DOSSIER : Le Mondial 90, « Totò » Schillaci ce héros (5/5)

Par Christophe Mazzier publié le 05 Mai 2020

Cet été, l’Euro 2020 aurait dû poser ses valises en Italie. De manière fugace – seulement 4 matchs sur les 51 que compte la compétition – les transalpins auraient pu connaître la joie d’un événement international sur leur terre. Et parce que la Botte n’a pas eu la chance d’organiser une grande messe du ballon rond depuis 30 ans, Calciomio vous propose donc de revivre le Mondial 90. Ce dernier épisode vous relate l’ascension d’une légende : Salvatore Schillaci.

Un faire-valoir… Vraiment ?

Avant 1982, tous les amateurs de ballons ronds énuméraient les prouesses légendaires d’un Paolo Rossi, revenu des enfers lors de la Coupe du Monde en Espagne, pour guider une Squadra Azzurra, orpheline du trophée depuis 44 ans. Après l’illusion Altobelli en 1986, toute l’Italie, ses immigrés, ses descendants, et ses tifosi attendent avec impatience le nouveau Messie. Et on peut dire que, pour cet événement, le répertoire offensif est d’un très grand cru.

A la doublette de stars de la Sampdoria tout juste vainqueur de la Coupe des Coupes et de celle d’Italie, Vialli – Mancini, s’ajoute le talentueux Roberto Baggio qui a littéralement explosé pour porter la Fiorentina en finale de la Coupe Uefa, Carnevale, champion et pilier d’une équipe du Napoli estampillée Maradona, et Serena, le baroudeur-buteur aux 115 buts en carrière.

Ce Sicilien, tout un symbole

Et puis tapi dans un coin, à côté du gratin, on retrouve un sicilien qui a effectué l’essentiel de sa carrière sur son île, à Messina, naviguant entre la Serie B et D. L’année 1989 sera celle de son exode. A 25 ans, il effectue sa première saison dans l’élite, à la Juventus. Après un premier exercice complet avec le club giallorosso, il est repéré par les scouts turinois qui vont l’acquérir pour 500 000 euros.

Sa première saison au très haut niveau est prometteuse. Meilleur buteur des Bianconeri, ils vont même gagner la Coupe UEFA. Dans ces conditions, Vicini convoque « Totò-Gol » pour le Mondial. L’un des rares siciliens à participer à un Mondial aurait dû n’être qu’un faire-valoir d’un effectif taillé pour gagner. Une équipe construite autour de Vialli, la superstar. Mais Schillaci c’est un peu l’anti héros. Le symbole d’une Italie laborieuse, boueuse, qui s’oppose au beau Gianluca, le bourgeois, l’élite.

Une coupe du monde presque rêvée

Alors quand Schillaci remplace un Carnevale en demi-teinte, et sans doute rongé par des fantômes, à la 75ème, et que trois minutes après son entrée il marque le but qui libère les siens, c’est tout un peuple qui éructe. Avec ces yeux globuleux et son physique éloigné des standards de mode, il appelle à l’International. Et ce qui devait être une anecdote devient un conte de fée quand lors du troisième match, Vicini laisse sa chance à Baggio au côté de Schillaci. La grâce arrive. Le duo se trouve être complémentaire et la symbiose est significative. Ils inscriront les deux buts lors de ce troisième match face à la Tchécoslovaquie.

En huitième et en quart de finale face à l’Uruguay puis face à l’EIRE, la paire est reconduite. « Totò-Gol » est de nouveau buteur lors des deux confrontations. Le triple vainqueur de la Coupe du Monde semble tenir son nouveau Messie, son Paolo Rossi, celui qui mènera au bout du bout les Azzurri. Sous son air penaud, les comparaisons graveleuses avec l’acteur iconique Totò semble enfin se dissiper. Mais contre l’Argentine en demi-finale, de manière surprenante, Vicini fait de nouveau appel à Vialli en complément de Schillaci.

La mayonnaise ne prend pas. L’attaquant doriano sortira. Le Florentin Baggio entrera. Mais l’Italie n’arrivera pas à marquer. Les tirs aux buts achèveront le doux rêve d’une victoire à la maison. Schillaci n’aura pas été le sauveur souhaité, espéré, voulu par tout un peuple. Mais il aura garni les chambres de millions de gamins de posters avec son regard terrible et rassembleur. Meilleur buteur de la Coupe du Monde 1990, classé deuxième derrière Matthäus pour l’obtention du Ballon d’or cette même année, le palermitano aura eu une carrière hors norme, comme le sont ses différentes prestations sur la RAI en tant que chroniqueur aujourd’hui.

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Christophe Mazzier



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