Le fol ascenseur émotionnel et administratif du Virtus Entella

Par Yacine Ouali publié le 21 Mai 2019

Basé dans la ville de Chiavari, en banlieue de Gênes, le Virtus Entella fait partie de ces vieux clubs qui ont, durant le plus clair de leur histoire, végété dans les divisions inférieures du calcio. D’abord appelé Entella FC, le club a maintes fois changé de nom avant de devenir l’ACD Virtus Entella en 2005.

Faisant preuve d’une instabilité à la palermitaine sur le banc de touche, le Virtus Entella n’a pas non plus été épargné par les nombreux imbroglios qui font la pluie et le beau temps du calcio depuis quelques années.

Une amère saison 2017-2018

Conclue à la 19ème place d’un championnat à 22, la saison 2017-2018 de l’Entella en Serie B aurait dû se terminer comme maintes autres, par l’ascenseur auquel les tifosi ne sont que trop habitués. C’était sans compter toutefois la faillite, épisode malheureusement devenu habituel, de trois clubs de Serie B, respectivement classés 7ème, 13ème et 15ème : Bari, Cesena et Avellino.

À l’espoir d’un repêchage a cependant rapidement suivi l’indignation d’une décision de la FIGC vue comme injuste par beaucoup. Souhaitant depuis des années réduire le nombre d’équipes engagées dans les championnats professionnels, la Fédération a sauté sur l’occasion pour le faire l’été dernier, sans se douter de la bataille judiciaire qu’elle allait enclencher et qui durerait jusqu’à la mi-novembre 2018. Après qu’un tribunal administratif régional ait invalidé la décision de la FIGC, invalidation suite à laquelle Chiavari s’est emprise de liesse, le Conseil d’État italien avait finalement donné raison à la FIGC à la fin octobre 2018, obligeant le Virtus Entella et les autres clubs pouvant espérer un repêchage (Novara, Pro Vercelli, Ternana) à définitivement s’engager en Serie C.

Il faut ajouter à cela qu’avec, avant sa faillite, la sanction de 15 points de pénalité infligée à Cesena au cours de la saison 2017-2018 pour mauvaise gestion financière, le Virtus Entella se retrouvait normalement 18ème de Serie B. Ce maintien automatique avait toutefois été annulé par la faillite, et donc la levée des retraits de points, pour Cesena, le tout ne faisant qu’accentuer le sentiment d’injustice ressenti par tous les tifosi.

Une saison 2018-2019 débutée en retard et réussie sur le fil

Embourbé dans cette succession de décisions sportives et judiciaires contradictoires, le Virtus Entella a longtemps vu son calendrier suspendu au début de la saison 2018-2019. Résultat, au 4 novembre 2018, le club n’avait disputé que deux matches de Serie C, avant de passer par un interminable marathon de 35 matches avec 3 mois de jeu en moins pour conclure sa saison.

La situation du Virtus et des trois autres clubs relégués de Serie B était d’ailleurs si ridicule que même Gianni Infantino, président de la FIFA, s’était senti obligé d’intervenir à la fin 2018 pour demander aux instances du calcio de résoudre définitivement le problème.

Placé dans le groupe A de la Serie C (qui en compte 3 de 20, 20 et 19 équipes), le Virtus Entella s’est finalement résigné à regagner la Serie B par le jeu. Et c’est peu dire que cette promotion express, concluant un fol ascenseur émotionnel et administratif d’un an du côté de Chiavari, n’a pas été de tout repos.

Opposé à la rude concurrence de Pise et surtout de Piacenza, le Virtus Entella a longuement bataillé, sans intersaison ni véritable préparation physique, pour ne pas passer une année de plus au purgatoire. Après six victoires pour débuter la campagne, les biancocelesti ont concédé leur première défaite à la 12ème journée (en n’ayant joué que… 7 matches) face à Sienne. Auparavant, le club s’était fait la main en Coupe d’Italie, passant les tours contre Sienne, justement, puis face à la Salernitana au 3ème tour.

Après un nul litigieux face à Novara, son ancien concurrent de Serie B, le Virtus Entella s’est payé l’exploit d’éliminer le Genoa, pensionnaire de Serie A (peut-être plus pour longtemps), aux tirs au but au 4èmetour de la Coppa. Entre ce match historique et le huitième de finale contre la Roma, les joueurs de Chiavari ont ensuite connu une période un peu plus difficile, avec 3 victoires, 2 nuls et une défaite. Facilement défait 4-0 à l’Olimpico, le Virtus Entella a repris son quotidien de troisième division en se permettant, à la fin février 2019, de s’offrir le scalp de Piacenza 3 à 1, avec notamment un but de son maître artificier Dany Mota (12 buts, 6ème meilleur buteur).

À une journée de la fin, au début du mois de mai, le Virtus Entella comptait donc, après avoir rattrapé tous ses matches, 72 points. C’étaient 2 points de moins que son rival Piacenza, qui l’avait battu deux journées auparavant 1 à 0. Opposés au Carrarese Calcio, les biancocelesti avaient absolument besoin d’une victoire, combinée à un nul ou une défaite de Piacenza, pour être promu en Serie B.

Dans un scénario fou à l’image de sa saison, le Virtus Entella s’est imposé 1-0 contre Carrarese sur un but du vétéran Matteo Mancosu à la 89ème minute, tandis que Piacenza s’en allait perdre toute illusion sur le terrain de Sienne (2-0 ; le club est néanmoins qualifié en playoffs).

Ragaillardi par sa saison, le Virtus Entella entrevoit désormais la Serie B et compte bien s’y établir. Avec un championnat dont la stabilité l’a desservi mais l’aidera à ne plus avoir de mauvaises surprises à l’avenir, le temps est venu de reprendre espoir. Et pourquoi pas, dans quelques années, la Serie A ?

 

 

Yacine Ouali



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