CALCIOSTORY : il y a 50 ans, le « match du siècle »

Par Grégory Canale publié le 17 Juin 2020

17 juin 1970. Dans un stade Azteca de Mexico bouillant, Italie et République fédérale d’Allemagne s’affrontent en demi-finale de la Coupe du monde. Longtemps moribonde, la rencontre va prendre une toute autre tournure dans les prolongations. Un scenario incroyable, dont les Azzurri sortent gagnants, et resté dans l’imaginaire collectif comme le « match du siècle« .

Le champion d’Europe face au finaliste du Mondial 1966

En 1970, Italie-Allemagne n’est pas encore le grand classique du football tant connu et apprécié des amateurs de ballon rond. Les deux sélections se sont affrontées une seule fois dans un Mondial, huit ans plus tôt au Chili, sans parvenir à se départager (0-0). Mais le duel offert pour cette demi-finale au Mexique s’annonce palpitant. D’un côté le champion d’Europe en activité, son capitaine Facchetti et ses Sardes – Albertosi, Cera, Domenghini, Riva – vainqueurs du scudetto avec Cagliari. De l’autre, le finaliste malheureux de la dernière Coupe du monde en Angleterre.

Le capitaine italien Facchetti et son homologue allemand Seeler.

La Nationalmannschaft part avec une légère étiquette de favorite. Toujours dans les bons coups lors des éditions précédentes, la RFA a survolé la compétition avec treize réalisations marquées. En quarts de finale, les coéquipiers de Beckenbauer se sont vengés des Anglais – tenants du titre – en renversant le match (3-2). La Nazionale, elle, connaît une traversée du désert en Coupe du monde. Des éliminations au premier tour du tournoi en 1950, 1954, 1962, 1966 et pas de participation en 1958. Au Mexique, les hommes de Valcareggi n’ont encaissé qu’un seul but. Après s’être extirpée sans briller des poules, la Squadra Azzurra a battu la nation hôte en quarts, au terme d’un festival offensif mené par Riva et Rivera (4-1). Le même onze de départ est reconduit contre l’Allemagne.

L’ennui…

Le coup d’envoi de la demi-finale est donc donné à 16h par l’arbitre Arturo Yamasaki, devant plus de 102.000 spectateurs amassés dans les travées du stade Azteca. La chaleur est au rendez-vous à la capitale mexicaine, qui culmine à 2240 m d’altitude. De bien mauvaises conditions pour jouer au football. Si bien que cette rencontre au sommet se dispute sur un faux rythme et le spectacle n’est pas au rendez-vous.

Le déroulé sourit d’abord à l’Italia. Après huit minutes de jeu, Boninsegna décoche une frappe puissante et précise aux 20 mètres. 1-0. Rien à signaler ou presque ensuite, avec une Nazionale qui laisse le ballon à son adversaire, jusque dans les arrêts de jeu. Alors que le temps réglementaire est terminé depuis deux minutes, Schnellinger – étonnement oublié par la défense azzurra – reprend un centre de Grabowski. L’Allemagne égalise, tout est à refaire.

… Avant la folie

Les Transalpins sont sonnés. Il faut passer désormais par la case prolongations. Côté allemand, Franz Beckenbauer est touché à la clavicule. Mais le sélectionneur Schön a déjà effectué ses deux remplacements. Le Kaiser revient donc sur la pelouse, le bras en écharpe pour continuer le match. C’est l’une des images fortes de l’histoire du football et le premier épisode de ce duel à la dramaturgie exceptionnelle. Galvanisée par son retour, l’Allemagne de l’Ouest prend l’avantage dès la 94e minute. Müller profite d’une mésentente entre Poletti et Albertosi.

La fin semble proche. Difficile de voir la Nazionale revenir, avec des joueurs éreintés physiquement. Cependant la fatigue est présente dans les deux camps. Quatre minutes plus tard, sur un coup-franc de Rivera, Held sert involontairement Burgnich qui n’a plus qu’à ajuster Maier. 2-2. Le Nerazzurro ne marquera que deux petits buts dans sa carrière internationale. La demi-finale vire à la folie. Juste avant la mi-temps de la prolongation, Rivera lance Domenghini pour une contre-attaque, qui trouve à son tour Riva. L’attaquant fait tout du gauche : contrôle, crochet extérieur et frappe croisée.

4-3. L’Italie chavire grâce à Rivera.

L’Italie repasse en tête et croît tenir sa finale. Mais les deux équipes se rendent coup pour coup. Albertosi sauve d’abord l’impossible sur une tête de Seeler. Le portier ne peut cependant empêcher l’égalisation de l’inévitable Müller sur l’action suivante (110′). Rivera doit mieux défendre sur celui qui deviendra le meilleur buteur du Mondial. Le Milanais aura l’occasion de se racheter trente secondes plus tard. Le ballon est vite remis en jeu par les Azzurri. Boninsegna se défait côté gauche de Schulz, avant de centrer en retrait. Seul au point de penalty, Rivera place un plat du pied droit simple et efficace. 4-3. Score enfin scellé. La Nazionale accède à sa troisième finale de Coupe du monde, où elle paiera cher sa dépense d’énergie du jour face au Brésil (4-1).

Le match du siècle ?

Parce que tout semblait plié à la 90e, parce que Beckenbauer a joué le bras en écharpe, parce que sept buts ont été inscrits dans cette demi-finale… Toutes ces raisons font d’Italie-Allemagne 1970 le « match du siècle » dans l’imaginaire des passionnés de football. La rencontre a certes été pauvre techniquement, mais elle s’est débridée dans les prolongations, grandement facilitée par les conditions météorologiques et la fatigue des deux sélections.

La plaque commémorant le « match du siècle » au stade Azteca de Mexico.

La demi-finale prend également une autre dimension par le public touché. 102.000 personnes au stade, et près de 100 millions de téléspectateurs pour ce duel, dans une Coupe du monde diffusée pour la première fois en couleur à la télévision. De quoi marquer les mémoires. Au stade Azteca de Mexico, une plaque commémorative rappelle encore aujourd’hui ce qu’ont accompli les 22 acteurs, au cours de ce match ancré définitivement dans la légende.

Grégory Canale

Rédacteur



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