DOSSIER : Les Tifosi du Milan AC (5/5)

Par Christophe Mazzier publié le 10 Juin 2020

Le calcio en Italie, et l’adage est tellement ancré qu’il est devenu un pléonasme, est plus qu’une religion pour des millions de tifosi nationaux et éparpillés dans le monde. L’angoisse générée, les montées d’adrénaline, les changements d’humeur qui suivent les résultats. Les cœurs, les chants, les hymnes aux Dieux du stade… A travers ce dossier, Calciomio vous emmène dans les tribunes, là où siègent ceux sans qui le football ne serait pas ce qu’il est. Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à la tifoseria du Milan AC.

Historique

Du trio glorieux trio Suédois Gre-No-Li (Gunnar Gren, Gunnar Nordahl et Nils Liedholm), des années 50, raconté par les anciens, aux moins anciens qui narraient les exploits d’Altafini et de Rivera, aux 30 années dorées de la période berlusconienne, du capitaine Baresi aux stratosphériques de la première décennie de ce millénaire. Le tifoso rossonero est inter-générationnel, la passion se transmet comme dans une course de relais.

Et il y avait un début. La cristallisation du sentiment de tifoso va surgir dans les 20. Très tôt les supporteurs milanais raillent ceux de leur voisin intériste en les traitant de baüscia, ces beaux parleurs, entrepreneurs appartenant à la classe moyenne, dont la réussite économique et sociale se distingue des casciavit (mot pour mot des tournevis), ces prolétaires habitués à travailler dans les métiers manuels, sobriquets lancés aux supporteurs des Rossoneri.

Ces ouvriers vivaient dans des « maisons de la solidarité et d’accueil », typiques des grandes villes de l’époque, créées pour les loger. Des Case di Ringhiera (en référence aux rampes présentes aux balcons) émane la légende du peuple rossonero, plutôt de gauche, issu des classes populaires, s’opposant aux riches et victorieux nerazzurri, qui glanaient pas moins de 5 scudetti entre 1907 et 1951, alors que sa voisine n’en emportait aucun pendant cette période. Une dichotomie qui s’est, légèrement, estompée à la fin des années 50.

Et puis. Et puis. Tout a commencé un jour au pied de la rampe d’accès 18 du Stade San Siro et ses 80 016 places.

Fossa Dei Leoni

C’est dans cette rampe d’accès que s’est créé le premier groupe d’Ultra né en Italie : la Fossa dei Leoni. Ce nom était en référence au nom d’un vieux stade de banlieue, mais également de l’idée qu’en entrant dans l’enceinte, à cet endroit, on avait la sensation d’une « fosse aux lions« .

Venant des classes populaires, et historiquement connotés, ces nouveaux supporteurs abandonnaient les chapeaux « Borsalino » et l’imperméable du dimanche, pour un maillot de foot, des drapeaux et des confettis. Le spectacle n’allait plus jamais être « que » sur le terrain mais aussi dans les tribunes.

Pendant de longues années, ce groupe de supporteur était une référence, l’un des meilleurs d’Italie jusqu’à sa dissolution en 2005 pour des causes assez troubles.

Brigate Rossonere (BRN)

On ne peut parler de San Siro, de la passion de ses supporteurs sans parler des BRN. Ce groupe voit le jour en 1975. Avec la Fossa dei Leoni et les Commandos Tigre, ils seront les grands animateurs des joutes dominicales et européennes. Leur nom est lié à la présence, parmi les fondateurs, de nombreuses personnalités d’extrême gauche. Il n’était pas rare de voir dans les tribunes, derrières les banderoles, Toni Negri et Bifo Berardi, par exemple.

On doit, également, à ce groupe d’être l’un des premiers à avoir commercialisé des produits à l’effigie des BRN, en leur nom propre. Cette recette servait à diminuer les prix des billets pour les déplacements. Aujourd’hui, à part quelques hommages par-ci par-là, ce groupe n’existe plus.

Les autres groupes

Les Commandos Tigre, créés en 1967, faisaient partie de la triade des historiques, avec les autres précédemment cités, mais ce groupe n’existe plus.
D’autres ont vu le jour, dans le Curva Sud, tels que l’Alternativa Rossonera disparu en 2011, Il Gruppo Veleni ou les Guerrieri Ultras Curva Sud Milano, le dernier né.

Aujourd’hui et ceci depuis 2010, l’ensemble des entités se sont diluées sous le nom de la Curva Sud Milan.

La rivalité contre l’Inter

Comment ne pas parler des supporteurs milanais et de sa rivalité avec ses cousins de l’Inter, qui eux assiègent la Curva Nord. D’ailleurs, les Diavoli s’amusent souvent à rappeler que les premiers à s’être installés à San Siro, ce sont eux en 1926 (en 1947 pour l’Inter) ! Et que dire de ce chant datant du 11 mai 2001, alors que les Nerazzurri comptent dans leur rang, les français Frey, Blanc, Cauet et Dalmat, on peut entendre aujourd’hui encore retentir les feux de la victoire :

« 11 Maggio 2001 e quella data non se la
scorda più nessuno ma soprattutto
l’ azzurronero perché quel derby
l’abbiam vinto 6-0
Poveri pirla vi conosciamo voi che
credete di esser gli ultrà di Milano ma
sempre muti cariche zero più che una
curva voi sembrate un cimitero
E INTER me**a, INTER INTER me**a »

Entre clubs fraternels et rivaux un autre chant, un autre pic, a vu le jour suite à l’une des pires défaites des Nerazzurri. La rencontre face à la Lazio leur a fait perdre le championnat, lors de l’ultime journée, un soir de mai 2002, alors qu’ils avaient leur destin entre leurs mains. Cette phrase résonne encore « … Ronaldo qui pleure devient fou parce que l’Inter ne gagne jamais rien … »

« E 5 maggio 2002
ora le date per cantare sono due
si è risvegliato l’azzurro nero
che allo scudetto ci credeva per davvero.
Partiti in treno bandiere in mano
fan finalmente una trasferta oltre Milano,
nella sua curva è tutto a posto
perché ha scordato il nostro coro Luglio e Agosto.
Ronaldo piange diventa pazzo
perché con l’inter non si vince mai un ca**o
e arriva il fischio di Paparesta
ma è in Curva Sud che si scatena la gran festa.
Perciò ricorda tifoso pirla
di fare l’ultrà è proprio l’ora di finirla
è da una vita che lo cantiamo
la vostra squadra è la rovina di Milano.
14 anni di umiliazione
e Luglio e Agosto rimarrà il tuo tormentone
adesso piangi interista maledetto
perché hai nel cu*o e non sul petto lo scudetto!
…..E INTER me**a INTER INTER me**a »

A lire aussi dans le dossier « Les Tifosi » :

1. Le Calcio, cette religion (1/5)
2. Ces Chants de Serie A (2/5)
3. Ces autres Chants de Serie A (3/5)
4. Ces Chants à destination des joueurs (4/5)
5. Arrêt sur Image : le Milan AC (5/5)

Christophe Mazzier



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