Cuadrado, retour gagnant ?

Par Rafaele Graziano publié le 18 Oct 2019

Entre coups durs et coups de génie, la présence de Juan Cuadrado à la Juventus semblait ne tenir qu’à un fil. Ce dernier, souvent critiqué pour son irrégularité, a su faire valoir ses compétences et répondre présent lorsqu’on le lui demandait, au point, peut-être désormais, de se rendre indispensable ?

La vulnérabilité

L’arrivée du joueur colombien en provenance de Chelsea en 2015 était le symbole d’une Juventus désireuse de compétitivité et elle coïncide avec la montée en puissance du club sur la scène européenne. Un coup de mercato intéressant tant techniquement que financièrement car peu onéreux (prêt de 1,5M€ puis 5M€ et clause de rachat de 20M€). Toutefois les statistiques du colombien ne jouent pas en sa faveur, entre blessures et passages à vide, l’ancien du Independiente Medellin perd peu à peu de sa verve. Alors qu’il affichait un bilan honorable du côté de la Fiorentina (26 buts et 21 passes décisives en 106 matchs) ou à la Coupe du Monde 2014 (meilleur passeur), l’enthousiasme de son arrivée à Chelsea fut aussi effacé que son temps de jeu : Cuadrado joue peu, propose peu, bref, c’est une catastrophe.

Après avoir chauffé le banc londonien, il trouve un accord avec le champion d’Italie, débarque à Turin et gagne une place de titulaire, sa présence étant même requise en Champions League. Cependant, Cuadrado peine à retrouver l’efficacité montrée à Florence et semble sujet à une forme vacillante. Ses blessures et son irrégularité l’écartent des terrains un moment : finalement, son statut ne décollera jamais, il restera un talent brut, mais jamais pleinement exploité. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de la part de Massimiliano Allegri qui le titularise volontiers, mais les dirigeants turinois, après avoir levé la clause d’achat du joueur le 22 mai 2017, semblent ne plus vouloir tabler sur un produit en demi teinte – si bien que sa présence sur le mercato des sorties en 2018 ou encore plus récemment en été 2019 n’est plus une surprise.

La certitude

Et pourtant, depuis son retour de blessure et le passage sous pavillon ‘Sarrien’, le colombien est transcendé, son profil semble coller parfaitement au style de jeu de l’entraîneur toscan. Celui-ci le fait jouer ailier, mais principalement arrière-droit, un positionnement cocasse qui n’a pas manqué de faire froncer les sourcils des tifosi, mais dans lequel le joueur se sent plus qu’à l’aise, et ça se voit : interceptions, tacles, duels, le sud-américain semble avoir fait ça toute sa vie tant les interventions défensives sont propres et répétées – il n’y a qu’à voir ses prestations face à l’Atlético : 78 ballons touchés, 91,7% de passes réussies,  2 occasions créées et 1 but, prestations constatées également face à l’Inter, des rencontres d’importance capitale. Rapidité, générosité et précision, le colombien ne fait regretter ni De Sciglio ni Danilo et rappellerait même un certain Marcelo (la ressemblance capillaire étant pur fruit du hasard).

Le grand défi de Maurizio Sarri est de gérer un groupe extrêmement diversifié, il est donc évident que plusieurs systèmes de jeu sont à envisager : 4-3-3 ? 4-3-1-2 ? Aussi, quels joueurs choisir et dans quelles circonstances ? Finalement, avec un Cuadrado retrouvé dans ce nouveau rôle (déjà testé sous Allegri), son intégration n’est plus en doute, qu’importe le schéma. Son importance est évidente tant la dualité de son apport (défensif/offensif) est flagrante, en effet Cuadrado se caractérise par : un repli efficace, des interceptions aux abords de sa propre surface, un jeu en triangle rapide sur le couloir droit avec Bernardeschi, Dybala ou Ronaldo, des centres (et encore des centres), et des incursions dans la surface adverse. Cuadrado serait-il devenu l’une des clés du Sarriball ?

Le colombien répond présent lors des moments importants et semble porté par un enthousiasme collectif depuis l’arrivée de Sarri, mais seule une entrave pourrait bien compliquer la vie du joueur et son entraîneur : les retours imminents de Danilo et De Sciglio. Finalement, Cuadrado a-t-il gagné une place de titulaire ou cédera-t-il son poste aux principaux occupants ? Son rôle initial d’ailier sera-t-il exploité dans un système – actuel – moins propice ?

 

Rafaele Graziano



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