L’AS Roma, 20 ans de complexité en Curva Sud

Par Nicolas Soldano publié le 26 Oct 2019

Dimanche dernier, lors du match nul entre la Roma et la Sampdoria, le match a connu un incident malheureusement un peu trop récurrent depuis le début de saison : Ronaldo Viera, jeune regista du club de Gênes, a été victime de cris de singes de la part des tifosi romains. Après un échange entre l’arbitre et le joueur, le match n’a finalement pas été arrêté (Seul le speaker a ensuite fait une annonce au micro demandant l’arrêt des cris racistes). Le soir même, la Roma s’est exprimée via son compte twitter officiel : «  L’AS Rome présente ses excuses à Ronaldo Vieira pour les cris racistes qu’il a subis. Le club ne tolère aucune forme de racisme et soutiendra les autorités dans le processus d’identification et, en conséquence, de bannissement des individus responsables de ces insultes racistes.  » Un casse tête pour le club de la capitale qui a toujours eu toutes les difficultés du monde a gérer ses ultras, comme beaucoup d’autres clubs de la botte… Retour sur vingt dernières années complexes, entre scandales et idées reçues.

Couverture de l’édition numéro 9 d’Ultra News (Avril 1999)

Le racisme partout… Sans être majoritaire

Quand on pense racisme et Rome, on pense de manière assez mécanique à la Lazio… Quand on liste les anecdotes houleuses de certains de ses ultras, et majoritairement celles liées aux irreductibili, difficile de contredire ce sentiment. Mais aussi étonnant que cela puisse paraître (notamment quand on pense à l’historique opposition politique gauche/droite entre le Milan et l’Inter), l’opposition viscérale entre les deux clubs romains n’empêche pas de trouver des ultras fascistes au sein des deux clubs rivaux. Effectivement, depuis la création du Commando Ultra Curva Sud dans le virage de la Roma en 1977, de nombreux autres groupes ont vu le jour (et ont disparu) à l’Olimpico, avec parfois des idéaux politiques assez tranchés.

Retournons 20 ans en arrière, lorsqu’un leader ultra romain de la Curva sud acceptait une interview (fait assez rare à l’époque) du fanzine « Ultra News », fanzine français généraliste et indépendant. Si l’identité de l’intervieweur et du traducteur reste inconnu, nous connaissons cependant le prénom du tifoso : Giampaolo, étudiant en science politique dans la vie de tous les jours, capo le soir au stade. Tout d’abord, il commence par faire un rapide tour d’horizon des groupes ultras présents à l’époque en Curva sud (l’interview date d’avril 1999). Boys, Fedayn (les deux groupes les plus anciens, créés en 1972 !), CUCS, Opposta Fazione, Arditi, Frangia Ostile, XXI Aprile, AB Urbe Condita… Tant de groupes historiques ayant survécu ou disparu aujourd’hui. Étonnement (ou pas), la première véritable question posée à Giampaolo est sur le racisme. Sans détour, l’intervieweur lui lance « Etes-vous fascistes à Rome ? » (sic). Une question qui a le don d’un peu faire bondir le répondant. Cependant, après avoir expliqué que cela était faux puisque la majorité des ultras romains se revendiquent comme apolitiques, il enchaîne avec un « classement » assez précis des différents groupes. Selon lui, si les Fedayn, CUCS, Frangia Ostile, XXI Aprile et AB Urbe Condita (le groupe auquel il est rattaché) sont bien apolitiques, les Boys, Opposta Fazione et les Arditi sont quant à eux, ouvertement fascistes.

Il explique même qu’il existe de nombreux communistes disséminés dans la tribune. Il infirme donc la présence de tifosi racistes et nationalistes dans les tribunes du club de la louve depuis le début des années 70′, mouvance qui semble avoir perduré jusqu’à aujourd’hui. Certainement pas les mêmes personnes, mais apparemment les mêmes idées, et ça depuis 50 ans… Cependant Giampaolo martèle que la chose importante à retenir est que les fascistes représentent une minorité dans la curva, et que même si le virage est soudé entre ses différents groupes, les désaccords sont nombreux. Il confirme les tendances ressortant d’études sur les tribunes de la Roma (notamment celles de 2003 et de 2012) qui révèlent que le tifoso giallorosso est majoritairement et historiquement plutôt à gauche/centre-gauche, malgré la présence de petits groupes radicalisés. Aujourd’hui, même si Opposta Fazione ne semble plus en activité depuis l’année 2000, Les Boys et les Arditi sont eux restés bien actifs, malgré de nombreuses polémiques ainsi que le désir répété du club et des autorités de se débarrasser de ses groupes fascistes. Des groupes que tout le monde connait, reconnus pour leur extrémisme depuis des dizaines d’années, mais jamais dissous…

Photos d’illustration de l’interview montrant d’immenses tifos romains

Le temps passe, rien ne se passe

Lorsque l’on se penche sur les autres sujets traités dans cet entretien, on remarque que peu de choses ont changé depuis 20 ans dans les tribunes de l’AS Roma. Giampaolo se plaignait déjà avec véhémence que malgré les bonnes saisons du club, le stade n’était jamais plein. Fait assez amusant, il pestait que le stade oscillait « seulement » autour des 50 000 spectateurs (!) à chaque match, un chiffre pourtant bien au dessus de l’affluence actuelle qui gravite autour des 35 000 spectateurs en moyenne. Comme quoi le remplissage de l’Olimpico (quasiment 80 000 places assises) est depuis toujours un débat à Rome. Autre sujet de polémique, les relations entre le clubs et ses ultras. A la question « Quels sont vos rapport avec le club ?« , Giampaolo répond frontalement « Mauvais !« , tout en reprochant au président de l’époque Franco Sensi de refuser d’aider financièrement les ultras pour les tifos et les déplacements, contrairement à d’autres clubs italiens. Quand on pense à la grève des ultras romains d’il y a quelques années et aux relations entre les groupes et Pallotta, on constate que les tensions ne se sont pas améliorées d’un pouce.

L’interview s’achève sur un hommage du tifofo au CU84 marseillais, aux Boulogne Boys de Paris et aux Magics fans de Saint-Etienne qu’il considère comme les meilleurs groupes ultras français, même si ils restent moins performant que le CUCS de la Roma, des CUCB du Napoli et des CAV de la Fiorentina, les meilleurs groupes d’Italie selon lui. Avant de finir sur un soutien à l’Irlande libre. Qui a dit que, peut importe les générations, la principale qualité d’un ultra c’est d’être surprenant ?

Dernière page de l’entretien, avec comme illustration la tête de Cochise, symbole ultra

Nicolas Soldano

Rédacteur



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