DOSSIER : La diaspora italienne, Eric Di Meco

Par Christophe Mazzier publié le 29 Nov 2019

Calciomio continue son parcours sur les chemins sinueux pris par les 1er migrants italiens. La France, de part sa proximité, était un des chemins privilégiés par ces immigrés. Entre 1876 et 1930, leur nombre est passé de 163 000 personnes à 808 000 âmes. Sans compter les naturalisés. Dans un premier temps, les Italiens s’installent pour les deux tiers d’entre eux dans le Sud-Est de la France. En 1911, ils représentent 20% de la population des Alpes-Maritimes et même, un quart de la population marseillaise. Esterino Di Meco, le père du défenseur de l’OM, a une histoire étroitement liée à cette immigration géographiquement si rapprochée.

Une arrivée tortueuse

La Seconde Guerre Mondiale va ralentir les flux migratoires italiens. Mussolini promeut le retour des oriondi de par le monde et freine l’émigration de ses citoyens. Toutefois la guerre finie, de nouvelles vagues de départ vont toucher les terres italiennes. Comme bon nombre de régions, celle des Abruzzes était pauvre, dévastée et peu développée. Ainsi ce territoire va voir partir plus de 20% de sa population entre 1951 et 1971. Les destinations privilégiées par ces chercheurs de fortune étaient la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, la Suisse… Ces pays vont développer des accords commerciaux bilatéraux avec le gouvernement italien pour rebâtir leurs cités à l’issue de la guerre.

En 1948, Esterino Di Meco, un jeune abruzzese, de Lanciano plus précisément, et ses 13 frères et sœurs quittent leurs terres pour s’envoler vers l’exil. Cette jeunesse veut passer outre les partenariats commerciaux. Ainsi ils succombent aux sirènes des passeurs. Gain de temps assuré. Ceux-ci les font traverser la frontière par les Alpes. Comme beaucoup d’autres. Mais ils se font attraper par les gardes forestiers. En tant que clandestins, ils sont incarcérés à la prison des Baumettes au sud de Marseille. Puis on les relâche. Et Esterino continue son parcours vers le nord pour s’arrêter à Robion dans le Vaucluse où il rencontrera sa femme, elle-même ouvrière. De cette union, mixte et contestée, naîtra Éric.

Di Meco, un laborieux

Eric Di Meco va forger son caractère de battant, de valeureux, au sein de cette famille qui cristallise la valeur travail. Chez les Di Meco, comme dans toutes les maisons touchées par l’immigration, on a la grinta tatouée au cœur. La paresse est laissée au vestiaire.

Passé par le centre de formation marseillais, le minot débute à l’Olympique de Marseille au début des années 80 au poste d’ailier gauche. Toutefois le « petit Cruyff », comme il était surnommé, ne confirme pas dans ce rôle. Alors qu’il est prêté à Nancy, Arsène Wenger le positionne arrière gauche, bien lui en a pris. En 1986, Bernard Tapie arrive à la tête de l’OM. A partir de ce moment, l’international français devient l’un des symboles d’un des plus grands clubs français et européens des années 1990. Un savant conglomérat d’esthètes et de joueurs de devoir, rugueux, industrieux, toujours sur la brèche.

Douce France

Son histoire avec l’équipe de France est contrastée. A la génération dorée des Platini et autres Genghini, à laquelle se juxtaposait d’autres joueurs d’origines étrangères (Amoros, Tigana, Fernandez…), le natif d’Avignon ne s’intégrera jamais. Il faudra attendre la prise en main de l’équipe nationale par Aymé Jacquet en 1994 pour le voir de nouveau titulaire, et ceci, jusqu’à l’Euro 1996. Avant qu’un certain Bixente Lizarazu ne lui prenne sa place, définitivement.

Accompagné des Martini, Casoni, Cantona ou autre Jean-Marc Ferreri, et avant eux les Beretta, Di Nallo etc. Di Meco aura été l’un des étendards de cette immigration italienne qui a coloré le tableau national. Dans un article paru à la Provence en 2013, Di Meco regrette de ne jamais avoir vraiment pris le temps d’apprendre l’italien dans son enfance avec son père, trop pressé d’aller jouer au football. Un brin nostalgique, il aurait, également, « aimé donner le nom de son père à son fils » mais « avant il était plus difficile de chercher l’originalité ». Lui qui « roulait à 18 ans en Fiat » et « écoutait Lucio Dalla. »

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Christophe Mazzier



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