DOSSIER : Les équipes B, un flop ?

Par Christophe Mazzier publié le 21 Sep 2019

Depuis l’introduction des équipes B dans le paysage footballistique italien, défenseurs et promoteurs se font la guerre. Même le président de la FIGC n’a pas l’air convaincu par la réforme. « Ce n’est pas moi qui suis à l’initiative de cette réforme, il y a des choses à changer mais je mènerai à terme son introduction. » avouait-il le 19 janvier 2019. Où en sommes-nous de cette réforme qui devait propulser le football italien dans une nouvelle ère.

Une évolution naturelle

« Avant l’arrêt Bosman, les équipes italiennes n’avaient que 3 étrangers et les jeunes gravissaient les échelons progressivement, Serie C puis B. Des contrats longue durée étaient proposés aux jeunes. Aujourd’hui nous devons sortir de cette logique mercantile qui ne profite qu’au club et qui pénalise l’éclosion de nos jeunes talents. » confessait longuement Demetrio Albertini, dans le journal Tuttosport, en janvier 2016. Il se targuait également que son grand adversaire Tavecchio, le président de la FIGC de l’époque, reprenne son idée dans sa feuille de route.

Toutefois après moult reports, il faudra attendre le triste soir du 13 novembre 2017 pour que la crise, sans précédent, causée par l’élimination de la Squadra Azzurra, acte l’introduction de la réforme. Les instances du football, oppressées par une opinion publique de moins en moins favorable au statut quo, cherchent à retrouver du crédit en mettant en place des changements structurels.

Les grandes lignes d’une évolution majeure

La réforme s’est très librement inspirée des modèles espagnols (dont les équipes B sont en compétition) et allemands (sans prise en compte des points). Ainsi moyennant un droit d’entrée de 1,2 M€, les clubs de Serie A peuvent constituer une équipe B qui débuterait en 3ème division. Toutes descentes à l’échelon inférieur est impossible  mais elles peuvent être promues sous condition qu’elles n’évoluent pas dans la même catégorie que leur grande sœur.

L’idée centrale du projet est simple : Permettre à des jeunes joueurs de jouer plus. Ainsi les effectifs doivent être composés de 23 joueurs de moins de 23 ans avec la possibilité d’en inscrire 4 plus âgés (mais avec moins de 50 matchs en Serie A). Une autre règle, qui ne fait pas l’unanimité, est qu’à partir du moment où un joueur participe à cinq rencontres avec l’équipe première, il ne peut plus être aligné en Serie C.

L’objectif est donc de faire évoluer des jeunes en manque de temps de jeu dans une compétition plus relevée et compétitive que celui de la Primavera.

Dans l’indifférence générale

Les équipes B pouvaient pouvait participer à la Serie C lors de la saison 2018-2019. Trop de tergiversations, d’hésitations, au final une seule équipe s’est inscrite : La Juventus, qui a terminé la compétition au 10ème rang. Cette saison encore, seule l’octuple champion d’Italie fait participer ses jeunes au championnat (plus précisément dans le groupe A).

Les dirigeants du Torino, qui était l’un des clubs les plus intéressés, ont finalement jeté l’éponge. Le président Cairo regrette, notamment, que des jeunes qui disputent plus de 5 matchs en Serie A soient bloqués. Il pointe également du doigt les coûts inhérents et exorbitants liés à la gestion d’un club de 3ème division comme l’utilisation d’un terrain au norme, la difficulté de trouver un emplacement pour les terrains d’entrainement etc.

Échec de la réforme

De Laurentiis, avec la magistralité qui le caractérise, n’hésite pas à tacler cette réforme faite, d’après lui, pour « favoriser la Juventus qui doit placer ses 45 joueurs sous contrat ». Même le président Gravina y va de sa critique. Il estime que le texte, dont il a hérité, est bancal et qu’il faudrait peut-être abaisser l’âge à 20 ans afin d’éviter que les équipes ne soient composées que des esuberi (les exclus de l’équipe A).

En définitive, après l’apocalypse qu’a provoqué l’élimination de la Squadra Azzurra et du constat amère d’un football italien en carence de jeunes talents, la grande famille du football s’accorde pour changer les règles du jeu. Mais l’utilisation des équipes B n’a pas l’air d’attirer les clubs de l’élite. En revanche, une autre idée, qui mûrie de plus en plus, est de développer des partenariats avec des clubs de Serie C comme l’a fait la Sampdoria (avec Vis Pesaro en l’occurrence). Les clubs minimiseraient ainsi les coûts de gestion.

Dans tous les cas si le texte reste en l’état, le levier des équipes B risque d’être un flop cruel.

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Christophe Mazzier



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