DOSSIER : Euro 1968 – Pietro Anastasi, l’éclosion de « Pietruzzu ‘u turcu » (12/23)

Par Pasqualino Petolillo publié le 05 Avr 2021
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Chaque lundi jusqu’au début de l’Euro, Calciomio vous narre l’histoire de 23 joueurs qui, à leur manière, ont marqué les campagnes européennes de la Nazionale. Retour aujourd’hui sur le parcours du jeune sicilien Pietro Anastasi, buteur lors de la finale rejouée par les Azzurri à l’Euro 1968 au stade olympique de Rome.

1967/1968, la saison de la consécration

Avoir tout juste 20 ans et être à la base de la délivrance azzurra reste ancrée dans les annales sportives. Après le cauchemar coréen deux ans auparavant, l’Italie se cherche en 1968. Sous la houlette de Ferruccio Valcareggi, la Squadra retrouve cet orgueil national propre à la Botte. En Pietro Anastasi, le sélectionneur découvre un vrai 9, petit format, explosif et imprévisible, selon lui le complément idéal de Gigi Riva à la pointe de l’attaque. Après une première saison de feu en Serie A avec Varese, Anastasi est catapulté des U21 à la finale d’un championnat d’Europe des nations.

Après une demi-finale qui se solde sur le score de 0-0 contre l’URSS, grande favorite de la compétition, la Squadra Azzurra se qualifie grâce à la fameuse règle du pile ou face. Le capitaine Facchetti fait le bon choix et devient le porte bonheur des italiens.

Il « terrone », l’acrobate aux couleurs méridionales

La finale de l’Euro contre la Yougoslavie, à laquelle participe Anastasi, est d’abord un match assez décevant des Azzurri, dominés dans le jeu. Si Dzajic, la star slave élue meilleur joueur du tournoi, parvient ouvrir le score, les exploits d’un certain Dino Zoff maintiennent le suspense. La délivrance arrive sur un coup-franc de Domenghini à la 80ème minute.

Le score n’évolue plus, pas de tirs au but prévus, la finale doit être rejouée deux jours plus tard à l’Olimpico. Pas tellement mérité selon la presse locale…

Last minute, « échauffe-toi, presto!” s’exclame le Mister envers Anastasi le soir de la finale rejouée. “Tocca a te, tu rejoues en pointe, mais avec Gigi Riva » dans le traditionnel 4-4-2. De Catania à Varese puis à la Juventus la même année, où le président Agnelli a grandement investi, Anastasi vit donc une année 68 folle, ponctuée d’une deuxième finale d’Euro qu’il ne s’attendait pas à jouer après sa prestation en demi-teinte lors de la “première” finale.

Le coach Valcareggi, qui voit bon nombre de ses joueurs un peu justes physiquement, décide de plus de révolutionner le 11 de départ en effectuant 5 changements. Riva, Salvadore, Rosato, De Sisti et Mazzola sont titulaires.

Cette Nazionale remodelée tant physiquement que techniquement pour la “deuxième” finale épate tant par sa fraîcheur que par l’éclosion de jeunes talents dont Anastasi, le sicilien d’1m72 aligné en pointe avec le mythique Gigi Riva. Après avoir pris l’avantage par ce dernier, qui revenait de loin suite à de nombreuses blessures, Anastasi reçoit le ballon de De Sisti à la limite du rectangle et reprend en demi-volée sans se poser de questions. Sensation d’un geste parfait, d’instinct et fruit d’une « inconsciente jeunesse ».

Fils d’ouvriers siciliens, il retrouve en Nazionale un Mister qui est aussi un père de substitution, toujours à l’écoute et attentif à son éclosion. Celui que l’on appelle déjà le « Pelé blanc » a été surnommé Pietro ‘u turco par ses coéquipiers, car au moindre rayon de soleil il devenait plus noir que du charbon.

L’orgueil d’une nation finalement libérée

Pas évident d’avoir 20 ans en Italie, être seul et loin des siens, « terrone » (comme les italiens du nord appellent parfois les méridionaux) au milieu d’une équipe composée de grands joueurs du Nord. Anastasi apprend toutefois à se faire respecter. L’explosivité et l’imprévisibilité sont ses atouts. Il ne se pose pas de question et son entente avec son compère en attaque Gigi Riva est une pure merveille. Il sait ce que représente le football, un combat, une identité à affirmer, et c’est là qu’il épate. Il sent sur son but que le ballon sera pour lui, le temps de réaliser cette frappe en demi-volée. Ce but est une libération, une manière pour le Sud de “réunifier” une deuxième fois une nation orpheline de titre majeur depuis le Mondial 1938.

Tel est donc le parcours d’Anastasi, petit sicilien parti faire fortune dans le nord et tant voulu par le Président Agnelli, à l’inverse de son pote d’attaque Gigi Riva, tombé amoureux de la Sardaigne et de Cagliari. La nation n’a d’yeux que pour eux en 1968. L’Italie fête ainsi son premier sacre européen, qui reste à ce jour le seul et unique Euro gagné.

https://www.youtube.com/watch?v=pHtkJo_tnLY

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1. Euro 2000 – Toldo, le chef-d’œuvre contre les Pays-Bas

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10. Euro 1964 – Alberto Orlando, un quadruplé historique

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