DOSSIER : Altafini, le « mazzola » brésilien

Par Christophe Mazzier publié le 22 Avr 2019

Après Scifo et Platini, Calciomio vous emmène sur les traces de l’immigration italienne. Nous amarrons du côté du Brésil, la plus grande nation d’oriundi. Les descendants italiens représentent aujourd’hui près de 30 millions d’habitants. Notre regard va se porter sur l’une des grandes stars des années 60, José « Mazzola » Altafini. Symbole de cette double appartenance, Altafini endossera tour à tour le maillot azzurro et celui auriverde. Joueur emblématique du Milan AC au palmarès incomparable, il croisera, sur son chemin, la route d’un rival fraternel, Pelé.

Une histoire brésilienne

L’immigration italienne au Brésil était à son apogée entre 1870 et 1920. Pauvre et agraire, elle représentait plus de 50% de la population de l’état de Sao Paolo. Ces italiens du nord, en majorité, sont venus compenser la carence en main d’œuvre suite à l’abolition de l’esclavage. Ils représentaient des ouvriers fiables et exploités au sein des fazendeiros (fermes de café). Dans les années 30, deux régimes autoritaires mettront fin à ces échanges transfrontaliers, Vargas au Brésil et Mussolini en Italie.

Arrivés dans les années 20, les parents de José sont originaires du Trentino-Alto-Adige comme de nombreux immigrants de Sao Paulo. C’est dans cet état que naît José Altafini en 1938. Très jeune, il joue au sein du XV de Piracicaba, un club aux couleurs de l’Italie. Au siège, les joueurs sont accueillis par un poster géant du Grande Torino. Surnommé « Mazzola » en référence au capitaine grenat, il est recruté par Palmeiras en 1956. Ses nombreux exploits (85 buts en 114 matchs) l’amèneront à être rattaché au wagon du mondial 1958 avec le Brésil. Au côté du tout jeune Pelé, des Vava et autre Didi, il débute la compétition en tant que titulaire. Malgré ses 2 buts inscrits en 3 matchs, il est mis au banc par Pelé. « Je travaillais en meilleure harmonie avec Vavá qu’avec Mazzola », confessa le Roi, du haut de ses 17 ans. En dépit de cette rivalité, l’italo-brésilien sera sacré champion du monde en Suède.

Mariage à la milanaise

De l’autre côté de l’atlantique, à la fin des années 50, un président visionnaire Andrea Rizzoli fait passer le Milan AC dans une nouvelle ère. A coup d’investissement massif, il forme la base du grand Milan des années 60 avec l’acquisition des Maldini, Rivera et autre Altafini. Mais le carioca n’est pas un joueur comme tous les autres. Fêtard, drôle, sympathique, l’italo-brésilien est la star des soirées milanaises et le chouchou de San Siro. Ses virées nocturnes, les veilles de match, relatées dans les magazines people, l’amèneront à des conflits ouverts avec ses dirigeants et ses entraîneurs, notamment « Gipo » Viani.

A côté de cette vie mondaine, le paulista enchaîne les succès sur le terrain de jeu. Meilleur buteur du club, il est sacré champion avec le Milan AC en 59 et en 62. Toutefois lors de cette saison du second scudetto, l’international auriverde va vivre un tournant dans sa carrière. Pour la campagne mondialiste chilienne, la FIGC propose, de manière autoritaire, aux oriundi du championnat d’acquérir la nationalité italienne. Altafini et Sivori, l’argentin, vont accepter la naturalisation et composer l’attaque de la Squadra Azzurra. Cependant l’Italie va subir un échec cuisant lors de cette compétition en étant éliminée dès le premier tour. De retour dans la péninsule, les oriundi sont placés dans le box des accusés et la FIGC décide de ne plus les sélectionner pour faire place aux « italiens ». « Ma carrière s’est arrêtée à 24 ans. Cette année-là (1962) j’aurais pu être double champion du monde, je faisais partie des cadres de l’équipe du Brésil, j’aurais joué… » confiera-t-il, chagrin.

Malgré ses regrets, Altafini se console, comme toujours, sur le pré carré. L’idole du public permettra même au Milan AC de gagner sa première coupe des clubs champions de son histoire face au double tenant en titre, Benfica. Buteur à deux reprises lors de cette finale, Altafini est le héros du match. Vainqueur 2-1, les Diavoli auront l’honneur de jouer la coupe intercontinentale contre le grand Santos du meilleur ennemi de « Mazzola » : Pelé.

Un rival, Pelé

La triple confrontation face à Santos est digne des plus beaux romans. Au match aller à San Siro, dans un stade plein à craquer, Altafini tient sa revanche sur Pelé. Victorieuse 4-2, seul un Gilmar des grands soirs empêche que l’addition ne soit plus salée. Auréolé de cette victoire de prestige, le Milan AC s’envole vers le Brésil, pour y affronter, au Maracana, l’équipe paulista dans un match retour de feu. Tout démarre sous les meilleurs auspices pour le Milan. Dans un premier temps, Altafini ouvre le score puis Mora double la mise. Les Rossoneri sont sur un nuage. Mais au retour des vestiaires, les coéquipiers de Pelé sont métamorphosés, et en l’espace de 20 minutes ils inscrivent 4 buts, dont deux nouvelles perles du Roi. Match nul sur les deux rencontres. Match d’appui et balle au centre. Lors de ce troisième match électrique et en l’absence de Pelé, le Santos s‘impose 1-0 devant 120 000 spectateurs et remporte sa deuxième coupe intercontinentale de suite.

A l’issue de sa période milanaise, Altafini formera une attaque géniale avec Sivori aux Napoli, puis gagnera deux nouveaux scudetti avec la Juventus. Le 4ème meilleur buteur de l’histoire de la Serie A raccrochera les crampons à 42 ans. Dans les années 80, « Mazzola » devient un commentateur apprécié sur les ondes radio et télévisuelles italiennes. Puis il confiera en 1987 lors d’un entretien à la RAI : « On m’a un peu forcé à prendre un passeport italien, j’aurais dû refuser, j’aurais été appelé avec la Seleção. J’aurais gagné 3 coupes du monde. J’étais alors très jeune, j’y avais ma place. Après la Coupe du monde (1962), la loi a changé, on ne pouvait plus changer de nationalité, passer d’une équipe nationale à l’autre. »

Christophe Mazzier



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