DOSSIER : la diaspora italienne, Roger Grava

Par Christophe Mazzier publié le 28 Déc 2020

C’est avec grand plaisir que nous mettons aujourd’hui en lumière un joueur oublié, mais dont la carrière est digne des meilleurs scénarii. Calciomio vous amène à la découverte d’une figure de la diaspora italienne en France, Roger Grava, dont la toile de fonds de sa carrière jouxte l’Histoire.

La catastrophe

Ce 4 mai 1949, des nuages de fumées culminent tout en haut du mont Superga, situé vers Turin. Un avion, Fiat G.212, de la compagnie aérienne Avio Linee Italiane, a percuté la basilique qui siège à l’extrémité de la colline. Faible visibilité, erreur de conduite, moteur défaillant… les causes peuvent être multiples mais les conséquences ont étroitement touché le monde du ballon rond. La quasi-totalité de l’équipe du Torino, le quadruple champion en titre, meurt dans la tragédie emportant ainsi l’ossature de l’équipe d’Italie, dont 10 joueurs composaient la Squadra Azzurra face à la Hongrie en 1947.

31 personnes sont mortes dans la tragédie, dont 18 joueurs du Torino. Parmi ces morts, il y avait deux français d’origine italienne : Emile Bongiorni et Roger Grava. Les deux joueurs étaient arrivés dans le Piémont, à l’intersaison.

Une enfance à Saint-Ouen

Roger Grava, né Revelli Ruggero Grava, avant son arrivée en France, a vu le jour en 1922 en Frioul-Vénétie Julienne. Puis ses parents émigrent alors qu’il n’a qu’un an à Saint-Ouen dans le 93. La région parisienne, pendant l’entre-guerre accueille 20 % de la population italienne de France, et sur les 600 000 étrangers y résidant, 150 000 sont transalpins en 1931, soit un quart de la colonie.

C’est à l’ombre des “puces” et du stade Bauer que le jeune banlieusard, va faire ses premiers pas dans le football. Il va d’ailleurs commencer à jouer avec un club d’italiens de la région parisienne : l’AS Roma. Puis en 1939, alors qu’il n’est encore que mécanicien, et que la France rentre en guerre contre l’Allemagne, il est recruté par Amiens. Les débuts sont difficiles et il faut attendre un match face au Red-Star, le club de Saint-Ouen, où il a grandi, comme pied de nez au destin, pendant lequel il va inscrire deux buts pour vraiment lancer sa carrière.

Du football sous l’Occupation

Toutefois, l’Occupation va passer par là. Le mantra du gouvernement français est la fameuse Révolution Nationale, qui doit promouvoir l’apparition d’une nouvelle jeLe dossier Diaspora avec un originaire de Saint Ouen ! unesse, fourvoyée par cette société de consommation et de divertissement, dont le foot professionnel, et qui est coupable d’avoir perdu la guerre.

Fini le football professionnel apparu en 1931. Fini les capitaux privés pour financer des joueurs starisés pervertis par la débauche et le lucre. Fini les compétitions organisées par les instances du football. Le régime de Vichy rebat les cartes, il organise un tournoi régional et fédéral, selon la zone (interdite, libérée et libre) ou selon des poules (nord-sud), le football doit redevenir un sport « gratuit ». Il nationalise les clubs, et crée des équipes fédérales.

L’ailier gauche, originaire de Claut, est sélectionné pour intégrer l’équipe fédérale Nancy-Lorraine, puis il part pendant l’intersaison en zone libre, et rejoint celle de Bordeaux-Guyenne. Mais pendant ces huit années de guerre, la compétition est largement… instable. De nombreux matchs sont annulés, des joueurs sont emprisonnés pour cause de résistance…

Le rêve de jouer pour le Grande Torino

Au sortir de la guerre, le championnat professionnel reprend ses droits, Roger Grava joue une saison au Girondins de Bordeaux. Ses bonnes prestations l’amène en 1945 à Roubaix-Tourcoing, équipe avec laquelle il va littéralement exploser. Il intègre une équipe est admirablement structurée, composée quasiment que de professionnels, et lors de la saison 1947-1948, elle va devenir championne de France. La présence de Grava n’y est pas étranger.

Il marque 30 buts en 84 matchs. Le petit gars de la banlieue rouge, dont les parents sont venus grandir les effectifs d’une colonie italienne qui a donné ses bras à l’industrie française et aux usines, pléthores dans ces contrées mises au banc, est repéré par le Grande Torino, l’équipe phare d’après-guerre. A 26 ans, le moment est opportun pour retourner dans son pays d’origine, en tant que héros. Il retrouvera en plus Bongiorni, le grand buteur et ami du RC Paris, et croisera son idole Mazzola. Puis en court d’année, la tragédie… Roger Grava a, depuis, son nom sur la plaque  commémorative qui orne le mur de la basilique Superga, et son corps repose toujours au cimetière de Saint-Ouen, pas loin du stade Bauer et des fumées blanches des usines.

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1.Enzo Scifo, le « petit pelé du Tivoli »
2.Platini, le « roi » du Piémont
3. Altafini, le « Mazzola » brésilien
4.Tony Meola, le rêve américain
5. Schiaffino, « Pepe » au pays du Maté
6. Eric di Meco, le symbole
7. Jean-Marc Ferreri, le « nouveau Platini »
8. Omar Sivori, « El Cabezón »
9. Delio Onnis, le « Roi du Rocher »
10. Di Lorto l’enfant de Provence
11. Fleury Di Nallo, le « petit prince de Gerland »
12. Roger Grava, a jamais gravé au Superga
13. Roger Piantoni, la foudre du Stade de Reims
14. Maurizio Gaudino, l’italien de la Mannschaft
15. Carlo Molinari, et la colonie italienne du FC Metz
16. Mario Zatelli, un pied-noir à Marseille
17. Sforza, un italo-suisse
18. Les Frères Revelli, une historie stéphanoise
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Christophe Mazzier



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