DOSSIER : Cinq histoires de flops du mercato. Épisode 4 : Hakan Sukur au Torino, un amour du pays bien trop fort

Par Bruno Ianigro publié le 24 Août 2019

Chaque année, le mercato constitue cette période d’espoir où les effectifs se chamboulent et se réinventent. C’est là, en plein cœur de l’été, que se jouent les futurs succès comme les plus amères débâcles. Chaque samedi, jusqu’à la fin du mercato, fixé au 2 septembre, Calciomio vous raconte des histoires de flops retentissants… Quatrième épisode avec le passage manqué d’Hakan Sukur au Torino lors de la saison 1995/1996.

La star montante en Turquie

A l’été 1995, le Torino, au lendemain d’une saison en demi-teinte, tente de se renforcer et notamment en attaque. Avec un œil avisé sur ce qu’il se fait de mieux en Europe, les dirigeants se tournent vers la Turquie et sa nouvelle star, Hakan Sukur. Durant 7 années, le jeune Hakan foule les terrains de la première division Turque. Son ascension est linéaire avec une constante évolution notamment en terme de statistique. Passé de Sakaryaspor à Galatasaray avec une escale du côté de Bursaspor, il devient l’un des attaquants en vogue en Turquie.

Déjà titulaire à la pointe de l’attaque de l’équipe nationale, il suscite bien des convoitises après une saison 1994/1995 ponctuée par 24 réalisations et 7 passes décisives. 5 milliards de Lire (2,6 millions d’euros) seront nécessaires pour recruter Sukur. Une somme conséquente pour l’époque, mais qui traduit parfaitement l’ambition du propriétaire du club, l’ancien joueur, Gianmarco Calleri, qui mise sur des joueurs tels qu’Angloma, Abédi Pelé ou encore Rizzitelli, jusqu’alors principale arme offensive. Sukur offre une alternative au jeu offensif du Torino en y apportant son jeu de tête, facilité par son mètre quatre vingt-onze. Il dispose également de bonne qualité de finition, caractéristique probablement primordiale dans un championnat où les défenses ont très bonne réputation.

Les prémices d’un mal-être

Premier Turc à porter la tunique Granata, Sukur est destiné à venir exploser en Serie A après avoir affiché un potentiel certains dans son pays. Présent également sur la scène Européenne avec son précédent club, le jeune Turc possède toutes les qualités pour s’imposer dans le Piémont. Cependant, l’aventure Italienne ne va pas se dérouler comme prévue. Très vite lors de la préparation estivale, le nouveau numéro 9 Granata est nostalgique de sa Turquie natale et fait part de son mal-être.

Se sentant très seul, le 15 août, il se précipite à Istanbul pour y épouser sa compagne et lui permettre alors de l’accompagner au pied des Alpes. Union célébrée par l’ancien maire d’Istanbul et actuel président, Recep Tayyip Erdogan, qui rêverait désormais de revoir Hakan Sukur sur le sol Turc dans des circonstances beaucoup moins joyeuses. Le néo-turinois doit trouver sa place dans un effectif constituait majoritairement de locaux. L’intégration n’est pas aisée. Avec une nouvelle langue à découvrir et aucun coéquipier facilitant son insertion, le malaise d’Hakan Sukur grandit petit à petit.

Cinq matchs suffiront…É

Les dirigeants comptent sur son nouvel arrivant et souhaitent le lui prouver en le titularisant dès la première journée de championnat. Avec la confiance de Sonetti, l’entraineur turinois, Hakan débute donc contre la Fiorentina pour son premier match officiel sous ses nouvelles couleurs. Timoré, il ne trouve pas le chemin des filets et y parvient finalement le match suivant contre Bari. Sur un corner de Bernardini, le natif de Sakarya se démarque pour se retrouver seul à hauteur du point de penalty et ajuste Alberto Fontana, le portier de Bari. Ce but sonne comme une libération pour Sukur et sa célébration traduit son soulagement. Malgré cela, rien n’y fais, le mal du pays et son amour pour sa patrie est trop fort.

Présent pour les trois rencontres suivantes, Hakan Sukur ne va pas faire évoluer son compteur but et pousse ses dirigeants à le laisser reprendre le chemin de son ancien club de Galatasaray à peine trois mois après son arrivée. Un rapide aller-retour dans la botte! Si son recrutement est un fiasco total, les répercussions sont énormes. Privé de recrutement d’un attaquant fiable pour la première partie de saison, le Torino est relégué à l’issue de la saison. Un échec qui précédera d’innombrables succès du jeune Turc dans son pays, couronné par une coupe UEFA remporté contre Arsenal en 2000 et une formidable troisième place à la coupe du monde 2002.

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Bruno Ianigro



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