Dossier Mancini : genèse d’une évolution tactique – Partie 2/3 : Les années pragmatiques

Par Christophe Mazzier publié le 24 Juin 2021
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Pendant cet Euro, et depuis que Roberto Manicini a repris les rênes de l’équipe d’Italie en 2018, la Squadra Azzurra propose un jeu très intéressant et divertissant. Afin de comprendre la « Fabrique » de Roberto Mancini, nous allons, au sein d’un dossier consacré au sélectionneur, revenir sur sa trajectoire, et sur l’évolution de sa vision tactique.

Des débuts prometteurs à l’Inter

Roberto Mancini, cet esthète du football des années 80-90, arrive à l’Inter, auréolé d’une Coppa Italia, la deuxième pour l’entraineur, et d’une 6ème position avec la Lazio. Suffisant pour le président des Nerazzurri, qui déclare son amour absolu du Mancio. Celui-ci prend le relais d’un Hector Cuper (et Zaccheroni), fragilisé par le départ de Ronaldo au Real Madrid (en lui retirant le capitanat pour les donner à Zanetti).

Pour lancer un cycle victorieux, Mancini va utiliser, au début, un 4-4-2, qu’il affectione tout particulièrement, avec deux milieux axiaux Cambiasso-Veron (ou Cristiano Zanetti), et deux externes, techniques et rapides, que sont Van der Meyde, Ze Maria ou Emre. La défense est à plat avec Materrazzi, Mihajlovic, Cordoba, au centre, et Zanetti et Favalli sur les côtés. Si le jeux est au rendez-vous, les résultats tardent à venir. L’Inter lors de la première saison ne perd que trois fois en Serie A mais réalise 18 matchs nuls, qui place son équipe à la 3ème place du championnat.

La Svolta intériste, l’influence Mourinhienne

En cours de saison, le Mancio décide de renforcer l’entrejeu et d’aligner un milieu en losange capable de se mouvoir en 4-3-3 en phase offensive. Mourinho l’avait fait avec Porto, dans un système idoine pour Deco. Pour le natif de Jesi, les carences sont criantes. Si en position basse, Cambiasso est indispensable, Veron et Stankovic à ses côtés avec un Emre (ou Stankovic) en trequartista, créent des déséquilibres en phase offensives.

Le 4-4-2 à plat, qui se meut en 4-3-3 ou 4-3-1-2 devient optimal, en Serie A, les années suivantes, avec l’arrivée de Luis Figo (puis Stankovic) qui passe allègrement d’une position de milieu droit à ailier droit, avec un Stankovic, lors de la première année du titre, qui durcit le milieu en phase offensive. Ce système ne peut être percutant en transition offensive qu’avec des latéraux qui s’agrègent au milieu. Le président Moratti a su sustenter son entraineur en recrutant l’un des meilleurs côté droit gauche en la personne de Maicon (après les échecs de Wome, Maxwell ou Cesar).

Schéma de jeu de l’Inter de Mancini (2007) en phase de possession et en phase de non possession.

Puis Viera viendra renforcer encore un peu plus un milieu de terrain, qui devient un bloc difficile à bouger. Mais Mancini sera taxé d’entraineur à l’ancienne qui ne prend pas de risque. Son jeu est considéré comme ennuyeux, solide mais dénué de génie. Ce schéma tactique inspiré du talentueux Mourinho mais aussi de son mentor Eriksson, privilégie la densité de joueur au milieu de terrain avec des centraux agressifs, des stoppeur à l’ancienne, qui amplifient le phénomène.

Au centre du projet des Emirati à Manchester City

Et puis comme le quidam, la pyramide de Maslow rattrape Moratti. Malgré le lancement d’un cycle victorieux pour l’Inter, qui atteindra sa consécration avec le Triplete historique de 2010, le président s’ennuie du jeu et des difficultés au niveau européen. Il décide de se séparer du Mancio pour le remplacer par Mourinho à l’issue de l’année 2008 après un énième échec en Champions League.

C’est tout de même auréolé d’un statut d’entraineur-star que Mancini débarque en Angleterre au sein d’un ambitieux Manchester City, tout juste passé sous le joug de la famille royale d’Abou Dhabi. L’ancien joueur de la Sampdoria arrive au chevet d’une équipe en panne de résultat, à la place de Mark Hugues. Le club anglais veut s’entourer d’un top entraineur pour faire avancer son faramineux projet. En 2011-2012 l’entraineur italien permettra au club mancunien de gagner un championnat après 44 ans. Mais qu’en-est-il de jeu ?

Une expérience mancunienne mi-figue mi-raisin

Le schéma du titre, qui va être le plus largement utilisé est le 4-2-3-1, même si le 4-3-3 ou le 4-4-2 le seront aussi, va mettre en valeur l’effectif qu’il a à disposition. Tout comme à l’Inter, il va construire un bloc médian extrêmement dense, travailleur et solide avec Yaya Touré, De Jong, Barry ou Vieira, et un axe défensif du même acabit (Kolo Touré, Richards, Boateng), des latéraux qui se projettent (Kolarov, Zabaleta, Clichy…), des milieux droits et gauches laborieux et techniques. On retrouve le cocktail de ce football pragmatique qui l’avait vu gagner en Italie. Mais aux mêmes remèdes, les mêmes maux… La presse critique Mancini, ses choix tactiques prudents, son manque d’allant, son jeu répétitif, robotisé, à l’ancienne.

Paradoxalement la saison de son éviction, Mancini va tenter un nouveau schéma de jeu en passant à trois derrière, mais cette mini révolution n’entraine pas l’adhésion du vestiaire et, au courant de l’année, il est limogé.
Le Mancio va alors voyager en Turquie, en Russie, en passant par un retour à l’Inter, avant de prendre en main la Nazionale.

Dossier sur l’évolution tactique de Mancini :

1. La Genèse
2. Un football pragmatique mais ennuyeux : Inter et Manchester City
3. La crise existentielle



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Christophe Mazzier



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