DOSSIER : La diaspora italienne, Mario Zatelli

Par Sébastien Madau publié le 18 Fév 2021

Le feuilleton de Calciomio sur les enfants de la diaspora italienne nous emmène à la rencontre d’une légende de l’OM : Mario Zatelli (1912-2004). Un fils d’Italiens, fruit de l’immigration italienne en Algérie. En témoigne son accent pied-noir qui ne le quittera jamais. Fin 19e, beaucoup d’Italiens ont choisi la France pour mieux gagner leur vie. Pas étrange donc qu’une grande partie se soit dirigée en Algérie, alors colonie française. C’est à Sétif que Mario Zatelli voit le jour et se passionne pour le ballon rond. Une ferveur qui le conduit à faire ses début en 1929 à l’US Marocaine de Casablanca.

La filière nord-africaine

A l’époque, le football pied-noir est un vivier du championnat de métropole. Après 4 titres de Champion du Maroc et 3 de Champion d’Afrique du Nord, Mario Zatelli débarque à Marseille en 1935. Le club olympien possède alors un intermédiaire de poids à Alger : Charles Elkabbach, père du célèbre journaliste. C’est le début d’une histoire d’amour éternelle entre Zatelli et l’OM. Il ne tarde pas à devenir une terreur des surfaces. Il est l’un des artisans du titre de Champion de France 1937. La saison suivante, c’est la Coupe de France qu’il ramène sur la Canebière. Ses prestations lui ouvrent les portes de l’Equipe de France. Enfin presque, puisqu’il ne comptera au total qu’une seule cape. Sélectionné pour le Mondial 1938 en France, il le regardera depuis le banc. « A l’époque, quand tu étais Marseillais, tu n’avais pas de grandes chances de jouer. Nous étions trois Marseillais venus d’Afrique du Nord et quand nous arrivions, certains lançaient : ‘Tiens voilà le gourbi !’ » tentait-il d’expliquer. La guerre est venue terminer le travail de sape. En 1939, après une saison au Racing, il profite d’une opération de l’appendicite pour partir en convalescence au calme au Maroc. Il rechausse les crampons pour l’US Marocaine, avant de rentrer en France, au TFC. Une Coupe de France et un titre de Champion Zone Sud avec les Toulousains et le voilà de retour à Marseille pour conclure sa carrière en 1948, avec un second titre de Champion. Avec 99 buts, Mario Zatelli est le 10e meilleur buteur de l’histoire de l’OM.

Une légende du banc marseillais

Très vite, l’homme se tourne vers la carrière d’entraîneur. Major de sa promotion en 1950, il essuie les plâtres avec l’OGC Nice des années d’or (1953), puis de Nancy. Mais, évidemment, c’est à Marseille, qu’il écrit les autres plus belles pages de sa carrière. Il est le fidèle, celui qu’on appelle à la rescousse, qu’on remercie sans vergogne. Avant de le rappeler. Les propos de Marcel Leclerc, son président à l’OM, illustrent à merveille ce « je t’aime moi non plus » : « J’aime beaucoup Mario Zatelli (…). Mais il a comme tout le monde ses qualités et ses défauts. Il est originaire de Sétif et, ne reniant en rien ses origines, il est impulsif. C’est un homme pas toujours constant, capable de travailler de façon extraordinaire pendant une certaine période mais versant ensuite dans la facilité quand tout va bien. C’est l’homme des à-coups. Et puis, il est très soupe au lait ».
Son bilan d’entraîneur à l’OM est grandiose : une accession en D1 (1966), deux Coupes de France (1969-1972) et deux titres de Champion (1971-1972). « Il avait 30 ans d’avance, c’est le plus grand entraîneur de l’histoire de l’OM » confie son avant-centre Josip Skoblar. Zatelli alliait en effet la rigueur et la joie de vivre.
S’il n’a jamais quitté la Méditerranée (il finira sa vie à Sainte-Maxime dans le Var), Mario Zatelli n’a jamais revendiqué outre-mesure ses origines italiennes. Si ce n’est son amour pour… l’opéra. Ses racines pied-noir ont pris le dessus. L’OM n’a jamais quitté son cœur et les supporters le lui ont bien rendu. En effet, alors qu’était évoqué en 1998 le changement de nom du Vélodrome, le sien a été avancé. Le projet n’aboutit pas, ni pour lui ni pour personne. Une place Mario-Zatelli a toutefois été inauguré au pied de la tribune Ganay. Histoire de ne jamais oublier la légende ce fils d’Italiens venu d’Algérie.
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Sébastien Madau



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