arbitre brésilien Carlos Simon sort le carton rouge et ça étonne. Il suffit d’un ralenti pour que l’incompréhension change de visage et c’est au Giallorosso qu’on a envie de demander ce qu’il lui est passé par la tête. En cinq minutes, les Azzurri sont passés du scénario rêvé au scénario cauchemar. Un Mondial se joue sur de rares faits de jeu… et celui-ci est en train de leur échapper.

Lippi change ses plans et c’est Totti qui paye au prix fort la faute de son grand ami. Gattuso entre en jeu et l’Italie, alors passée en 4-3-2, en profite instantanément. Pressing, hargne, fautes provoquées… Le Rino est parfait. Les USA ont plus d’une heure de jeu à onze contre dix pour réaliser l’exploit. Un mot d’ordre pour eux : ne pas prendre de rouge, ne pas prendre de rouge, ne pas prendre de rouge… Et voilà que Mastroeni envoie son plus beau tacle par derrière dans le temps additionnel de la première période. Pirlo arrive en premier sur le ballon, Mastroeni arrive en premier sur Pirlo. Il est expulsé. A la pause l’équilibre est parfait, 1-1 et 10-10. Repos.

Quel drôle de football

Comment aborder cette seconde période à 20 joueurs ? La question ne se posera pas bien longtemps puisque dès la 47e minute de jeu, Pope prend également la cheville d’un Italien. Et encore une fois par derrière. Le défenseur central écope d’un second carton jaune. Lippi fait enter Del Piero et repasse à trois attaquants, Zaccardo sort et Perrotta recule d’un cran. Dix Italiens contre neuf Américains, tous nos repères footballistiques s’évaporent. Les espaces sont immenses, les courses aussi, Perrotta à vingt mètres devant lui avant de tirer son moindre centre, Pirlo a presque trop de temps pour s’organiser et les deux équipes atteignent les trente derniers mètres adverses sans la moindre opposition.

A la 52e minute, Bocanegra reprend un coup franc de Pirlo mais le c. s. c. est évité de peu avec ce ballon qui s’écrase sur la barre. Vingt minutes plus tard la classe du meneur de jeu italien et celle de Del Piero sont proches d’emmener l’Italie en huitièmes de finale de ce Mondial. Le Rossonero fait passer le ballon au-dessus de la défense US d’un piqué magnifique. En extension, le Bianconero tente une reprise du pied gauche mais Keller réalise une prompte parade. La classe ne suffit pas. Seulement trois minutes de temps additionnel, toute l’Italie est à l’abordage mais n’arrive pas à dépasser le 5-4-0 adverse. Fin du match, les uns ont des têtes de vainqueurs, les autres sont décavés. Tout le monde est un peu sonné. Indécision totale dans ce groupe E : l’Italie a quatre points, le Ghana et la République Tchèque en ont trois, les USA un. Prochain, troisième et dernier tour dans cinq jours avec République Tchèque-Italie et Ghana-USA.

Luca Dangréaux



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