CALCIOSTORY: Cagliari-Napoli, une rivalité née lors d’un Cagliari-Piacenza

Par Sébastien Madau publié le 05 Mai 2019

Cagliari et le Napoli s’affrontent ce dimanche soir au stade San Paolo pour le compte de la 35e journée du championnat. Un match à l’enjeu limité, les Napolitains ayant quasiment assuré leur 2e place synonyme de qualification directe en Champions League tandis que les Sardes sont, eux sauvés. Pourtant, les Napoli-Cagliari ne sont jamais des rencontres paisibles. Et pour cause.
Souvent les rivalités sportives entre deux clubs surgissent lors d’une confrontation sur le terrain, quand ce n’est pas pour des raisons historiques, extra-sportives. Aussi, comment expliquer que ce fut un Piacenza-Cagliari (3-1) de juin 1997 qui exacerba la rivalité entre Cagliari et…le Napoli ? Retour sur un match au couteau qui laissera une trace indélébile dans les relations entre Sardes et Napolitains.
Printemps 1997. La lutte fait rage en queue de classement de Serie A. Au soir de la 34e journée (le championnat se joue alors à 18 clubs avec 4 relégations), le verdict tombe. La Reggiana (18e) et Verone (17e) sont relégués automatiquement. Avec 37 points, trois équipes (Piacenza, Cagliari et Perugia) jouent des coudes. Perugia (16e) est directement relégué du fait des confrontations directes. La quatrième place de relégué se jouera donc entre Piacenza et Cagliari le 15 juin 1997. C’est finalement l’équipe d’Emilie-Romagne qui sauvera lsa peau au détriment des Sardes.

Les Napolitains viennent supporter…Piacenza

Mais un effet collatéral viendra émailler la rencontre : l’apparition de la rivalité entre Cagliari et le Napoli. Mais comment un Piacenza-Napoli a pu faire surgir une rivalité Cagliari-Napoli ? La faute au choix du stade de ce match de barrage : le San Paolo. A vrai dire, dirigeants, joueurs et supporters de Cagliari accueillent sans l’admettre ce tirage au sort avec bienveillance. Alors que ces 90 minutes vont décider du sort de toute une saison, jouer dans le Sud et bénéficier d’une certaine solidarité entre peuples du Mezzogiorno peut s’avérer un avantage de poids. Il n’en sera rien. Bien au contraire.
Environ 20.000 Sardes font le déplacement en bateau pour soutenir leur équipe. Sur place, la situation dégénère. Dès le débarquement, des heurts ont lieu dans les rues de Naples entre ultràs sardes et napolitains. Dans les tribunes, des Napolitains ont fait l’effort d’acheter des billets pour supporter un Piacenza qui n’en demandait pas tant.
La vérité du terrain est implacable. Piacenza domine les débats et la tension entre Napolitains et Sarde n’a influé en rien sur l’issue finale de la rencontre. Mais la pilule a du mal à passer. Surtout que les ultràs napolitains exultent à chaque but de Piacenza notamment quand Pasquale Luiso, attaquant de Piacenza natif de Naples réalise un doublé.
« Cela devait être une fête, une journée inoubliable, comme un Scudetto à l’envers » écrit le correspondant de l’Unione sarda dans ses colonnes. « Au lieu de ça, le déplacement au San Paolo a mal fini, très mal fini. Heurts entre supporters, deux agressions à coups de bâtons et de couteaux, violentes charges des forces de l’ordre dans et en dehors du stade. Au-delà du résultat sportif, le bilan de ce match de barrage est lourd : deux tifosi sardes poignardés, six blessés gravement, tout comme deux Napolitains et policiers ». Fort heureusement le président de la Région Campanie joue les intermédiaires et évite un nouvel assaut policier à la gare centrale de Naples en allant discuter avec les autorités policières.

Aucune victoire sarde depuis 2009

Depuis ce jour, plus rien n’a été pareil. Jusque-là, aucun signe de grande tension entre les deux clubs. On notait bien le transfert houleux de l’Uruguayen Daniel Fonseca, joueur de Cagliari (1990-1992) puis du Napoli (1992-1994) qui n’avait rien trouvé de mieux que de fêter son but lors d’un Cagliari-Napoli sous les couleurs napolitaines par un bras d’honneur dirigé vers les tifosi sardes. Mais rien de plus. On se souvient même que c’est à Naples que le Sarde Gianfranco Zola a débuté en Serie A (36 buts en 136 matchs de championnat) aux côtés de Diego Maradona.
Désormais, les rencontres entre les deux clubs sont classées à hauts risques. Plus de transferts directs entre joueurs et des dirigeants qui ne sont pas les derniers à jeter de l’huile sur le feu. Comme ce match épique de la saison 2007-2008 au cours duquel Cagliari, mené au score, parvient à renverser la vapeur dans les arrêts de jeu (93e et 94e). Les images montrent alors l’exubérant président de Cagliari Massimo Cellino crier des « Bastardi Napoletani » ne faisant qu’envenimer la situation.
Sur le terrain, depuis plusieurs saisons, le Napoli domine de la tête et des épaules. Les Sardes ne l’ont plus emporté depuis 2009. Les Napolitains sont même venus l’emporter (5-0) à la Sardegna Arena lors de la saison 2016-2017. A l’aller, les hommes de Carlo Ancelotti sont venus rompre l’invicibilité sarde à domicile grâce à un but inscrit par Milik à la 91e. Histoire de confirmer une nouvelle fois que les confrontations entre les deux équipes n’ont jamais rien de paisible.

 

Sébastien Madau



Lire aussi