DOSSIER : Cinq histoires de flops du mercato. Épisode 1 : Oscar Ruggeri, il bidone d’Ancona

Par Michaël Magi publié le 03 Août 2019

Chaque année, le mercato constitue cette période d’espoir où les effectifs se chamboulent et se réinventent. C’est là, en plein cœur de l’été, que se jouent les futurs succès comme les plus amers débâcles. Chaque samedi jusqu’à la fin du mercato, fixé au 2 septembre, Calciomio vous raconte des histoires de flops retentissants… Premier épisode aujourd’hui, avec le passage d’Oscar Ruggeri à Ancona.

Retour aux sources

« Ruggeri est venu en Italie pour faire du tourisme. Et personne n’a pu faire quoi que ce soit ». Tels sont les mots, expéditifs, qu’employa Omar Sivori – le plus italien des argentins – pour qualifier le passage éclair d’Oscar Ruggeri à Ancona. Les étoiles semblent pourtant alignées, en 1992, lorsque le défenseur argentin débarque chez les biancorossi. Le club des Marches s’apprête à découvrir la Serie A pour la première fois de son histoire. L’argentin effectue un retour aux sources ; au sein de la même région qu’avaient quittée ses grands-parents peu avant le début de la Seconde Guerre Mondiale, traversant alors l’Atlantique sur un bateau à vapeur à destination de l’Argentine.

Le cv du joueur, quant à lui, dévoilait un palmarès exceptionnel. Ruggeri était l’un des argentins qui s’étaient hissés sur le toit du monde en 1986 (et n’étaient pas passés si loin de rééditer l’exploit 4 ans plus tard). Il avait aussi contribué, cette même année bénie, à écrire l’histoire avec River Plate : premier club argentin à remporter un triplete (championnat, Libertadores, Intercontinentale). Il s’était aussi imposé sans difficulté en Liga espagnole, au sein notamment d’un Real Madrid avec qui il avait remporté le championnat d’Espagne. Sans parler des distinctions individuelles qu’il n’avait cessé de glaner, la dernière datant de 1991 : élu meilleur joueur sud-américain par El Pais.

L’homme qui fit taire Batigol

Autant dire qu’il n’était pas du tout certain, à l’été 92, que Ruggeri, tout juste trentenaire, se dirigeât vers le crépuscule de sa carrière. Même si les mots parlèrent peut-être malgré lui, lorsqu’il déclara à son arrivée : « Je suis honoré de jouer dans le plus grand championnat du monde. Ça me plairait d’y finir ma carrière… » Était-ce là le discours lucide d’un joueur pressentant la fin ou un propos de circonstance ? Les trois premiers matchs des biancorossi au sein de l’élite et ceux de Ruggeri en particulier, donnèrent d’implacables éléments de réponse. Si la défaite initiale, concédée sur le terrain du Torino (4-0), quoique cinglante, pouvait s’excuser par la nervosité du débutant, la deuxième, subie à domicile, fit grincer des dents. Héroïques, dans un Stadio Del Conero comble, les biancorossi mènent 2-1 pendant une heure, face à la Samp de Mancini. S’ils succombent, c’est à deux erreurs de Ruggeri qu’ils le doivent : coupable d’avoir laissé Mancini égaliser, effectuant une roulade grotesque sur le gazon au passage ; coupable d’avoir inscrit l’autogol, synonyme de défaite, d’une déviation de la poitrine.

Cette Serie A est à l’évidence trop grande pour le petit club des Marches. Une semaine plus tard, un déplacement sur la pelouse de la Fiorentina fait craindre le pire. La mission de Ruggeri : mettre Batistuta sous l’éteignoir. Ce qu’il fera, au milieu du chaos : le buteur argentin termine la rencontre muet mais Ancona sombre, humilié 7-1. Ce match provoque une cassure définitive entre Ruggeri et son coach. L’argentin estime avoir rempli sa mission quand Vincenzo Guerini pointe ses carences tactiques. Début novembre 92, l’inévitable survient. Ruggeri s’évade au Mexique. Ancona, désarmé, finira la saison avec le record du plus faible nombre de points de l’Histoire. Un autre argentin, Sergio Zarate, cristallisera les moqueries – celles du trio comique Gialappa, qui fera du frère de Mauro la risée du pays. En août 92, Ruggeri analysera son échec, tout en glissant un tacle à la rotule d’un pays qu’il avait naguère contribué à plonger dans le désarroi : « Ma venue correspondait moins à des motivations financières qu’à la volonté de vivre une expérience nouvelle. Il m’était déjà arrivé de jouer dans de petites équipes. A Logrones, cela s’était bien passé. Mais en football, rien n’est certain, sinon l’Argentine n’aurait jamais atteint la finale en 90″.

Michaël Magi



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