DOSSIER (partie 4) : Le fond du fond, 60 ans après

Par François Lerose publié le 16 Juin 2018

La parenthèse Antonio Conte est refermée après un parcours héroïque lors de l’Euro 2016 en France, mais sans réelle projection pour le futur entrevue. L’équipe est alors transmise à un Ventura novice en la matière, avec un palmarès inexistant et une maitrise douteuse. Un groupe de qualification avec l’Espagne pour le Mondial 2018 qui ne laisse que peu d’espoirs de passer outre les barrages.

2018, l’effondrement et la prise de conscience

Grande nation du football, l’Italie l’est indubitablement. Grande équipe actuellement ? Cela n’est plus si sur. La phase de poules pour se qualifier au Mondial en témoigne rapidement. Peu de matchs faciles que ce soit face à Israël ou l’Albanie et malgré un nul face à l’Espagne qui masque le néant proposé dans le jeu par le 3-5-2 aligné par Ventura, l’Italie n’avancera plus lors de la phase retour, n’arrivant plus à marquer et subissant un lourd 3-0 à Madrid qui cassera bien plus que les jambes d’une sélection en plein doute. Le barrage face à la Suède révèle alors les lacunes d’une Nazionale qui n’arrivera plus à marquer en 180 minutes, encaissant un but à l’aller et en laissant entrevoir de grosses tensions lors du retour (Insigne, De Rossi, Ventura). La suite n’est alors que parodie de gestion avec un président (Tavecchio) qui craque en conférence de presse, un sélectionneur qui se pavane devant ses résultats : « on a perdu que deux matchs [j’ai le meilleur bilan de ces dernières années] ». Il est temps pour l’introspection malgré des élections non moins ridicules début 2018 pour révolutionner le foot italien.

Comme l’Italie ne participe pas à la Coupe du Monde 2018, la liste analysée des joueurs sélectionnés sera celle pour le match de barrage face à la Suède. Voici la répartition par club :

Pour l’étranger, on constate une hausse des joueurs présents avec Verratti, Gabbiadini, Zaza, Zappacosta et Darmian.

Juventus – 5 : Buffon, Barzagli, Chiellini, Rugani, Bernardeschi

Inter – 4 : D’Ambrosio, Eder, Gagliardini, Candreva

AS Roma – 3 : De Rossi, Florenzi, El Shaarawy

Milan AC – 2 : Donnarumma, Bonucci

Lazio – 2 : Parolo, Immobile

Napoli – 2 : Jorginho, Insigne

Genoa – 1 : Perin

Fiorentina – 1 : Astori

Atalanta – 1 : Spinazzola

Torino – 1 : Belotti

L’analyse de cette liste est révélatrice. Si aux buts, Buffon et ses 40 ans sont toujours présents, la Juventus n’offre que peu de renouveau malgré sa domination en Italie. Trois tauliers, mais les jeunes pousses Rugani et Bernardeschi, non titulaires en club ne peuvent s’imposer en Nazionale. Deuxième club cette fois à fourni des italiens, l’Inter ! Une petite surprise compte tenu de son investissement ces dernières années. Cependant, D’Ambrosio n’est pas utilisé par Ventura malgré sa bonne saison. Pour les trois autres, Candreva est en grande difficulté en club et Eder/Gagliardini ne sont pas titulaires réguliers.

A l’AS Roma, De Rossi toujours présent commence à caler physiquement et El Shaarawy n’est pas un indiscutable en club. Florenzi de retour à un bon niveau, complète la liste. Le Milan AC lui fournit Donnarumma, inutilisé et Bonucci, titulaire en défense avec ses anciens compagnons de la Juventus. Pour la Lazio, rien à dire sur le choix Immobile, indiscutable et performant en club. En revanche le cas Parolo divise. Le Napoli quant à lui, deuxième force du championnat ne fournit que deux joueurs : Insigne dont le rendement en Nazionale n’a jamais été bon et un Jorginho appelé pour la première fois. On passera outre Perin, Astori et Spinazzola ou encore Belotti dont la saison au Torino aura été un calvaire.

Enfin, à l’étranger, Verratti ne semble pas être capable de passer un cap au PSG mais fait office de top player pour une Italie en recherche de repères. Gabbiadini, Zaza, Darmian ou encore Zappacosta, seconds couteaux en clubs sont également appelés.

On est donc à des lustres de 2006 ou chaque joueur était un indiscutable de sa formation. Désormais l’Italie doit faire avec des joueurs qui ne s’imposent que dans une moindre mesure en club et le résultat est sans appel. Pas de Coupe du Monde en Russie.

Au final, 58 joueurs de Serie A vont au Mondial 2018. Un nombre plus faible que les éditions précédentes (82 en 2014 par exemple) qui s’explique donc par l’absence de la Nazionale mais pas que. Compliqué d’analyser l’absence d’un Alex Sandro, Cancelo ou encore Icardi.

La Juventus compte 11 joueurs appelés au mondial, le Napoli en a 6, suivi de la Sampdoria, le Milan AC et de l’Inter (4). L’équipe nationale la plus « italienne » est la Pologne avec pas moins de 9 joueurs de Serie A ou B dans ses rangs.

22 pays auront des joueurs de Serie A dans leurs rangs, mais l’Italie, histoire de remuer le couteau dans la plaie … n’en fait pas partie, évidemment.

Vous avez manqué un papier ? Retrouvez-le ici !

Première partie : Ou en sont les viviers internationaux des clubs ? (2006)

Deuxième partie : La Coupe du Monde 2010, à bout de souffle

Troisième partie : L’Italie 2014, ce n’est pas le Brésil

Quatrième partie : Le fond du fond, 60 après

François Lerose

Rédacteur en Chef



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