DOSSIER : La Diaspora italienne, Daniel Riolo

Par Christophe Mazzier publié le 27 Nov 2021

Dans les numéros précédents, nous avons retracé les mouvements migratoires italiens par le prisme footballistique. Aujourd’hui, notre curseur va pointer sur un des acteurs majeurs du ballon rond dans l’hexagone, à savoir, M. Daniel Riolo, l’animateur vedette de l’After Foot sur RMC.

Aux origines de Damiano “Daniel” Riolo

Au détour d’un article paru dans l’excellent magazine Italie, daté du 17 février 2021, Daniel Riolo sportif crie son amour pour il Bel Paese, et notamment pour sa terre d’origine, la Sicile, et il revient sur quelques anecdotes croustillantes. Cet entretien sera le prétexte pour conter, au détour, une passionnante histoire de la migration sicilienne.

Le journaliste fait partie de cette diaspora dont les ramifications ont semé 80 millions d’oriundi de par le monde, et 4 millions en France. Véritable exode qui a débuté au 19ème siècle, certains observateurs l’on comparé à celui du peuple juif biblique. L’histoire que nous conte Riolo nous propulse dans les années 60’, décennie qui sera l’une des dernières à voir affluer des immigrés italiens dans le monde.

Le « Miracle Italiens » commence alors à ruisseler sur l’ensemble du territoire, mais ils sont encore 624 000 Siciliens à quitter l’ile lors de cette décennie, épuisés par des réformes impossibles, qu’elles soient agraires (contestation des latifundium), ou administratives, et par une misère profonde marquée par 50% de la population qui vit encore dans l’extrême pauvreté. Après-guerre, les multiples mines de Sicile ont fermé suite à l’ouverture à la concurrence internationale.

Aux origines de la Diaspora Sicilienne

La Sicile après avoir été colonisée par les grecques, les arabes, les italiens septentrionaux, les Espagnols, les Normands.. a été un refuge pour de nombreux peuples, comme les migrants aujourd’hui, les arabes ou les albanais (Arbëresh) auparavant. Ces derniers ont fui la persécution ottomane au 15ème jusqu’au 18ème siècle. Plusieurs villes d’Italie ont maintenu l’influence de ces Arberèches que ce soit au niveau artistique, culinaire, ou dans la pratique d’une religion chrétienne syncrétique. Ces villes ont d’ailleurs, toujours aujourd’hui, une influence et elles possèdent une double dénomination comme le village d’où est originaire le père de Daniel Riolo, la Piana degli Albanesi, autrement dit Hora erbëreshëvet en albanais, mais aussi d’autres endroits dans les Pouilles, les Abruzzes…

Si la Sicile est une terre aux multiples facettes, les parents du journaliste « foot » de RMC, ont fait partie de cet « exode » du peuple insulaire. A la fin du 19ème et dans les premières décennies du 20ème, cette émigration s’était orientée massivement vers les terres du nouveau monde, ou les territoires en pleine expansion, tels que les colonies françaises et britanniques. Le point commun de tous ces pays ciblés est la croissance économique inhérente, et des rêves de richesse qui en découlent. Que ce soit en Argentine, aux Etats-Unis ou au Brésil, en Tunisie, en Egypte, l’arrivée au pouvoir de dictateurs, les mesures pour contrer les arrivées massives d’étrangers sur leur sol (Etats-Unis 1924), ou les crises économiques arrêteront les flux importants pendant l’entre-deux guerres.

Une immigration sicilienne en France

Pour repartir de plus bel, après-guerre. Ainsi l’Italie, qui est un des derniers pays européens à terminer sa transition démographique, s’oriente massivement vers les autres pays européens en pleine croissance. Comme de nombreux immigrés siciliens, le père de Daniel a rejoint un ami en région parisienne. Il a fait venir par la suite sa femme. On est en 1962. Avant de s’installer à Ris-Orangis dans l’Essonne, définitivement, en 1963. Dans ce département d’Ile-de-France, la colonie italienne est le premier groupe d’immigrés jusqu’en 1968, date à laquelle les Espagnols passent légèrement devant. A l’échelle nationale, au début des années 60, les italiens représentent tout de même 25% des étrangers.

Le match France-Italie en 1978 comme élément déclencheur

Le petit Damiano Daniel Riolo naît en 1970, il connaîtra très tôt le syndrome schizophrène de l’enfant d’immigrés. Pas assez français dans son pays hôte, pas assez italien dans son pays d’origine, les confrontations italo-françaises laissent place à un déchirement… Très jeune, il supportait la France face à un père, féru de football, qui soutenait la Squadra Azzurra. La première rencontre qui marqua l’esprit du jeune Damiano aura été la confrontation entre la France et l’Italie en 1978 lors de la Coupe du Monde en Argentine. L’équipe de France s’inclinera par deux buts à un. Daniel Riolo aura pris conscience de sa double culture, qui le harnachera toute sa vie.

« L’assimilation est compliquée à moins de couper les racines », car elles resurgissent « même en changeant de prénom »… s’exprime celui qui possède la double nationalité et qui a sur ses papiers d’inscrit « Damiano ».

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1.Enzo Scifo, le « petit pelé du Tivoli »
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3. Altafini, le « Mazzola » brésilien
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5. Schiaffino, « Pepe » au pays du Maté
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7. Jean-Marc Ferreri, le « nouveau Platini »
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10. Di Lorto l’enfant de Provence
11. Fleury Di Nallo, le « petit prince de Gerland »
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13. Roger Piantoni, la foudre du Stade de Reims
14. Maurizio Gaudino, l’italien de la Mannschaft
15. Carlo Molinari, et la colonie italienne du FC Metz
16. Mario Zatelli, un pied-noir à Marseille
17. Sforza, un italo-suisse
18. Les Frères Revelli, une historie stéphanoise
18. Bernard Zenier, l’enfant chérie de Lorraine
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Christophe Mazzier



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