DOSSIER : La diaspora italienne, Ciriaco Sforza

Par Christophe Mazzier publié le 27 Fév 2021

De nouveau, Calciomio vous amène à la rencontre de la Diaspora italienne, cette fois-ci en Suisse. Nous allons sortir des placards un excellent joueur italo-suisse, Ciriaco Sforza, né dans les contrées helvètes et qui a connu ses heures de gloires en Bundesliga, entrecoupées d’un passage à l’inter.

Un nom plein de symbole

Ciriaco Sforza, qui a la double nationalité comme de nombreux descendants suisses, a un nom lié à l’Histoire italienne. Mais nous n’allons pas nous intéresser à cette grande famille de la Renaissance, de ce Quattrocento qui a érigé au rang de nobles ces Condottiere (mercenaire), mais à ce milieu de terrain élégant qui va cumuler 79 sélections avec la Nati.

Un sacré pied de nez à l’histoire pour ce bi-national, parfaitement bilingue, dont le père était originaire d’Avellino en Campanie. Il naitra en Suisse alémanique, de langue allemande, et non dans les cantons italiens du Tessin, où la langue de Dante est officielle, ou du sud du Grisons.

Une main d’œuvre scrutée à l’entrée

L’immigration italienne en Suisse a été favorisée très tôt par les politiques de grandes constructions, notamment celle du tunnel de Gothard débuté en 1870, donnant le top départ à un lien étroit tissé entre les deux pays voisins, mis en place par la confédération, et lors des travaux saisonniers, devenus structurels et systématiques, dont les permis de travail duraient 9 mois, avec des visites médicales obligatoires honteuses avant d’entrer en terre helvète, et dont les prétendant au Graal étaient sommés de ne pas de travailler le reste de l’année.

Aujourd’hui, la communauté italienne, qui a connu son apogée dans les années 70, représente encore l’une des minorités les plus nombreuses, notamment grâce à une migration plus diplômée, qui continue d’affluer après un fléchissement dans les années 80. A cette époque, de nombreuses familles ont dû remigrer car le regroupement familial leur était, jusque dans les années 70, interdit. Ceux qui le faisaient contournaient les lois (on les appelait les enfants du placard), car ce qu’on leur proposait ici, malgré les baraquements et autre déconsidérations, était mieux que là-bas.

La fierté de ses racines italiennes

Ciriaco Sforza, comme 45% des émigrés, ou enfants d’émigrés italiens, a grandi en Suisse non italienne. L’ascension du jeune Ciriaco a été précoce. Passé par Aarau, puis au Grasshoppers, avec qui il commence en pro à 17 ans, il avait tout de l’« enfant prodige ». Ensuite, il est repéré par les allemands de Kaiserslautern. Il sera élu joueur suisse de l’année en 1993, puis fera le grand saut au Bayern Munich avec qui il gagnera une Coppa Uefa en 1996.

Mais Ciriaco avait un rêve, qui était de jouer dans son pays d’origine. Il avait failli signer au Napoli au début des années 90, mais c’est le président de l’Inter, Massimo Moratti, poussé par l’entraineur d’alors, Hodgson, qui jettera son dévolu sur le natif de Wohlen. « Je suis sûr que le fait d’être bilingue (comme 40% en Suisse italienne) me permettra de parfaitement m’intégrer à l’Italie » dira-t-il en conférence de presse.

Un passage à l’Inter controversé

Mais l’idylle ne se passera comme prévu. La concurrence au milieu de terrain est rude, son entente avec Paul Ince pas des plus cordiales. Très souvent l’anglais, au caractère bien trempé, le rudoie. La presse estime qu’il n’a jamais réussi à s’adapter à la Serie A, trop lent, avec un sens tactique aléatoire… Même s’il frôle d’être placé dans la catégorie des Bidone de Serie A, les tifosi garderont le souvenir d’un joueur élégant, au soyeux touché de balle, avec une bonne vista et doté d’une excellente technique.

Avec les nerazzurri, il atteindra une 3ème place et une finale de Coppa UEFA, perdue aux dépends de Shalke 04, sur penalty. Un an et puis s’en va, il retournera dès la saison suivante en Allemagne, où il sera de nouveau champion avec le Kaiserslautern et le Bayern, et gagnera la Champions League avec ce dernier.

Devenu, bien malgré lui le sujet d’un sketch

Pour la petite histoire, son échec a été en quelque sorte relayé par un film de 1997 très populaire du trio de comique Aldo, Giovanni & Giacomo. Dans ce extrait, Giacomo a dû être interné d’urgence à l’Hôpital, Aldo lui a ramené des affaires pour la nuit, notamment un maillot avec inscrit le nom du joueur suisse. Giovanni lui demande « Mais pourquoi dormir avec le maillot de Sforza ? » et Aldo de rétorquer : « Eh, il n’y avait plus celui de Ronaldo »… Tout un symbole.

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Christophe Mazzier



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