Ronaldo à la Juventus, un gouffre financier (3/3)

Par Yacine Ouali publié le 04 Sep 2021
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Troisième et dernière partie du dossier Ronaldo.

Impeccable sur le plan statistique, l’aventure de Cristiano Ronaldo à la Juventus l’a moins été sur le plan sportif, où la dépendance à son égard et le faible niveau de ses coéquipiers a mené à d’humiliantes éliminations contre Lyon et Porto en Champions League. Mais en réalité, l’échec (que chacun relativisera comme il veut) du mariage entre le portugais et la Vieille Dame se situe véritablement dans le domaine économique : si la valeur du club a effectivement augmenté, le gouffre financier créé par le salaire du joueur et les à-côtés, que la pandémie n’a fait que renforcer, ont plongé la Juventus dans une crise durable dont l’un des résultats est de faire de la saison 2021-2022 une année de transition. Une année perdue, en somme.

Un bilan économique en demi-teinte

D’abord, il y a les côtés positifs. Dans un championnat en perte de vitesse, l’arrivée de Cristiano Ronaldo a eu un effet domino sur la valorisation des droits télévisés, sur l’importance des réseaux sociaux, et aussi sur la valeur boursière de la Juventus. Avec le portugais, les opportunités marketing étaient évidentes et ont été utilisées comme telles : plus qu’un joueur, Ronaldo est aussi un produit, et lui comme la Juventus ont su l’utiliser pour en tirer des bénéfices.

Outre ces accomplissements que personne ne pourra enlever au club, le poids économique de Ronaldo sur les bilans de la Vieille Dame n’en est pas moins négatif. En tout, ce sont entre 260 et 305 millions d’euros, selon les différentes estimations, qui ont été dépensés par le club pour le contrat de Ronaldo. Ceci implique le coût du transfert à 115 millions d’euros, mais aussi le salaire de 31 millions d’euros annuels, ainsi que les divers bonus et droits. En tout, si l’on grossit volontairement le trait, chaque but de Ronaldo aurait coûté plus de 3 millions d’euros à la Juventus…

En trois ans, les bilans économiques du club auront ainsi été systématiquement négatifs (-40 millions d’euros en 2018-2019, -70 millions en 2019-2020, -114 millions d’euros en 2020-2021). Évidemment, et contrairement aux croyances populaires, Ronaldo n’a pas remboursé son transfert en maillots. Et, comme une cerise sur un gâteau empoisonné, son transfert à Manchester United, chiffré à environ 25 millions d’euros, se solde par une moins-value pour la Juventus, qui aura donc jusqu’au bout souffert sur ses finances, et ce malgré les apports du décret Crescita (expliqué ici).

Un impact considérable sur le mercato

Affaiblie sur le plan économique, et donc doublement touchée par la crise sanitaire, la Juventus vit depuis trois ans sur un fil. L’impact de Ronaldo sur les finances a empêché la réalisation de transferts intelligents sur le mercato, faute de moyens. Ainsi, une multitude d’opérations destinées à faire de la plus-value sans penser au sportif ont été réalisées, dont la plus connue est l’échange Arthur/Pjanic entre turinois et barcelonais. Dans cet échange qui a précipité le déclin de Pjanic et n’a apporté à la Juventus aucun gain sportif vu les piètres performances d’Arthur, l’enjeu n’était que de rééquilibrer les bilans économiques.

En plus de cela, l’importance prise par Ronaldo a forcé la Juventus à vendre certaines de ses meilleures pépites pour dégager de l’argent, comme ce fut le cas avec Spinazzola et Kean. De l’autre côté, le peu d’intelligence du duo Paratici-Nedved n’a pas non plus aidé, avec par exemple un contrat à 7 millions d’euros annuels jusque 2023 accordé de manière inexplicable à Ramsey, qui passe plus de temps à l’infirmerie que sur le terrain.

Enfin, et c’est peut-être là l’effet le plus flagrant de Ronaldo sur les finances : depuis 2018, la Juventus est dans l’incapacité de réaliser des transferts onéreux, nerfs de la guerre pour gagner dans le football moderne. Cela se traduit par l’utilisation de prêts au long cours, comme ceux de Morata, Chiesa, Locatelli ou encore Moise Kean.

2021-2022, une saison pour rien ?

Maintenant que Ronaldo est parti, sans être véritablement remplacé, la question se pose sur l’utilité de la saison 2021-2022. Muni d’un effectif déséquilibré, sans aucun buteur vraiment prolifique, Allegri va devoir passer un an à construire, déconstruire, tâtonner et essayer. Les dirigeants le lui ont d’ailleurs fait clairement comprendre, en repoussant à 2022 tous les investissements stratégiques prévus avec les économies faites sur le bilan de Ronaldo.

Alors, la saison 2021-2022 sera-t-elle une année perdue ? Le fait même que l’on puisse se poser la question pour un club comme la Juventus est en soi un problème, quand on connait les objectifs affichés du club depuis tant d’années. À Allegri de faire de son mieux…

À lire aussi : 

1- Ronaldo à la Juventus, une arrivée synonyme des plus grands espoirs.

2- Ronaldo à la Juventus, une dépendance aux antipodes du Stile Juve.

3- Ronaldo à la Juventus, un gouffre financier



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Yacine Ouali



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