DOSSIER : Cagliari, 100 ans de passion : Gigi Riva, la légende (3/9)

Par Sébastien Madau publié le 10 Nov 2019

La saison 2019-2020 revêt une importance particulière pour le Cagliari Calcio. Il s’agit en effet de la saison du Cinquantenaire du Scudetto de 1970 emmené par le buteur Gigi Riva, mais également du Centenaire de la naissance du club, actée le 30 mai 1920 à l’initiative de passionnés de football. Tout au long de la saison, Calciomio vous fera revivre chaque mois les grandes étapes de ce siècle d’histoire et de passion en Sardaigne, et au-delà. Pour ce troisième épisode : retour sur le parcours de Gigi Riva, le plus grand joueur de l’histoire du club (1963-1976).

1963. Luigi Riva, jeune Lombard de 19 ans débarque en Sardaigne. 57 ans plus tard, alors qu’il fête ce 7 novembre 2019 ses 75 ans, Riva est considéré par tous les Sardes comme l’un des leurs. Comment ce natif de Leggiuno est devenu l’idole de tout un peuple ? La réponse est, certes, sur le terrain mais aussi en dehors.

Meilleur buteur de l’histoire de Cagliari et de la Nazionale

Gigi Riva arrive à Cagliari alors que les Rossoblù évoluent en Serie B. Au bout d’une seule saison, le club est, pour la première fois, promu en Serie A. Une des plus belles pages du calcio est en train de s’écrire. Cagliari fait sensation, jusqu’à la consécration : le Scudetto 1970. Gigi Riva symbolise cette réussite. Lui que rien de prédestinait à une telle aventure.
Quand il quitte la Lombardie, il a perdu son père. Il perdra sa mère quelques temps après son arrivée en Sardaigne. « Quand j’arrivai à Cagliari » se souvient Riva « en voyant les lumières dans le Golfe de Cagliari, je me suis dit: mais c’est l’Afrique ici ! Où suis-je tombé? ». Mais petit à petit l’homme s’intègre. Grâce à ses performances évidemment. « Rombo di Tuono » (« Coup de tonnerre ») deviendra meilleur buteur de l’histoire de Cagliari avec 208 buts en 377 matchs et de la Nazionale (35 en 42 sélections). Mais pas seulement.

D’autres ont marqué après lui sans jamais atteindre un tel degré d’amour. Son isolement initial a fait que les Sardes l’ont pris sous leurs ailes. Il a accepté leur bienveillance. « Des Sardes, c’est leur générosité qui m’a frappé. Ils m’ont toujours considéré comme l’un des leurs. Et nous avons le même caractère, on ne se met pas en avant ». Il partage avec eux les joies et les peines. « Quand je voyais le stade plein dès 11h, je comprenais que pour les Sardes, le football c’était tout. On nous appelait les bergers et les bandits dans toute l’Italie et cela me mettait en colère. Les bandits le faisaient à cause de la faim, car à l’époque il y avait la faim ».

Le refus d’aller jouer ailleurs

Parce que le football est aussi fait de symbolique, c’est à Turin, contre la Juventus que Cagliari remporte dans les esprits son Scudetto grâce à une égalisation de Riva. L’influence de Cagliari va bien au-delà de l’île. « Quand on jouait à Milan ou à Turin, il y avait 5-6000 Sardes qui arrivaient d’Allemagne, de Suisse, de France… Je regrette de ne pas avoir conservé toutes les lettres qu’ils m’envoyaient. Une ou deux auraient suffit à faire comprendre pourquoi nous aimons Cagliari et la Sardaigne. Nous représentions toute l’île et cela nous plaisait ».
Evidemment, son talent a attiré les convoitises. La Juve a tout fait pour l’enrôler. En vain. Riva n’a jamais voulu quitter son île. Connaissant son affection de jeunesse pour l’Inter, le président Moratti a aussi tenté de le recruter. En vain. Il s’assurera juste, moyennant finances, que le joueur ne se rende pas chez l’ennemi turinois. « Cela aurait été de la lâcheté de partir, malgré tout l’argent de la Juve. Je n’ai jamais douté et je ne regrette pas ma décision ».
Gigi Riva jouera 13 saisons en Sardaigne. Deuxième du Ballon d’Or 1969 derrière Rivera, il aurait pu avoir un palmarès plus conséquent (Euro 1968) sans ces deux fractures de la jambe. Sa carrière finie, il intégrera la Fédération italienne comme team manager de la Nazionale. Il sera un père pour des générations d’Azzurri des années 80, 90 et 2000.
Aujourd’hui, Riva s’est retiré du devant de la scène. Émotif, l’homme a du mal à regarder un match de Cagliari en tribune. Il préfère la télévision. Pour son 75e anniversaire et les 50 ans du Scudetto, l’actuelle génération de Rossoblù ne pouvait lui faire plus beau cadeau que ce tonitruant début de saison. Auguri Gigi !

A lire aussi:

1- Episode 1: la fondation du club en 1920 (1/9)

2- Episode 2: la première accession en Serie A en 1964 (2/9)

3- Episode 3: Gigi Riva, la légende (3/9)

4- Episode 4 (à suivre): Manlio Scopigno, l’entraîneur du Scudetto

Sébastien Madau



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