DOSSIER : les plus grands duels franco-italien, AJA–Milan AC 1985

Par Aurélien Bayard publié le 23 Juin 2020

Depuis plus d’un siècle, les oppositions entre formations italiennes et françaises offrent des rencontres de légendes. Des duels souvent épiques, qui ont contribué à la légende de ce sport. Calciomio vous propose de revivre ces parties mémorables en mettant en lumière cette fois la venue du Milan AC en Bourgogne pour une rencontre de Coppa UEFA contre l’AJ Auxerre en 1985.

Deux clubs dans un nouveau cycle

Milanais comme Auxerrois sont sur deux dynamiques similaires. Alors qu’ils étaient au sommet de la Serie A, le scandale du Totonero fait tomber les rossoneri de leur piédestal. Leur match contre la Lazio est l’emblème des paris truqués alors ils doivent être sévèrement punis pour avoir sali l’image du ballon rond. Les voilà donc relégués en Serie B pour la première fois de leur histoire. Pendant trois ans, le Milan AC s’amuse à faire l’ascenceur entre antichambre et élite du football italien. Sa 5ème place en Serie A lors de la saison 84-85 augure enfin un renouveau. Après cinq ans d’absence, Il Diavolo retrouve enfin la Coupe d’Europe. Et même si les finances ne sont pas au beau fixe, un repreneur du nom de Silvio Berlusconi devrait arriver pour remettre à flot le bateau rossonero…

Dans l’Yonne, les icaunais montent en puissance. En 1979, alors qu’ils sont encore pensionnaires de D2, ils se hissent en finale de coupe de France. Ils ne s’inclinent qu’en prolongations contre l’ogre nantais. Poussés par cet exploit, ils décrochent la montée la saison suivante. Guy Roux et ses ouailles commencent à se faire un nom dans l’Hexagone grâce à une « jeunesse auxerroise » qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Construit au milieu des années 70, le centre de formation ajaïste écrit ses premières lettres de noblesse en remportant la coupe Gambardella en 1982 puis le championnat de France cadet deux années de suite. Une génération dorée voit le jour, emmenée par William Prunier, Pascal Vahirua, les frères Boli et Éric Cantona. Autour de Jean-Marc Ferreri, Joël Bats et Andrzej Szarmach, elle permet à Auxerre de connaitre ses premiers émois européens face au Sporting Portugal un an avant sa rencontre face au Milan AC. Une première fois au goût amer, les prolongations sont de nouveau fatales aux Bourguignons.

Deux mondes différents

Guy Roux le sait, les deux clubs sont à des années lumières de l’un et l’autre. Alors pour combler cet écart, l’homme au bonnet compte sur la solidarité entre les joueurs pour rééquilibrer les débats. Direction le Morvan pour se couper de tout et forger un groupe. De leur côté, les Milanais n’ont pas besoin d’aller dans le massif montagneux pour un dépaysement total. « Quand les Italiens sont arrivés à l’Abbé-Deschamps, ils croyaient que c’était le terrain d’entraînement, et ont demandé où aurait lieu le match », se remémore Jean-Marc Ferreri pour L’Equipe.

Le chef-lieu de l’Yonne s’embrase lorsque le coup d’envoi est sifflé. Qui aurait cru que Mark Hateley, Paolo Rossi, Franco Baresi ou le néophyte Paolo Maldini fouleraient la pelouse auxerroise ? Un respect beaucoup trop grand dont profite Virdis pour tromper Martini dès la 4ème minute de jeu. Mais la suffisance s’installe dans le camp milanais et les ajaïstes en profitent. Guy Roux exhorte ses troupes à se révolter et Patrice Garande égalise peu avant la mi-temps. Cette situation indécise permet au match de s’emballer. Au retour des vestiaires les visiteurs peuvent reprendre l’avantage par l’intermédiaire de Di Bartolomei mais la légende romaine voit son penalty dévié par Bruno Martini. La chance choisit son camp.

Enfin pas de tout de suite car Garande bute par deux fois sur Terraneo cinq minutes plus tard lors du même exercice. En revanche, il ne tremble pas à la 64ème pour que les locaux passent devant au panneau d’affichage. Milan prend le bouillon et Maldini n’en peut plus des attaques incessantes sur son côté gauche. Lors d’une contre-attaque initiée par Basile Boli, Ferreri envoie la balle derrière le jeune latéral gauche. Didier Danio surgit et conclut l’action en marquant le troisième but. L’Abbé Deschamps explose !

Un retour qui sauve tout

Le score ne bougera plus. « Nous aurions pu perdre 4 ou 5-1 » déclare le fils de Cesare lorsque les deux équipes se retrouveront en Ligue des Champions en 2010. L’exploit semble déjà trop grand et les Icaunais gèrent le score. Lors du coup de sifflet final, la joie est palpable chez les joueurs et les supporters. Seul Guy Roux reste dubitatif. Dans les vestiaires, le gourou bourguignon reproche à son effectif de ne pas avoir plus enfoncé le clou. Des propos qu’il regrette bien vite et dont il finit par s’excuser.

L’histoire lui donne finalement raison. A San Siro, les Rossoneri seront cette fois-ci sans pitié. Un 3-0 net et sans bavure qui fige l’exploit comme un coup d’un soir.

Feuille de match

Coppa UEFA – 32ème de finale

Mercredi 18 septembre 1985, Stade Abbé Deschamps, Auxerre, 15 000 spectateurs

AJ Auxerre – Milan AC 3-1

But : Garande (38ème et 64ème), Danio (68ème) pour l’AJ Auxerre, Virdis (4ème) pour le Milan AC,

AJ Auxerre : Martini – Janas, Basile Boli, Barret -Ferrer (remplacer par Gomez), Ferreri, Fiard, Perdriau,  Danio – Roger Boli (remplacé par Vahirua), Garande,  – Entraîneur : Roux G.

Milan AC : Terraneo – Galli, Baresi, Tassoti, Maldini – Di Bartolomei, Evani, Icardi (remplacé par Bortolazzi), Wilkins – Hateley, Virdis – Entraîneur : Liedholm N.

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Aurélien Bayard



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