Andrea Carnevale : Tarantella triste

Par Michaël Magi publié le 08 Avr 2020

Dans un mois, le Napoli fêtera deux anniversaires : les 33 ans de son premier scudetto, les 30 ans du second. Andrea Carnevale, l’un des protagonistes majeurs de ces deux succès historiques, restera dans l’Histoire comme celui qui inscrivit le but décisif de 87. Une revanche pour un joueur marqué au fer rouge par une tragédie familiale.

La Mamma morta

Pour nombre de napolitains, l’histoire d’Andrea Carnevale bascule le 10 mai 1987. Aux aurores de jour-là, tout Naples retient son souffle. Le Napoli, devenu soudainement grand par la grâce de Maradona, compte 3 points d’avance sur l’Inter, son poursuivant direct. L’avant-dernière journée de Serie A doit être l’acte final de sa revanche sur ce Nord qui s’est goinfré sur son dos. Une Fiorentina aussi larguée qu’ennuyeuse à voir jouer débarque au San Paolo en victime que l’on espère expiatoire. A la 29ème minute de la rencontre, le demi-dieu argentin, jusque-là bien tenu par l’entre-jeu viola, casse deux lignes d’une passe millimétrée. 3 secondes plus tard, à la faveur d’un une-deux éclair avec Giordano, l’attaquant glisse le cuir sous le flanc d’un Landucci mal inspiré. D’une caresse de l’extérieur du pied droit. Le stade explose. L’égalisation sur coup franc de Baggio ne sera qu’une anecdote. Car l’Inter, dans le même temps, perd sur le terrain de l’Atalanta. Le Napoli est champion, pour la première fois de son histoire.

Que se passe-t-il en cet instant dans la caboche de Carnevale ? De cet attaquant au physique de déménageur. Dominant dans le domaine aérien mais étonnamment rapide et fin techniquement. Un désordre de sentiments contrastés sans doute. Car les premières lignes de son Histoire ont été écrites avec le sang d’être chers. Né à Monte San Biagio dans le Latium, Andrea n’a que 13 ans lorsque son père, Gaetano, revenu dérangé d’un exil économique en Allemagne, tue sa mère Filomena à coups de hache alors qu’elle lave son linge au bord d’une rivière. Laissant 7 gosses livrés à eux-mêmes… Et il n’en a que 22, alors que sa carrière décolle à peine, quand le patriarche met fin à ses jours, au sein de l’atmosphère capitonnée d’une maison de dingues à Aversa.

A deux doigts d’être une légende…

« Ils ont tué ma mère à la porte de ma chambre (…) Et c’est dans cette souffrance que l’amour m’est venu ! Et d’une voix musicale il m’a dit : « Continue à vivre ! Je suis la vie ! » » Ces paroles, extraites d’Andrea Chenier, l’un des plus célèbres opéras du répertoire italien composé par Umberto Giordano, portées par la voix crépusculaire de la Callas, résonnent tel un écho dans la vie d’Andrea Carnevale. Etablissent une grille de lecture pour comprendre sa carrière : de l’Udinese où il se révéla, sous les ordres de Luís Vinício, tombé sous le charme de son profil paradoxal, au Napoli où il remporta l’essentiel de ses trophées.

Comment ne pas évoquer également la déchirure du Mondial italien 90. De cette première mi-temps du match inaugural contre l’Autriche où il manqua deux occasions d’ouvrir le score : dans un face à face avec Lindenberger, puis seul face au but, n’ayant plus qu’à pousser le ballon au fond des cages. Si Carnevale n’avait pas raté ces deux énormes occasions, la face de cette coupe du monde en aurait peut-être été changée. Hélas pour lui, Toto Schillaci, en pleine bourre, le supplanta sans trembler. Carnevale baissa pavillon dès le second match contre les USA, alors que Vicini avait conçu son attaque autour de lui ; pensant à juste titre qu’il offrait le parfait complément à Gianluca Vialli.

C’est là l’histoire d’un joueur hors du temps, autant affaibli que rendu plus fort par la tragédie. Capable de surmonter les soupçons d’arrangement dans le cadre d’un match entre l’Udinese et Napoli, juste avant son transfert en Campanie. Ou encore une suspension d’un an après un contrôle positif à la phentermine. Reconnaissant courageusement les faits à la téloche : « J’ai connu des moments plus difficiles que celui-là. Repartir de zéro à 30 ans ne me fait pas peur… » Oui, voilà bien un destin qui force l’admiration…

Michaël Magi



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