Serie A suspendue : les précédents dans l’histoire

Par Grégory Canale publié le 11 Mar 2020

Le football italien est à l’arrêt jusqu’au 3 avril au moins, en raison de l’épidémie de coronavirus qui sévit dans le pays. Une situation exceptionnelle qui n’est pas une première dans la péninsule. Souvent à cause des guerres, la Serie A a dû être suspendue. Mais une fois seulement dans l’histoire, un championnat entamé n’est pas allé au terme. Tour d’horizon.

1914/1915, l’unique fois où la Serie A n’est pas allée au bout

Le monde est empêtré dans la Première Guerre mondiale depuis l’été 1914, mais l’Italie adopte d’abord une position de neutralité et le calcio peut se poursuivre. Pas de Serie A unique à l’époque, le championnat se dispute en tours préliminaires régionaux avant la grande finale nationale. Pour cette saison 1914/1915, deux équipes semblent favorites. Le Genoa – en tête du groupe nord – et la Lazio, leader de la poule centre-sud. Mais le duel au sommet n’aura jamais lieu.

Le Genoa, vainqueur du scudetto 1914/1915 (attribué sur tapis vert).

L’Italie entre dans la Grande Guerre en mai 1915 et le championnat est stoppé. Il ne recommencera plus, seul précédent du genre dans l’histoire du football italien. Une Coppa federale se déroulera bien la saison suivante, sacrant le Milan AC, mais la Serie A ne reprendra vraiment qu’en 1919. Après le conflit, le scudetto 1914/1915 est lui attribué au Genoa sur tapis vert, car jugé comme champion plus « crédible » vis-à-vis de son concurrent méridional. Les Rossoblù collectionnent déjà sept titres nationaux.

Pas de championnat de 1943 à 1945

Depuis 1939, la Seconde Guerre mondiale fait rage entre les Alliés et l’Axe. L’Italie fasciste, pourtant engagée avec l’Allemagne nazie, maintient sur son sol un semblant de vie « normal » en façade. La Serie A continue donc dans un premier temps jusqu’en 1943. Cet été-là, un championnat insolite est sur le point de débuter. Il doit rassembler 36 équipes de première et deuxième division. Le 9 juillet 1943 cependant, les troupes alliées débarquent en Sicile, et les nazis se positionnent au Nord. Le calcio est suspendu.

Le club des pompiers de La Spezia, vainqueur de la Divisione nazionale en 1944.

La compétition officielle est arrêtée jusqu’au sortir des combats en 1945. Il y a bien en 1944 la Divisione nazionale, championnat organisé par l’État fantoche de la République sociale italienne. Un rendez-vous remporté à la surprise générale par le club des pompiers de La Spezia face au Grande Torino. Mais la FIGC n’a jamais reconnu cette victoire comme l’équivalent d’un scudetto. La Serie A reprendra donc en 1945 et verra le Torino s’imposer pendant cinq saisons d’affilée (en comptant l’exercice 1942-1943).

1973, une autre urgence sanitaire : le choléra

Bien avant le Covid-19, une autre urgence sanitaire a fait trembler l’Italie. En 1973, une épidémie de choléra ravage le sud du pays. Le bilan est une hécatombe : 227 morts, dont 177 rien que dans le ville de Naples considérée comme l’épicentre de la crise. « Le championnat en danger à cause du choléra à l’italienne », titre le quotidien milanais Corriere d’Informazione le 17 septembre. Les autorités réfléchissent effectivement à une annulation ou un report de la Serie A 1973/1974.

La une du Corriere d’Informazione du 17 septembre 1973.

Par peur de contagion, deux équipes refusent d’ailleurs de venir jouer leur match de Coppa Italia sur place : le Genoa face au Napoli et l’Hellas contre Bari. Les deux clubs seront sanctionnés d’une défaite par forfait. La situation s’améliore fort heureusement par la suite grâce à l’intervention de la Sixième flotte des États-Unis. Des vaccins et infrastructures sont déployés à grande échelle et l’épidémie prend fin. Le risque suspension tombe et la saison débute le 7 octobre 1973. Elle offrira un premier titre à la Lazio et son Capocannoniere Giorgio Chinaglia.

La violence stoppe momentanément le calcio

Mais il est arrivé aussi que la Serie A soit arrêtée aussi pour des raisons plus évitables, liées à la violence entre tifosi. Lors de la saison 1994/1995, le Milan AC – tenant du titre mais distancé par la Juventus en championnat – se déplace sur le terrain d’un Genoa luttant pour le maintien. Le jour de la rencontre, le 29 janvier 1995, des heurts éclatent aux abords du Marassi. Vincenzo Claudio Spagnolo, supporter du club génois de 25 ans, est poignardé à mort. Milan AC-Genoa débutera quelques instants plus tard, mais le match sera interrompu. La FIGC décrétera même la suspension du championnat pendant une semaine.

Un drame qui n’est malheureusement pas le dernier. Le 2 février 2007, l’inspecteur de police Filippo Raciti meurt en marge des affrontements pour le derby de Sicile Catania-Palermo. Les autorités stoppent la Serie A, mais aussi les rencontres des équipes nationales, pour une durée indéterminée. La suspension se prolongera pendant deux semaines. Et le fait divers nourrira la réflexion pour mettre fin aux violences : mises en place de la tessera del tifoso ainsi que des billets nominatifs et installation d’une commission spéciale sur le sujet.

Le coronavirus, lui, a contraint le gouvernement italien à mettre le sport en pause jusqu’au 3 avril prochain. Une date « flexible », comme l’a rappelé le président du Conseil Giuseppe Conte, qui dépendra de l’évolution de la situation sanitaire. Espérons qu’une vie normale reprenne au plus vite ses droits dans le pays de Dante… et du football.

Grégory Canale

Rédacteur



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