La fin de l’option de rachat prioritaire : un risque ?

Par Christophe Mazzier publié le 15 Avr 2019

« Nous mettrons fin à l’option de rachat prioritaire » Le 19 mars dernier, le président de la FIGC, Gabriele Gravina, en marge d’annoncer l’ordre du jour de la prochaine Assemblée du Conseil fédéral, jetait un pavé dans la mare footballistique de la péninsule. Adopter en avril 2018, le droit de racheter un joueur de manière prioritaire a fait réagir. Les hautes instances du Calcio souhaiteraient y mettre fin. Qu’en est-il effectivement de cette pratique ? Quelle menace fait peser cette réglementation venue d’Espagne, et qui pourrait ne connaitre qu’un seul mercato estival ?

Deuxième pays à l’autoriser

Personne n’avait vu le vent mauvais souffler. En 2016, la Juventus doit se résoudre à transférer Alvaro Morata pour 30 millions d’euros. Le Real Madrid, un habitué du fait, applique l’option de recompra incluse dans le contrat. Terme et procédé venus d’Espagne, ce dénouement crée une commotion dans le monde du Calcio. Le club le plus puissant d’Italie se fait subtiliser sa pépite alors que ni les dirigeants de la Vieille Dame, ni le joueur ne souhaitent une séparation. Alerte, la FIGC va rebondir en autorisant, en avril 2018, dans les textes cette option. Appliqué lors de la dernière intersaison, cet usage va immédiatement être adopté par les clubs de l’élite. Le champion de la recompra se trouve être la Juventus qui va vendre dans ce cadre Cerri, Mandragora, Pjaca et Orsolini, l’Inter suit avec Radu, Bettella, Odgaard, Valietti Carraro, le Napoli avec Inglese, l’AS Roma avec Tumminello…

Adoubée par l’ensemble des clubs de l’élite professionnelle, cette option de rachat prioritaire est ajoutée quasi régulièrement. Les « Top » clubs y voient un moyen d’encaisser un montant significatif pour un élément qui aurait eu du mal à s’imposer au sein de son effectif actuel. Ils y voient également l’avantage de créer un flux spéculatif désynchronisé du marché. Car en cas de bonification, le « Top » club se couvre en pouvant rapatrier son joueur à une valeur raisonnable. D’un autre côté, les « petites » équipes, quant à elles, ont deux intérêts. Une technique et l’autre économique. C’est l’assurance d’avoir un jeune espoir à un prix abordable. Et dans le cas d’une revente, la sécurité de faire un bénéfice.

Une optimisation comptable risquée

Toutefois suite à des mouvements douteux, la FIGC a tiré la sonnette d’alarme en mars dernier. Gravina affirmant qu’il a été « fait un usage trop peu regardant du droit de rachat ». Il pense que cette option « échappe aux contrôles des agences de surveillance« . Et conclut que les « tractations malhonnêtes sont insidieuses à ce type de contrat ». Orpheline de la copropriété disparue en 2014, les clubs italiens se sont immédiatement positionnés sur ce produit dérivé. Outil d’optimisation; le risque est de servir de variable d’ajustement pour équilibrer les comptes des clubs. En effet, l’estimation marchande du joueur ne reflète pas sa valeur réelle, ce qui peut amener à des bénéfices dopés. Nous expliquions en aout dernier de manière évidente le fléau lié à ces plus-values fictives qui servent à maquiller les bilans de fin de saison dans le cas du Chievo. Pour énumérer le propos, un joueur évalué 500 000 € va être vendu 10 millions puis racheté 12 millions deux ans plus tard. Par ce fait, on peut facilement s’imaginer le circuit financier parallèle ainsi créé.

Privilégier les équipes B

Un autre argument de poids agite Gravina et ses conseillers. En ce début de saison, après moult tergiversations, et sous l’impulsion d’une Juventus motrice, la FIGC décide l’instauration des équipes B en LegaPro (3ème division). Malheureusement, pas préparé, trop prématuré, le début de championnat ne compte que la seule Juventus U23 (actuelle 12ème du groupe A de Serie C). Pour rappel, ces formations doivent être composées de 23 joueurs dont 19 de moins de 23 ans. L’idée de cette réforme est de faire en sorte que les jeunes des clubs de l’élite obtiennent du temps de jeu supplémentaire afin de parfaire leur apprentissage. Toutefois, l’enjeu demeure limpide pour Gravina et la FIGC. L’épouvantail de l’échec des équipes B a poussé le président de la fédération à revoir sa stratégie concernant le principe du diritto di recompra. En l’interdisant, les équipes n’auront d’autres choix, pour que leurs espoirs jouent, que de les faire évoluer en LegaPro puis en Serie B s’ils accèdent à la promotion. Championnat d’autant plus intéressant, qu’il est plus compétitif que celui de la Primavera.

Négociations en cours

Le 2 avril dernier s’est ouvert l’Assemblée du Conseil Fédéral de la FIGC qui doit entériner l’annulation du droit à la recompra. Favorables, les clubs de l’élite font front et souhaitent maintenir le dispositif. Une contre proposition des équipes professionnelles a d’ailleurs atterri sur la table de la FIGC. Elle énoncerait leur volonté de maintenir l’aspect sportif vertueux de la pratique en lui soustrayant celui vicieux. Et pour reprendre les mots pleins de sagesse de Tesoro, le directeur sportif de l’Ascoli, au micro de Tuttomercatoweb.com : « C’est un moyen très utile, qu’il faut maintenir, mais qu’il faut utiliser de manière raisonnable». Affaire à suivre.

Christophe Mazzier



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