Dossier Mancini : genèse d’une évolution tactique – Partie 3/3 : La révolution !

Par Christophe Mazzier publié le 28 Juin 2021
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Pendant cet Euro, et depuis que Roberto Manicini a repris les rênes de l’équipe d’Italie en 2018, la Squadra Azzurra propose un jeu très intéressant et divertissant. Afin de comprendre la « Fabrique » de Roberto Mancini, nous allons, au sein d’un dossier consacré au sélectionneur, revenir sur sa trajectoire, et sur l’évolution de sa vision tactique.

Une carrière qui bat de l’aile…

Après son expérience à l’Inter et à Manchester City, Mancini traine sa peine sur les bancs. Critiqué par la presse pour son jeu stéréotypé, que ce soit en Italie ou en Angleterre, le génial attaquant féru de beau jeu, de beaux gestes, adoubé par le philosophe Boskov, son ancien entraineur, amoureux du football Champagne, s’ennuie. Sur les bancs, le sourire a disparu de son visage. S’il a toujours gagné au moins un trophée à chaque fois qu’il est passé dans un club, il est réputé pour ses exigences dispendieuses qui ne passent pas vraiment auprès de ses employeurs.

Après son éviction de la tête de City, il choisit un championnat qui se situe en dehors du Top 5 européen, la Turquie et Galatasaray. Pendant cette période, il revient au 4-4-2 qu’il affectionne, après ses errements lors de sa dernière période à City (un 3-5-2 incertain et décrié). Après une Coupe de Turquie glanée, il revient à l’Inter lors d’un bref intervalle avant de s’en aller au Zenit, où émergera, à la fin de son cycle, un 4-3-3, qui préfigurera le cadre appliqué à « son » équipe d’Italie.

La révolution mancinienne à la tête de l’Italie

Dès son arrivée à la tête de la Squadra Azzurra en 2018, il applique un 4-3-3 qu’il ne lâchera plus. Bien sûr ce schéma évolue tout au long du match.

En phase de transition offensive, les latéraux apportent le surnombre continûment. L’arrière garde se retrouvant à 3, les latéraux s’invitent dans les relances, sont forces de proposition, et bénéficient des relances de Bonucci ou Jorginho. Leur rôle de piston est essentiel -comme l’étaient les montées des Zanetti ou Maicon lors de la première période de Mancini à l’Inter- créant des solutions supplémentaires. Ces latéraux viennent, du coup, densifier le milieu de terrain.

En phase de possession, la construction se fait par le « bas » avec des milieux -notamment Jorginho ou Verratti- qui remontent calmement et proprement les ballons vers l’attaque.

En phase offensive, avec des ailiers qui se recentrent pour passer à deux dans l’axe ou en neuf et demi, grâce à l’apport des latéraux, l’avant-centre peut ainsi décrocher et ouvrir des brèches pour les incursions des milieux, et des latéraux, qui apportent ainsi des solutions supplémentaires. Il n’est pas rare d’avoir des attaques à 5 ou 6 joueurs.

En club, au poste d’avant-centre, il s’attachait à avoir un point d’amarrage solide et costaud tel que Dzeko, Balotelli, Adriano, Ibrahimovic. Un pivot pouvant garder le ballon pour faire monter une équipe très repliée pendant ces années. En sélection, il a dû changer son fusil d’épaule et s’adapter aux attaquants à disposition, après avoir échoué à relancer Balotelli.

En phase défensive, les deux ailiers descendent d’un cran pour se mettre sur la ligne médiane, l’Italie ainsi se retrouve avec un bloc de 5 au milieu qui étouffe l’adversaire. Insigne, Chiesa ou Berardi qui se sacrifient est monnaie courante. Le système passe alors en 4-5-1 ou plutôt en 4-1-4-1 tant le rôle de meneur devant la défense de Jorginho est central.

D’ailleurs, la partition de l’Italo-brésilien n’est pas sans rappeler celle de Cambiasso lors de la première période intériste du sélectionneur, qui était le métronome des Nerazzurri. Le rôle de regista est très important. Il enclenche les actions, casse les lignes. Il permet d’apporter le surnombre derrière pour toujours offrir une solution aux défenseurs. Il dicte le tempo pour fluidifier le jeu vers l’avant.

Ce milieu technique, vif et racé, que le natif de Jesi a amené à maturation en équipe d’Italie, est en opposition au milieu rugueux et physique qu’il aimait aligner en club. On se rappelle des Guarin, Viera, Yaya Touré, De Jong, Barry qui s’opposent à cette formation composée de créateur/technicien. Cet entrejeu est composé des Barella, ou Verratti, qui ont, tour à tour, un rôle de numéro 10 du milieu, avec leur propre caractéristique, ou de meneur en phase de possession que le joueur du PSG partage avec le joueur de Chelsea.

La svolta définitive

On peut conclure que les idées de Maître Boskov, du temps de la Sampd’Oro, ont rejailli sur le Mancini sélectionneur, devenu allègre, comme il l’était sur un terrain depuis sa prise de fonction. Alors certes, à chaque fois qu’il est passé dans un club, il a accumulé des trophées. Mais les exigences du métier semblent avoir dénaturé la philosophie du sélectionneur. Ainsi, il a réussi à imposer sa patte à un groupe traumatisé par son élimination de la coupe du monde 2018, et qui a su épouser les nouveaux préceptes, la nouvelle ligne directrice, aveuglement.

L’influence de Guardiola (un entraineur qu’il admire) est palpable, avec un soupçon de rigueur de l’entraineur suédois Eriksson, et la fluidité de jeu à la Boskov.

Dossier sur l’évolution tactique de Mancini :
1. La Genèse
2. Un football pragmatique mais ennuyeux : Inter et Manchester City
3. La crise existentielle



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Christophe Mazzier



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