DOSSIER : La diaspora italienne : Luigi Alfano, du Golfe de Naples à la Rade de Toulon

Par Sébastien Madau publié le 01 Juil 2020
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Suite de notre série « Diaspora » à la rencontre de joueurs d’origines italiennes évoluant ou ayant évolué dans le monde.
Si, sur la rade de Toulon ou aux abords des stades Mayol et Bon Rencontre, on demande à des supporters du Sporting Club de Toulon quel est le joueur emblématique du club de la Rascasse, il est très probable qu’on réponde : Luigi Alfano. Le rugueux défenseur central (né en 1958) a porté les couleurs Azur et Or de 1977 à 1993 dont dix saisons en D1 (de 1983 à 1993), les heures de gloire du football toulonnais. Chacun le dira, Alfano est un passionné de football, à y laisser sueur et contusions sans compter. Il est de ces footballeurs qui mettaient la tête là où d’autres ne mettaient pas le pied.

Immigration dans le Var

Mais l’histoire d’amour du jeune Luigi pour le foot a commencé au début des années 1960 à Palma Campania dans le Golfe de Naples. Sous le regard du Vésuve, Luigi et ses copains jouent sur la place du village ou dans le petit club de la paroisse locale. « J’en garde de magnifiques souvenirs, certainement les plus beaux de ma vie » nous confesse-t-il. C’est alors qu’il amourache également du Napoli, un amour toujours actuel. « A l’époque, Zoff jouait dans les buts et je me souviens de Omar Sivori José Altafini, quel talent ! ». Luigi Alfano a également un faible pour Antonio Juliano. Le capitaine symbole, enfant du pays, l’inspirera certainement, par son attachement aux couleurs. Alfano fréquente également les gradins du San Paolo, comme ce jour de novembre 1968 où il assiste à l’élimination des Azzurri « à la pièce » contre Leeds (0-2 / 2-0) en Coupe des Villes de foires.
Mais la réalité économique rattrape les Alfano. La famille, comme énormément d’Italiens, quitte le pays. « J’avais 14 ans, je ne voulais pas partir » Direction : Saint-Cyr-sur-Mer dans le Var, à 15km du Chantier naval de La Ciotat où le père de Luigi est embauché. C’est sous les couleurs Jaune et Noir de Saint-Cyr que Luigi Alfano évolue jusqu’en 1977. Avant de franchir un palier en signant, à 19 ans, au Sporting Club de Toulon. Alfano obtient alors la nationalité française. Il deviendra un pilier du club, y compris après sa carrière de joueur, en devant entraîneur.

Le cœur azzurro (et or)

Malgré l’éloignement, Luigi Alfano n’a jamais coupé les ponts avec l’Italie. « Je retourne régulièrement à Palma et je m’intéresse de près à l’actualité du calcio » affirme-t-il. En effet, il ressort de sa mémoire, noms de joueurs, matchs de légende ou anecdotes comme si elles avaient eu lieu hier. Evidemment, il a beaucoup d’admiration pour des défenseurs comme lui : « les Gentile, Scirea, Collovati, la génération des Champions du Monde 1982 ». Mais, « j’aime surtout les joueurs offensifs qui ont de la classe comme Altobelli ». Un « Spillo » Altobelli qu’Alfano aurait bien aimé marquer lors d’une rencontre. Pour se mesurer.
Alfano a aussi appris à aimer la Nazionale, depuis les Riva, Rivera, Facchetti, etc. « Quand il y a France-Italie, je supporte la Squadra Azzurra » lance-t-il fièrement. Dans sa carrière, il n’aura jamais de contact avec les instances sportives italiennes. « Un jour avant un match on a joué l’hymne italien. Quelle émotion ! Mais ce n’était pas pour moi, c’était pour les adversaires, une sélection locale italienne lors d’un stage de pré-saison » sourit-il.
En 10 ans en D1, Alfano en a croisés des joueurs et dirigeants d’origines italiennes. Il a même failli être recruté par l’un d’entre eux. « Le président de Metz Carlo Molinari était Italien. A chaque Toulon-Metz, il me disait : «Vieni da noi ! ». Il ne franchira jamais le pas. « Si c’était aujourd’hui, je le ferai peut-être, pour découvrir autre chose. Mais là-bas il faisait froid et le soleil m’aurait manqué ». La Moselle était aussi peut-être trop loin du Golfe de Naples.

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