Rouge et bleu, deux couleurs qui ont fait l’histoire de Cagliari

Par Sébastien Madau publié le 19 Déc 2018

Le 26 décembre prochain, pour le boxing day italien, Cagliari reçoit le Genoa à la Sardegna Arena. Une confrontation entre clubs historiques et -qui plus est- portent les mêmes couleurs : rouge et bleu ou rossoblù. En près de 100 ans d’histoire, Cagliari a fait de ses couleurs un signe de reconnaissance et d’identité. Un plus pour un club dont bon nombre de tifosi se situent au-delà des frontières de la Sardaigne. Retour sur l’histoire d’un maillot devenu mythique et régulièrement classé (subjectivement) parmi les plus beaux du calcio.

Il est désormais avéré que dès sa naissance, le club de Cagliari a choisi le rouge et bleu comme couleurs sociales. La première società sarde entièrement dédiée au football choisit tout simplement les couleurs du blason de la ville. Mario Fadda, spécialiste du football sarde en a apporté la preuve dans un ouvrage fruit de trois ans d’enquête (« La vera storia della maglia del Cagliari », 2016). Les couleurs officielles sont donc rossoblù même si « durant deux matchs en 1920 -en septembre contre la Torres de Sassari et en octobre contre l’Ilva de La Maddalena des maillots blancs ont été utilisés » nous précise-t-il en soulignant que les maillots sont alors taillés dans des… blouses hospitalières fournies par le président du club Gaetano Fichera, cancérologue de profession.
Dès janvier 1921, le rossoblù devient permanent. Ces deux couleurs cohabitent encore aujourd’hui sur la tunique sarde. La version du maillot coupé verticalement (rouge à gauche et bleu à droite) est la plus connue. Elle n’a toutefois pas été sans variantes au fil de l’histoire. « De 1921 à 1923, le maillot était entièrement rouge et les shorts bleus » explique Mario Fadda. « Puis, en 1923, sont arrivés des maillots rouge et bleu à fines rayures, et c’est en 1928 qu’est apparu le maillot comme il existe aujourd’hui ». Non sans quelques exceptions dans les années 1930 et 1940 où le maillot était rouge et bleu à larges rayures.

L’enquête a également permis de mettre fin à une rumeur insistante évoquant un Cagliari jouant en… noir et bleu (nerazzurro). Un hommage à l’Inter? Pas au club milanais mais probablement à un autre club. « Cette période dura 1000 jours, de janvier 1925 à janvier 1928 à la suite d’une fusion au cours de laquelle le club changea de nom, passant de Cagliari FBC à CS Cagliari (Club Sportivo) » affirme Mario Fadda dont les recherches lui ont fait conclure qu’il s’agissait d’un « signe d’amitié et d’hommage envers le Sporting Club de Pise ». Motif: Le club toscan évoluant en Serie A avait été le premier du continent à venir jouer sur l’île en 1924.

Le Scudetto remporté… en blanc

Lors de la saison 1969-1970, Cagliari réalise l’exploit de remporter le Scudetto. Une première pour un club du Mezzogiorno. L’occasion d’arborer fièrement les couleurs rossoblù? Justement pas. En effet, visiblement pour des questions de superstition des joueurs, Cagliari jouera quasiment toute la saison… en blanc (28 matchs sur 30) à domicile comme à l’extérieur. Idem pour la saison 1970-1971 lorsque Gigi Riva et consorts jouent avec le tricolore cousu sur le torse en championnat et débutent en Coupe d’Europe. « Ce maillot, qui comportait des lacets au niveau du col, était très beau et il est tout de suite entré dans le cœur des tifosi » assure Mario Fadda qui rappelle déjà que les saisons précédentes des maillots blancs avec une diagonale rossoblù avaient souvent été utilisés. En 2017, à l’occasion du 47e anniversaire du Scudetto, « Macron », l’équipementier sportif du club avait réédité le maillot blanc de l’époque ainsi que le rouge porté par les gardiens de but. L’initiative avait été un grand succès commercial et les joueurs avaient vêtu ce modèle le 9 avril face au Torino (défaite 2-3 à domicile).

L’attachement au maillot des Sardes de l’île et d’ailleurs

Si les modifications n’ont pas été très nombreuses -et surtout mesurées- le maillot n’est pas resté figé. Certaines initiatives -comme ce maillot orange de la saison 2015-2016 en Serie B- n’a pas manqué d’attirer les critiques des supporters. « Il n’a jamais été accepté même si il a souvent été utilisé. Il devait porter chance » rappelle pourtant Mario Fadda.
En début de saison, des protestations ont volé parmi les supporters pour un détail que (quasiment) seul un fan cagliaritain aurait pu noter : la couleur des manches n’était plus inversée avec celle du torse. De quoi hérisser les poils aux gardiens du temple et autres collectionneurs. « Déjà il y a quelques années des critiques avaient surgi quand les manches n’étaient plus taillées par quart mais unies. Tout en restant toujours inversées. Cette année, ils ont voulu aller à contre-courant et pas tout le monde a apprécié. Désormais, le marketing bouleverse tout, jusqu’à la tradition des maillots » conçoit l’auteur.

Ces élans d’humeur sont le signe que le sentiment d’appartenance est encore présent, à Cagliari comme ailleurs. Y compris à l’heure où chaque club présente 3 versions de maillots par saison (domicile, extérieur, third) afin d’élargir l’éventail de la gamme de produits mis en vente au public; le merchandising étant une source de revenu majeure pour les clubs. Malgré tout, « les tifosi tiennent beaucoup aux couleurs et l’attachement au maillot » défend Mario Fadda. « Cagliari est un club qui peut s’enorgueillir d’être 9e au classement des supporters en Italie. Le supporter cagliaritain est très fier de ses couleurs sociales et, de plus, beaucoup de supporters du club sarde sont éparpillés dans beaucoup de régions d’Italie et d’Europe et trouvent en leur équipe une manière de se sentir plus liés à leur terre d’origine ». Le rossoblù a donc encore de beaux jours devant lui. Aux joueurs qui l’endossent de savoir être à la hauteur de ce qu’il représente.

Sébastien Madau



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