DOSSIER DIASPORA : Michel Platini, le Roi du Piémont

Par Christophe Mazzier publié le 18 Mar 2019

Après Enzo Scifo et la Belgique, cap sur la France, terre d’asile de nombreux immigrants italiens depuis le 19ème siècle. Si l’équipe de France et le football français ont toujours fait la part belle aux immigrés, les «ritals» ont eu leur quota de joueurs d’exception au cours du 20ème siècle. De Di Lorto, le précurseur, en passant par les Piantoni, Di Nallo, Bereta, Genghini, sans compter les Di Meco, Casoni, Candela… La liste est longue au sein de ces franco-italiens qui représentent aujourd’hui entre 6 et 8 % de la population française. Calciomio vous propose un autre regard sur un des fruits de cette double culture, Michel Platini.

Une immigration en terre lorraine

Comme de nombreux immigrés, Francesco Platini, le grand-père de Michel, originaire de Novara dans le Piémont, vient proposer ses bras en Lorraine, dont certains quartiers sont composés à plus de 60% d’italiens. Venu avant-guerre, puis retourné au pays quand celle-ci éclate, il profitera de ce retour pour se marier, économiser un peu d’argent et repartir en France afin d’y ouvrir un comptoir, à Joeuf. Ville minière et sidérurgique de 10 000 habitants, au destin lié à celui d’une famille de grands industriels, les De Wendel, dont le château a été construit sur les hauteurs surplombant leurs usines. A l’ombre des fumées, Michel, son petit-fils, viendra au jour en 1955. Le futur joueur de Saint-Etienne écrira plus tard ces mots sur son grand-père : «Juste avant la guerre de 14-18, un adolescent travailleur de seize ans quitte son Piémont natal pour la Lorraine. Il laisse ses parents, des paysans secs comme des coups de trique, aux prises avec la terre triste et terne de la région de Turin.»

Toute sa jeunesse Michel la passe autour du café de son père, Aldo, dont les murs sont tapissés des posters des Mazzola et autre Rivera, les stars transalpines. On y parle italien, on y joue à la scopa, on y croise des personnages de «Ritals» à la Cavanna. Sa 1ere licence, il la signe à l’AS Joeuf, «la squadra azzurra» comme il l’aime l’appeler en référence aux nombreux joueurs d’origine italienne présents dans l’équipe. Puis viendront les débuts en professionnel à Nancy et le sacre à Saint-Etienne. Champion de France, leader de la sélection française, le numéro 10 aborde sereinement l’année 1982 auréolé d’une qualification pour la coupe du monde.

Un début de règne chaotique avec la Juventus

Un soir de février 1982, dans sa villa Frescot de Turin, Giovanni Agnelli, l’actionnaire principal de la Juventus tombe sous le charme du français lors d’un match amical opposant la France à l’Italie. Ce match est un déclic et, plus tard, il confiera au directeur de l’Equipe : «Ce Platini est un distributeur de jeu comme il en est peu. Il ferait merveille à la Juventus. Je crois d’ailleurs que sa famille est originaire du Piémont». La saison suivante, les clubs italiens seront autorisés à aligner un 2ème étranger sur les feuilles de match. Brady sur le départ pour la Sampdoria, il restera deux places à pourvoir. Le président de la vielle Dame, Boniperti en personne, sera mandaté par l’Avvocato pour amadouer le talentueux numéro 10. Avec succès. Il signera à l’été 1982. Rempli de fierté, le français dédiera ces mots à son grand-père : «C’est pour toi Francesco ; que je suis fier de revenir en vedette dans ton pays». Quant à la 2ème place, elle sera allouée à Boniek : l’Aristocrate et l’Animal sont alors réunis. Favorite de la compétition, la Juventus a fière allure avec pas moins de 6 joueurs présents dans l’équipe championne du monde. Mais le début de saison est loin d’être idyllique et les deux étrangers sont les victimes expiatoires toutes trouvées.

Pris en grippe par une partie de la presse, très exigeante envers les étrangers, «Il francese» ainsi surnommé par les médias de manière péjorative, est contesté également au sein de l’effectif. Considéré comme le protégé et le chouchou du président, Tardelli dira même : «Nous sommes champions du monde … c’est donc à Platini de nous sortir de la merde». Toutefois l’abnégation des joueurs et les changements tactiques de Trapattoni, en repositionnant Boniek et Platini, vont payer. A partir du mois de janvier 1983, la presse transalpine utilisera de moins en moins le sobriquet de Francese pour l’adouber Roi.

Clap de fin pour le roi

Ensuite tout s’enchaîne pour le fuoriclasse, qui a été élu joueur français du siècle par « France Football ». Il recevra 3 ballons d’or (1983, 1984, 1985), sera champion d’Italie, vainqueur de la coupe des coupes, de celle des clubs champions et du trophée intercontinentale. Puis à 32 ans, l’homme aux 41 buts en 72 sélections va, le 17 mai 1987, tirer sa révérence lors d’une victoire à domicile face à un Brescia, déjà relégué. Cette saison, comme un symbole, les bianconeri finiront derrière le Napoli du grand Maradona. «A 32 ans, je n’en pouvais plus de ne plus pouvoir m’entraîner, suer, de ne plus avoir la grinta de mes 17 ans» affirmera-t-il alors que les pépins physiques à répétition et la lassitude du haut niveau auront gangrené sa fin de carrière.

Porte drapeau français, fier de ses origines, la dualité identitaire du Roi aura été symptomatique de générations d’enfants issues de l’immigration. Platini le résume d’ailleurs à la perfection : «Avant France-Italie, quand j’écoutais les hymnes, j’étais ému et je me disais : Qui es-tu ? J’étais ému par les deux hymnes. Je suis français pas de doute, et il y a le cœur, mais, il y a aussi le sang, la famille, le père …»

Christophe Mazzier



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