DOSSIER : Le mondial 90, Italie-Argentine, le tango des perdants

Par Michaël Magi publié le 30 Avr 2020

Cet été, l’Euro 2020 aurait dû poser ses valises en Italie. De manière fugace, le temps de 4 matchs, les transalpins auraient pu connaître la joie d’un événement international sur leurs terres. Et parce que la Botte n’a pas eu la chance d’organiser une grand-messe du ballon rond depuis 30 ans, Calciomio vous propose de revivre le Mondial 90. Episode 4 avec la demi-finale maudite : Italie-Argentine.

Napoli, altro paese

Pour la première fois depuis le début de sa coupe du monde, la Nazionale devra jouer « hors-les-murs ». Hors d’une capitale qui l’aime et lui réussit. Cette faveur, elle la doit à un arbitre de touche coupable d’avoir annulé un but valable aux tchécoslovaques. Mais l’erreur appartient au passé. L’énormité de l’enjeu la précipite dans les limbes… Car l’Italie s’apprête à se figer le temps d’un match. Son théâtre sera Naples. Naples la rebelle, la méridionale. L’adversaire, une Argentine laide comme tout, qui ne doit son salut qu’à une main salvatrice mais non sifflée de Maradona contre l’URSS et deux matchs à élimination directe remportés sans brio. Depuis ce match contre les soviétiques, on siffle l’Argentine… Partout ! Sauf à Naples dont Maradona est un héros au sens grec. « Pour ce match, a-t-il déclaré, jouant d’ailleurs la fibre régionaliste, Naples devrait se rappeler que l’Italie lui permet de se sentir importante un jour par an. Les 364 autres, l’Italie l’oublie ». Si la provocation (déplacée) ne tombe pas dans l’oreille de sourds, les azzurri laissent dire. Vicini se borne à évoquer l’état de son armada : « Cette équipe dépense beaucoup d’énergie. Certains commencent à fatiguer, je suis inquiet ». Une manière comme une autre, juste après une victoire compliquée contre l’Eire de préparer l’opinion à quelques changements.

Chaud et froid

L’atmosphère du San Paolo est étrange. S’il serait faux de dire qu’une frange du stade supporte l’Argentine, la Nazionale ne rencontre pas l’indéfectible soutien auquel elle s’est acclimatée à Rome. Bergomi parlera d’une certaine « froideur », après coup. C’est exactement cela. Vicini a bien changé ses plans. Exit le 3-5-2 du tour précédent. Un 4-4-2 classique fait son retour… Et Vialli tiens, qui pousse Baggio sur le banc. Personne ne comprend : Vialli, en panne de confiance, n’a plus joué depuis la deuxième rencontre du mondial contre les USA. En face, les dangers sont clairement identifiés : Maradona ; un attaquant de 23 ans, Caniggia, qui s’est révélé cette saison sous les couleurs de l’Atalanta ; un gardien, Goycoechea, limité mais en état de grâce.

Dès les premières minutes, le San Paolo affiche son soutien. Ouf ! Les possessions de balle argentines sont sifflées. Ala 4ème minute, des « Italia, Italia » dégueulent même des tribunes. Pourtant, ce Vésuve qu’est la maison du Napoli sonne parfois creux. Et la première banderille est argentine. A la 7ème minute, Burruchaga oblige Zenga à détourner en corner une frappe flottante. Plus de peur que de mal car 10 minutes plus tard, la rencontre connait son premier tournant, alors que Bergomi suit Maradona comme son ombre. Schillaci côté droit gagne un improbable duel avec 3 argentins. Transmet à De Napoli qui lance Giannini sans contrôle. Un une-deux de caractère plus tard avec Vialli s’achève sur une reprise du dernier. Le portier argentin repousse…sur l’inévitable Schillaci qui se rapproche alors à une longueur du record de buts de Paolo Rossi en 82. L’Italie mène 1-0 ; que peut-il lui arriver ?

Du rêve au cauchemar

C’est ce que l’on se demande alors que côté argentin, Basualdo est le meilleur joueur de champ et que l’Albiceleste multiplie les fautes. Que les craintes de Vicini se matérialisent peut-être ? Peut-être. De fait, passée la demi-heure, la Squadra Azzurra ne presse soudainement plus. Giannini semble éreinté. Vialli est perdu. Caniggia se balade. Bergomi laisse de plus en plus d’espace à Maradona. Après la pause, cette tendance lourde se confirme. Maradona a beau taper dans la main de Bergomi, l’Argentin est en train de mettre dans sa poche le défenseur azzurro. A l’heure de jeu, la Nazionale parait alors proche de rompre. Un jeu en triangle initié par Giusti permet à deux argentins de se retrouver dans la surface contre le seul Baresi. Heureusement, Caniggia joue mal le coup et permet au vieux briscard de sauver les meubles. Ce n’est que partie remise, hélas : Maradona décale peu après Olarticoechea dont le centre atterrit sur la tête de Caniggia. Zenga, imprudemment sorti, est battu. L’Italie encaisse son premier but de la compétition et entrevoit le cauchemar qui s’annonce.

Le reste du match est de fait une lente agonie rapprochant toujours un peu plus l’Italie d’un traumatisme national. Si l’on excepte un coup-franc de Baggio sur la barre, une Nazionale sans jus, sans idées, permet aux argentins de jouer sur du velours. En dépit d’une première prolongation délétère qui dure 23 minutes, l’Argentine décroche ce qu’elle souhaitait : une séance de tirs aux buts pour son gardien trop inspiré. Le cauchemar prend forme définitive : Baresi ne se rate pas, Zenga si, en étant incapable de repousser un tir miteux plein-centre de Serrizuela. Donadoni est le premier à rater. Serena sera le second, après que Maradona ait inscrit le sien en marchant. Le cataclysme est évidemment retentissant. La tristesse infinie. Vicini, coupable d’avoir aligné Vialli, de ne pas avoir fait rentrer un chien de garde sur Maradona, subira le feu des critiques. Zenga aussi, en toute logique… Mais personne ne sortira vainqueur de cette demi vénéneuse. Pas même Maradona, défait en finale par une Allemagne indigne, en larmes et sifflé par un public romain qui n’aura pas oublié ses déclarations d’avant-match. Quelques mois plus tard, le génie argentin sera suspendu pour avoir été contrôlé positif à la cocaïne. En Italie, la vengeance est un plat qui se mange bien chaud…

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4. Le mondial 90, Italie-Argentine, le tango des perdants

Michaël Magi



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