DOSSIER : Euro 1968 – Dino Zoff, un leader est né (14/23)

Par Rafaele Graziano publié le 20 Avr 2021
Zoff + Albertosi

Chaque semaine jusqu’au début de l’Euro, Calciomio vous narre l’histoire de 23 joueurs qui, à leur manière, ont marqué les campagnes européennes de la Nazionale. Aujourd’hui c’est nul autre que Dino Zoff qui passe au peigne fin. Champion du monde à 40 ans, Zoff et son amata Italia ont parcouru ensemble 30 ans d’histoire, quelques records et un Euro, en 1968, où le portier azzurro se révélera aux yeux du monde – retour sur le théâtre de la naissance d’une future légende.

Bien avant la gloire

L’histoire de Dino Zoff n’a, quant à son épilogue, rien de bien impressionnant : refoulé à l’adolescence par l’Inter et la Juventus, le jeune homme paye cher sa petite taille (1,66m). Grâce à un régime spécialement concocté par sa nonna, Dino grandit de manière fulgurante, se voyant accepter plusieurs postes entre Serie B et Serie A, entre titularisations et doublures. C’est à Mantova, de retour en championnat majeur, que le portier se verra confier les cages en tant que titulaire, bénéficiant d’une blessure importante du gardien Attilio Santarelli, initialement prévu à ce poste. 4 saisons plus tard, en 1967, fort d’une certaine réputation, il rejoindra le Napoli et fera le bonheur des partenopei lors de 143 matchs, imposant déjà un record de 590′ consécutives sans prendre de but. Son nom ne figure pas encore au panthéon du Calcio mais résonne déjà dans les oreilles du sélectionneur italien Valcareggi.

Les prémices d’un leadership

Embarqué dans l’aventure azzurra en 1968, Dino Zoff a 26 ans, encore une fois, il fait office de figurant plus que de protagoniste. Du moins c’est ce que prévoyait son sélectionneur qui comptait principalement sur Enrico Albertosi, bien plus capé, et Lido Vieri en second. Mais encore une fois, c’est une blessure (contractée par ses 2 concurrents directs) qui incitera à Valcareggi à ouvrir les portes du monde azzurro au jeune Dino dont l’enthousiasme aura eu ses effets. Ainsi, il sera titularisé à l’Euro en vue du match retour de phases qualificatives face à la Bulgarie, un match capital puisque perdu 3-2 à l’aller. Pour Zoff, on entre déjà dans le vif du sujet !

Dino ne se démonte pas pour si peu, il rassure son sélectionneur et fait preuve d’une maturité exemplaire. S’il a le vent en poupe avec le Napoli, heureux hasard, c’est au San Paolo qu’aura lieu la rencontre face à la Bulgarie, de quoi voir sa motivation décupler alors que son public et, pour la première fois, sa nation seront aux rendez-vous. Un gain de confiance bénéfique puisqu’il lui permettra de garder sa cage inviolée (victoire 2-0), l’Italie se qualifiera au tour suivant, en demi-finale, face à l’Union Soviétique.

Les vagues rouges, la révélation sous le signe de la revanche

L’Italie accueille l’Euro en pleine tourmente sociale, les émeutes du printemps 68 vont bon train, le pays tout entier affronte l’avenir l’esprit révolutionnaire, l’espoir d’un renouveau plein les yeux. Il en est de même pour la Squadra Azzurra qui revient d’un mondial 1966 humiliant, éliminée en phase de poules face à la Corée du Nord et l’URSS… Son prochain adversaire en demie-finale ! Pas question de plier cette fois-ci. Les Soviétiques ont des qualités indéniables : technique, vitesse, expérience, leurs assauts dans la surface italienne ne sont certes pas innombrables, mais telles les vagues d’une mer agitée se fracassant sur un rocher, ils sont bien souvent incisifs. Sauf que le rocher, cette fois, ne se désagrègera pas. Au-delà d’un rideau défensif rigoureux, le jeune homme entre les poteaux n’aura peut-être pas l’expérience du jeu européen, c’est avec maestria qu’il défendra sa cage et les siens.

Cette rencontre ne trouvera aucun vainqueur, mais le spectacle n’en sera pas moins au rendez-vous. 120 minutes durant, les deux équipes se donnent la réplique dans une partition de football remarquable : intensité, endurance, force physique et mentale, technique, tout y est ! 120 minutes d’un Dino Zoff impérial qui ne laissera rien passer, pas le moindre tir, pas la moindre offensive, pas le moindre centre, il ira même chercher le ballon aux abords de sa surface et se paiera le luxe de forcer la main à ses attaquants de par ses relances incessantes – toujours, dans une précision chirurgicale. l’Italie validera son ticket à pile ou face, comme si la chance qui avait mené Zoff au devant de la scène planait encore dans le ciel de Naples. En plus d’une finale, l’Italie aurait-elle trouvée un leader ?

La consécration

Enfin porté sur la dernière marche d’une compétition européenne, Zoff a bien failli redescendre de son piédestal : le dernier obstacle n’est pas des moindres, il s’agit de la Yougoslavie, un effectif jusque lors indéboulonnable. Et cela commence plutôt mal pour les Azzurri et pour Zoff, ce dernier auteur d’une sortie un peu hasardeuse sur un centre en retrait yougoslave, permet à Džajić de mettre un ballon d’apparence inoffensive au fond des filets (39′). Le reste de la rencontre, comme toute sa compétition, sera magistralement maîtrisée, sans écarts et toujours d’une précision assurée. L’Italie égalisera par Domenghini (80′) et remportera la compétition lors de la seconde finale : Dino, cette fois-ci, ne fera pas de cadeaux (2-0). En à peine 4 rencontres, le jeune gardien passera du statut de remplaçant à protagoniste absolu si bien qu’il figurera dans le onze-type de la compétition : une légende était née.

https://youtu.be/bZVrGfU-Yr4

 

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Rafaele Graziano



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