Caprari : après les montagnes russes, l’Ukraine…

Par Michaël Magi publié le 09 Oct 2018

Vendredi 5 octobre. 14h00. Gianluca Caprari s’apprête à participer à l’entrainement post-méridien. Peut-être est-il déjà à Bogliasco. En train de sortir ses affaires de son sac. Peut-être plaisante-t-il avec un coéquipier. Ou trottine-t-il, non loin du terrain d’entrainement, dans l’attente de consignes. La Samp prépare un déplacement à Bergame. Au programme : exercices techniques et tactiques. Au même moment, Roberto Mancini communique sa liste en prévision des matchs de la Nazionale contre l’Ukraine et la Pologne. C’est un vendredi comme un autre. Le vendredi d’un footballeur professionnel s’apprêtant à fouler une pelouse de Serie A, le dimanche à venir, à 15h00, à l’heure où l’Italie digère les copieux repas de famille. Un vendredi presque comme un autre, puisque le nom de Caprari figure à la surprise générale dans la liste.

L’homme qui revenait de loin

La carrière d’un footballeur professionnel est une longue accumulation de premières fois. Parmi celles-ci, gageons qu’une première convocation internationale est un de ces moments à part qui lui donnent un relief singulier. Nous ne savons rien de la réaction de Caprari à la découverte de l’annonce. Nous n’avons rien d’autre à nous mettre sous la dent qu’un simple tweet, publié sur le compte anglophone de la Samp, à l’occasion du #WorldSmileDay (sic), associant du reste Dennis Praet, lui aussi convoqué par le sélectionneur belge après 4 années d’indifférence. On y voit Caprari se fabriquer un sourire. Sans faire dans la psychologie de bazar, on perçoit l’ambivalence des sentiments qui l’animent certainement : une conjugaison étrange d’excitation et de nervosité.

Caprari mérite-t-il sa sélection ? Disons simplement que Caprari est résilient. C’est une qualité qu’apprécie Giampaolo et qui a peut-être séduit Mancini, dans la perspective d’un amical contre l’Ukraine qui se tiendra opportunément au Marassi. De fait, depuis son arrivée à Gênes, le romain d’origine évolue au rythme d’un circuit de montagnes russes : entre prestations en dents de scie et succession de pépins physiques.

Son début de saison offre le même contraste. Victime de sa polyvalence, Caprari navigue à vue. Envisageant de le repositionner à l’un des postes avancés de son 4-3-1-2 de prédilection, Giampaolo se voit contraint de l’aligner trequartista, afin de compenser l’absence de Saponara et l’irrégularité de l’uruguayen Gastón Ramirez. Dans un système qui n’est autre qu’un 4-3-3 déguisé, les qualités de percussion de Caprari s’avèrent parfois précieuses, tout autant que sa volonté d’aider les siens dès la perte de balle. Hélas, la débauche d’énergie se paie cher : imprécis, brouillon, Caprari peine à s’exprimer pleinement dans le collectif blucerchiato.

Autre point noir : des blessures récurrentes. En marquant deux buts en deux rencontres (contre Frosinone puis la Fiorentina), Caprari semblait sur la voie de la régularité. Sur SkySport, Giampaolo s’en félicitait : « J’ai toujours dit qu’il était fort, même lorsqu’il ne jouait pas ou commettait des erreurs. Je ne fais pas de compliments par gentillesse. Si je dis quelque chose, c’est que je le pense. » Hélas, Caprari rechutait juste avant le match contre l’Inter. Il a fait son retour, dimanche dernier, contre l’Atalanta, se montrant hélas sous son plus mauvais jour : trop souvent dos au jeu, incapable d’aider son équipe à tenir le ballon, courant dans le vide sans influer sur quoi que ce soit.

Il n’en reste pas moins que Caprari est un joueur attachant, capable de coups d’éclat. Dans une Nazionale en manque de talents, il peut postuler en qualité de puncher en sortie de banc. C’est peut-être ce que pense Mancini, présent dans les tribunes, à l’occasion du match entre la Samp et la Fiorentina. A l’heure d’ajouter Caprari sur sa liste, peut-être s’est-il rappelé que le joueur était capable de ce genre de bijoux… Ou peut-être a-t-il simplement voulu faire un cadeau au peuple génois : lui aussi, si résilient…

 

Michaël Magi



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