CALCIOSTORY: Ce soir de 1987 où Cagliari (Serie B) reçut le Napoli de Maradona

Par Sébastien Madau publié le 16 Déc 2018

Ce dimanche 16 décembre, Cagliari accueille Naples à la Sardegna Arena pour une rencontre de championnat entre deux rivaux du Mezzogiorno. Ces dernières années, ce sont les continentaux qui ont régulièrement pris le dessus sur les insulaires. A l’occasion de cette rencontre Calciomio revient sur un des matchs rentrés dans l’histoire sur l’île: la confrontation au printemps 1987 en demi-finale aller de la Coupe d’Italie au Stade Sant’Elia alors que Naples venait d’être sacré champion d’Italie et que Cagliari était relégué en Serie C. Dans l’espoir d’un exploit, qui n’arriva pas (0-1 sur un but de Diego Maradona) malgré une belle résistance. Flashback.

Ce 27 mai 1987, c’est soirée événement en Sardaigne et particulièrement à Cagliari. Aussi, ce sont environ 50.000 personnes qui se rendent sur les gradins du Stade Sant’Elia pour assister à cette demi-finale aller de la Coppa. L’ambiance est à la fête. Les tifosi napolitains ont fait le déplacement en nombre. Un tour d’honneur entre supporters des deux camps drapeaux au vent précédent même la rencontre.* « Nous avons un public qui mérite mieux que ce que malheureusement nous lui proposons depuis quelques années » indique l’entraîneur de Cagliari Gustavo Gianoni.

Tout près de l’exploit

La veille, beaucoup étaient déjà venus au stade assister à l’entraînement des Napolitains et de sa star argentine. Un événement quand on sait qu’à cette époque, Cagliari a terminé dernier de Serie B. En effet, fini le faste des années « Riva » et du Scudetto 1970. Les Sardes ont dégringolé et le club est menacé de faillite. Alors, quand il s’agit de voir du beau football le public répond présent. Il faut dire qu’en face, c’est certainement une des plus belles équipes de Naples de son histoire qui débarque, tout fraîchement auréolée du Scudetto. Les Garella, Carnevale et autre Giordano entourent le roi Diego. En face, Cagliari répond avec des moyens techniques limités et un climat interne -notamment financier- tendu. Le capitaine Gigi Piras cherche à encadrer les jeunes.

Si l’objectif de début de saison n’était certainement pas d’aller loin en coupe, pourquoi pas à- présent- se prendre au jeu? Et  pourquoi ne pas réaliser l’exploit? Comme ce fut le cas en quart de finale où les Rossoblù ont réussi à éliminer la Juventus des Platini, Laudrup, Scirea (1-1 à Cagliari et 2-2 à Turin). Evidemment, sur le terrain, la tâche se complique. Mais l’équipe sarde fait plus que de la figuration. Cagliari menace le portier napolitain Claudio Garella à coup de frappes de loin de son milieu Roberto Bergamaschi. Gigi Piras tente d’illuminer le jeu. En vain. En face, Maradona et Carnevale sont des menaces permanentes. Sur la pelouse, le défi est aussi physique et l’écart de niveau se fait sentir. Maurizio Venturi et Mauro Valentini quitteront le terrain sur blessure.

On a chargé le jeune Marco Pecoraro Scanio (24 ans) de marquer à la culotte Diego Maradona. Il remplit sa mission jusqu’à la 77e minute où l’Argentin réussit finalement à se faire la malle après une erreur de relance et tromper la vigilance du goal sarde Roberto Dore. Quand, à la 85e, le milieu rossoblù Marco Marchi fait trembler les filets et hurler le stade, ce n’est en fait qu’un effet d’optique. Le ballon a frappé le petit filet extérieur. Après 90 minutes, la logique sportive est respectée. Naples repart avec un but d’avance. Le duel Pecoraro-Maradona a évidemment attiré tous les regards. Au coup de sifflet final, l’Argentin salue la prestation « sans méchanceté » de son adversaire d’un soir. De son côté, Marco Pecoraro rappelle aux micros le talent du Napolitain, regrette la défaite et se souhaite de vivre « encore ce type de moments, et même encore plus beaux ». Il poursuivra une carrière honorable au Genoa, à la Salernitana (sa ville natale), à Ancône et à Lecce, avant d’embrasser une carrière politique chez les Verts italiens dont il sera sénateur de 2006 à 2008.

Cagliari remplit ses caisses vides

Face à l’armada napolitaine, dirigée par Ottavio Bianchi, les Rossoblù n’ont pas démérité. Le défaite est logique mais honorable et le public scande « Merci quand même! ». L’affluence record est également une bouffée d’oxygène pour le club. Les 540 millions de lires de recette permettent de payer les retards de salaires aux joueurs et de mettre du cash dans les caisses vides.

Sur le plan sportif, Cagliari avait laissé passé sa chance. Au retour, au Stade San Paolo, Naples ne laisse aucune chance aux joueurs sardes et remportent la rencontre 4-1. Le Napoli s’ouvre la voie vers la finale qu’elle remportera contre une surprenante Atalanta. Cette saison-là, le Pibe de Oro et ses coéquipiers réaliseront donc le doublé. Un succès historique dont une étape est passée un soir de mai 1987 par la Sardaigne. Quant à Cagliari, après ce moment sur le devant de la scène, il débutera la saison suivante (1987-1988) en Serie C avec à sa tête un nouvel entraîneur, le jeune Claudio Ranieri. Après deux montées consécutives, le club retrouvera enfin l’élite en 1990. Pour recommencer à vivre des émotions plus en adéquation avec son histoire.

* La rivalité entre Cagliari et Naples est née en 1997. Lors d’un barrage pour se maintenir en Serie A, Cagliari a affronté Piacenza sur terrain neutre à Naples. Les tifosi napolitains s’étaient rendus au stade pour supporter Piacenza (qui l’emportera 3 à 1 et enverra Cagliari en Serie B) suscitant la colère des Cagliaritains qui s’attendaient plutôt au soutien napolitain, en tant que club du Sud de l’Italie.

Sébastien Madau



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