DOSSIER : La diaspora italienne, Tony Meola

Par Christophe Mazzier publié le 26 Mai 2019

A l’été 1990, des touristes pas comme les autres foulent le sol italien. Invités par la sélection américaine, les parents des joueurs s’émerveillent des monuments et vestiges des cités italiennes. Pise, Florence, les « Cinque Terre » et la splendide Rome, ville ouverte pour ces visiteurs privilégiés qui scrutent et épluchent les guides touristiques. Leur badge autour du coup, ils arborent fièrement leur tunique aux couleurs de la bannière étoilée. Toutefois un couple se détache et parle à un média transalpin. Le mari s’exprime avec les mains, s’agite, gesticule. M. Meola Senior explique, allègrement, que « sa femme et lui foulent les terres de ses origines pour la première fois depuis 26 ans« . Calciomio vous entraîne sur les traces d’un des enfants de l’immigration italienne aux Etats-Unis : leur fils, Tony Meola, qui sera le capitaine emblématique de la sélection US lors des coupes du monde 1990 et 1994 et un étendard de la naissante Major League Soccer.

New Jersey, terre d’exilés

Jusqu’à la fin des années 60, l’immigration italienne a littéralement envahi les terres fructueuses et alléchantes du Nouveau Continent. Massives depuis les années 1880, les successives vagues migratoires affluent par milliers sur le pourtour atlantique. Très souvent issus du Mezzogiorno, ils sont une « valeur ajoutée » aux programmes de développement, industriel et agricole, que les politiques américains mettent en place dans tout le pays. Débarquant avec très peu d’argent, ils constituent une main d’œuvre, malléable et bon marché, habituée aux conditions de travail difficiles. D’après les témoignages, ces italo-américains occupaient en 1905 plus de 90% des emplois de travaux publics et de manutentions dans l’état de New York, qui abrite la plus forte communauté.

Meola Senior rejoindra des membres de sa famille dans le New Jersey, à Kearny, pour y exercer le métier de barbier. Quelques années auparavant, ses deux frères avaient migré vers le pays d’où on ne revient jamais, l’Argentine. On est en 1948 et le malaise agraire est aggravé par des années de guerre. Avec sa femme, ils prennent leur courage à deux mains pour endosser les habits inconfortables des exilés. Lui, jure à sa belle-famille de faire fortune et de ramener leur fille très vite à la maison. Il n’en sera rien. A l’image des 17 millions d’individus d’ascendance italienne présent aujourd’hui sur le territoire.

Tony Meola, capitaine aux 101 sélections

A l’instar de nombreux italiens, Meola Senior va amener de son Avellino natale, et la pastasciutta al ragù de la mama, et son amour du football. D’ailleurs, historiquement, le lien entre Calcio et Soccer est étroit. Ils sont nombreux à garnir les effectifs des championnats domestiques et de l’équipe nationale. Narré dans nos colonnes en novembre dernier, ces « italos » ont apporté le foot en Amérique dans leur valise. Mais cette fois-ci dans leurs balluchons, les Meola’s ont fait attention de porter avec eux leur passeport américain chèrement acquis.

Né en 1969 à Belleville, leur fils, Antonio Michael Meola, dit « Tony », a un physique à la Soprano et une appétence pour le sport. Le gardien de but, qui « voulait être Dino Zoff« , fait toutes ses classes à l’Université. Major de sa promo, il y est tiraillé entre une carrière dans le Base-Ball (drafté par les Yankees), dans le Football Américain (quelques matchs d’exhibition avec les Jets) ou le Soccer. Finalement, il opte pour le ballon rond lorsque la Fédération l’appelle pour participer aux qualifications de la coupe du monde 1990. Ces éliminatoires, il les passe avec son ami et pote de chambre, d’origine italienne comme lui, Caligiuri, qui marquera le but, salvateur et décisive, face au Trinidad and Tobago. Cette victoire historique ouvrira le chemin de la plus prestigieuse des compétitions à la Team USA après 40 ans d’absence. Clin d’œil du destin, l’équipe du sélectionneur Bob Gansler, se retrouve dans le même groupe que l’Italie, pays organisateur.

« Viva, United States » : Un crève-cœur

Lors des matchs de poule, les Etats-Unis ont entamé leur compétition par une défaite 5-1 face à la Tchécoslovaquie. L’équipe d’Azeglio Vicini, quant à elle, s’est difficilement imposée face au voisin Autrichien. La deuxième journée du groupe met en en lumière l’opposition entre les italiens et les américains. La Squadra Azzurra est grandissime favorite de l’épreuve avec des joueurs de renom dans ses rangs. Les Vialli, Baresi, Bergomi et autre Donadoni sont tous au sommet de leur art. De surcroît au niveau des clubs, l’Italie a raflé toutes les coupes européennes de l’année avec le Milan AC, la Sampdoria et la Juventus. Face à l’ogre transalpin, le petit poucet étasunien doit absolument remporter cette rencontre au risque de rentrer prématurément de l’autre côté de l’Atlantique. A Rome, l’ambiance est surchauffée et, tout naturellement, le « Prince de Rome » Giannini, devant un public acquis à sa cause marquera le seul et unique but de la rencontre. Tony Meola, plus jeune capitaine de la compétition, et ses coéquipiers sont éliminés mais auteurs d’une prestation plus qu’honorable. Ils pourront capitaliser sur cette expérience pour réaliser une coupe du monde plus aboutie chez eux en 1994.

A l’issue du match dans l’espace réservé au clan américain, un homme bombe le torse et pavoise devant les caméras de la RAI. Vincenzo Meola Senior confie, ému : « Quand j’ai vu Tony rentrer dans le stade face à l’Italie, dans les premiers instants ma bouche s’est fermée, ma gorge s’est nouée, et mes larmes ont coulé le long de mes joues. Et je me suis dit : Viva the United States, que le meilleur gagne ».

Christophe Mazzier



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