DOSSIER : Cagliari, 100 ans de passion, Manlio Scopigno, le philosophe du scudetto (4/9)

Par Michaël Magi publié le 19 Déc 2019

La saison 2019-2020 revêt une importance particulière pour le Cagliari Calcio, Cinquantenaire du Scudetto de 1970, mais également Centenaire de la naissance du club, actée le 30 mai 1920 à l’initiative de passionnés de football. Tout au long de la saison, Calciomio vous fera revivre chaque mois les grandes étapes de ce siècle d’histoire et de passion en Sardaigne, et au-delà. Deuxième épisode : Manlio Scopigno, le philosophe du scudetto.

Les tourments d’un philosophe

On l’appelait le philosophe. C’est pourtant bien le péché de colère que commit Manlio Scopigno le 14 décembre 1969 ; rompant ainsi avec l’antique méfiance héritée des philosophes grecs à l’égard d’une émotion qui, comme l’affirmait Sénèque, est « une avalanche qui se brise sur ce qu’elle écrase ». Mais revenons quelque peu en arrière. Frioulan d’origine, Scopigno commence sa carrière au milieu des années 40, à Rieti. Vite transféré à la Salernitana, il s’y impose tout d’abord comme un honnête latéral gauche de Serie B. Au point d’obtenir toutefois la chance d’évoluer en A avec le Napoli.

Hélas, alors qu’il touche son rêve du doigt le 11 mai 1952, peu après avoir inscrit le 5ème but du Napoli (dans une rencontre que les partenopei remporteront 7-1 contre Como), le jeune joueur de 26 ans s’écroule. Rupture des ligaments croisés. Fin du conte de fée… « Je n’étais pas résilient, se souvient-il. L’accident est survenu alors que j’avais 26 ans, et comme la partie vitale d’un joueur est ses jambes, mon moral est allé sombrer dans le Golfe. Je me suis senti détruit, à tel point que je n’ai même plus fréquenté la faculté de Rome où j’étais inscrit en philosophie depuis mes débuts avec Rieti. À ce moment-là, je me suis demandé : dois-je poursuivre mes études ou entrainer ? Je suis retourné à Rieti et suis devenu entraîneur-joueur».

De Ira

1968. Scopigno est désormais en poste à Cagliari. Après une expérience remarquée à Vicenza et un épisode malheureux à Bologna. Ce n’est pas la première fois qu’il entraine le club sarde. Sa première aventure rossoblu (66-67), quoique conclue sur une 6ème place en championnat, s’est achevée en eau de boudin au terme d’une tournée américain durant laquelle Scopigno, en froid avec les dirigeants au sujet de sombres histoire de primes, boit le whisky de trop, et se fait surprendre en train d’uriner sur les buissons bien taillés du Consulat d’Italie à Chicago… Officiellement au chômage, mais officieusement payé par Moratti pour remplacer Herrera à l’Inter, devenu ingérable, il revient toutefois un an plus tard, pour guider des casteddu, orphelins depuis le départ de ce technicien doux qui enfile les whiskys comme personne et a aboli les mises au vert au profit de la responsabilisation des joueurs.

Et la magie opère. A l’aube du 14 décembre 69, Cagliari est leader du championnat. C’est même invaincu qu’il se déplace à Palermo pour une sorte de derby inter-insulaire piégeux. Et sans surprise, les siciliens attendent l’ennemi le couteau entre les dents. A la 30ème minute, Bercellino fait un numéro côté droit et se joue de Greatti qui mange la pelouse. Albertosi repousse une première frappe sur la tête de l’attaquant qui, d’un réflexe, touche du bois. Le sauvetage du gardien casteddu est toutefois vain, puisque 10 minutes plus tard, Troja ouvre logiquement le score pour Palermo d’une tête plongeante. Frustrant ? Bien moins que l’envolée de Riva vers le but en seconde mi-temps, stoppée net pour un hors-jeu de Martiradonna.

C’est ici que Scopigno cède à la colère, poursuivant l’arbitre dans les couloirs en hurlant : « Connard ! Au lieu d’agiter ton drapeau, tu ferais mieux de te l’enfoncer dans le cul ». La sanction ne tarde pas : 16 journées de suspension pour Scopigno qui, redevenu philosophe, acceptera sa punition : « L’hiver arrive, je serai plus au chaud dans les tribunes… ». C’est donc privé de banc qu’il regardera Cagliari décrocher le seul scudetto de son histoire… Rieur et détaché, conforme à sa philosophie personnelle : « J’ai étudié le monde et je pense qu’il faut en rire. Une cigarette, une coupe de champagne, des amis autour de soi. Il n’y a rien de plus beau que la vie… »

A lire aussi :

Episode 1: la fondation du club en 1920 (1/9)

Episode 2: la première accession en Serie A en 1964 (2/9)

Episode 3: Gigi Riva, la légende (3/9)

Episode 4 : Manlio Scopigno, l’entraîneur du Scudetto (4/9)

Episode 5 (à suivre) : Les grands présidents

Michaël Magi



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