DOSSIER : Le mondial 90, mondial de l’arbitrage maison ? (2/5)

Par Michaël Magi publié le 16 Avr 2020

Cet été, l’Euro 2020 aurait dû poser ses valises en Italie. De manière fugace, le temps de 4 matchs, les transalpins auraient pu connaître la joie d’un événement international sur leurs terres. Et parce que la Botte n’a pas eu la chance d’organiser une grand-messe du ballon rond depuis 30 ans, Calciomio vous propose de revivre le Mondial 90. Episode 2, avec l’arbitrage du pays hôte à la loupe…

Sudditanza psicologica

L’arbitrage-maison et la coupe du monde, c’est une longue histoire d’amour qui a engendré de grands monstres. L’Histoire retient en ce sens – peut-être à tort – que le Mondial 90 fut une compétition particulièrement marquée par la complaisance arbitrale. Pourtant, nous n’y trouvons rien de comparable aux scandales des éditions 78 ou 2002, mais l’Italie paye sa sulfureuse réputation. Celle d’une nation dont la première étoile, en 1934, est entachée. D’une nation dont les clubs ont aussi trop souvent arrangé leurs affaires domestiques. D’une nation pour qui l’arbitrage-maison est une fatalité. Ne parle-t-on pas en Italie de « sudditanza psicologica » pour reconnaitre sous des mots savants l’influence qu’exerce la masse (ou la foule) sur l’individu (l’arbitre) ?

Pour autant, il faut y regarder de près pour attester d’une influence arbitrale sur le parcours d’une Nazionale dont la mémoire semble avoir oublié l’indéniable qualité. C’est par exemple un miracle que la rencontre inaugurale des azzurri contre l’Autriche se soit terminée par la plus petite des marges. Le score se serait alourdi si l’arbitre brésilien, José Roberto Wright, avait sifflé une faute évidente sur Donadoni en seconde mi-temps. Ce soir-là, l’homme en noir ignora les cris de 73.000 romains surchauffés. Que se serait-il passé si Schillaci n’était pas sorti de sa boite à 10 minutes du terme pour délivrer tout un peuple ?

La menace du Giro d’Italia

Il serait toutefois malhonnête de ne pas reconnaitre quelques faveurs de la part du corps arbitral vis à vis du pays hôte en 90. Au-delà du poids d’un peuple entier, s’abattant sur les épaules de l’arbitre, la logique économique poussait fort pour une épopée au long cours des troupes locales. La Tchécoslovaquie fut sans doute sacrifiée sur cet autel le 19 juin. L’enjeu est alors simple pour la Nazionale, forte de 6 points comme l’adversaire, mais justifiant d’une différence de buts défavorable (Grazie M. Wright !) : gagner, finir première du groupe, obtenir la garantie de jouer la majorité des matchs suivants à Rome. Malheur au second, promis à un véritable Giro d’Italia : Bari en huitième, Milano en quart. Torino en demi… Les étoiles se jouent sur ce genre de détails, comme l’atteste le témoignage d’Andrea Carnevale à propos de la demi-finale perdue : « Le fait de jouer à Napoli a eu son influence. Même s’il est faux de dire que beaucoup de napolitains ont soutenu Diego. Le Stadio Olimpico était notre porte-bonheur ! »

Van Langenhove entre en scène

Ce 19 juin, l’arbitre s’appelle Joël Quiniou. Lui non plus ne semble pas intimidé par ces près de 80.000 romains qui tentent d’influencer la moindre de ses décisions. A la 55ème minute, il a l’occasion de sceller la victoire d’une Italie qui surdomine l’adversaire mais ne mène que 1-0. En dépit d’un tacle emporte-tout de Skuhravý sur un Schillaci intenable, Quiniou garde le sifflet dans sa main. 5 minutes plus tard, le gardien tchécoslovaque déséquilibre Toto… Quiniou reste à nouveau sourd aux supplications des tifosi.

L’erreur survient à la 65ème minute. Knoflicek, sur l’aile gauche, adresse un centre pour Skuhravý, lequel impose son gabarit et remet de la tête pour Griga. Les tchécoslovaques égalisent… Non, car l’arbitre de touche belge, Marcel Van Langenhove, l’annule pour un hors-jeu imaginaire. L’erreur est loin de se jouer à quelques centimètres. Van Langenhove ? Le même qui évolue au coeur d’une tempête médiatique depuis avril et la demi-finale Benfica-OM de Coupe des Champions, au cours de laquelle il n’a pas vu une main fautive de Vata, qualifiant les Portugais. Rien de tel pour engendrer les soupçons. Injustice quand on redécouvre, émerveillé, le talent de cette Nazionale : la vista de Giannini, la finesse de Donadoni, l’activité folle de Berti. Car cette Nazionale-là était belle comme un soir d’été…

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Michaël Magi



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