Irlande du Nord – Italie 1958 : le calvaire en 2 actes

Par Aurélien Bayard publié le 24 Mar 2021
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En 1958, la Squadra Azzurra clôt sa campagne de qualification pour la Coupe du Monde face à l’Irlande du Nord. Un match nul suffit aux Italiens pour partir en Suède. Cependant, la Green and White Army ne l’entend pas de cette oreille…

Acte I, scène 1 : la course contre la montre

Le 15 janvier 1958, à 14h30, Fratelli d’Italia résonne à l’intérieur d’un Windsor Park respectueux de l’hymne italien. À la fin de celui-ci, István Zsolt signifie aux 22 acteurs que la rencontre va débuter. Deux actes anodins qui n’ont pas pu avoir lieu lorsque l’arbitre hongrois devait rejoindre Belfast un mois plus tôt.

En escale à Londres, l’homme en noir se retrouve bloqué dans la capitale anglaise à cause de formalités administratives liées aux visas ainsi que du brouillard. Les conséquences sont loin d’être anodines, jamais Zsolt ne pourra être là à temps pour arbitrer le match entre l’Irlande du Nord et l’Italie.

Les autorités nord-irlandaises proposent alors une solution de fortune au commissaire de la FIFA, faire appel à un certain Tommy Mitchell. Cet arbitre local tient une boulangerie à quelques encablures du stade et peut donc être là à l’heure pour diriger la rencontre. Surtout, il dispose du « FIFA Badge », Graal indispensable pour arbitrer au niveau international. Une voiture de police est réquisitionnée pour aller chercher Mitchell en quatrième vitesse.

Entracte : la colère mène à la haine…

Lorsqu’il arrive enfin sur place, tout le monde se dit que le match va pouvoir commencer. Sauf que la FIGC n’est pas très emballée de voir un Nord-Irlandais arbitrer sa propre nation. Le public insiste et une bronca monte dans les travées du stade. Après moultes tergiversations, la rencontre a bien lieu mais est requalifiée en amical.

Le speaker en profite pour conspuer la Nazionale, ce qui a pour conséquence de rendre l’atmosphère encore plus électrique qu’elle ne l’était déjà. En effet, Eddie Firmani, attaquant de la Sampdoria, a la riche idée de balancer lors d’une tournée estivale en Angleterre que la Serie A est très permissive sur les pilules et autres joyeusetés que peuvent ingérer les joueurs. Les accusations de dopage font les choux gras dans la presse et certains journaux caricaturent les Italiens au milieu de seringues.

L’entrée des Azzurri s’accompagne de crachats et l’hymne de Mameli est sifflé. La rencontre devient une parodie de football où actes d’antijeu, provocations et autres gestes d’humeurs pullulent sur la pelouse de Belfast. Après 90 minutes, les deux équipes se quittent sur un score de parité 2-2. Mais le coup de sifflet final sonne malheureusement la fin d’une bataille mais pas de la guerre.

Les supporters nord-irlandais envahissent la pelouse et cherchent à rosser tout ce qui porte une tunique bleu clair. Il faut l’aide des joueurs locaux pour éviter un véritable carnage, la police mettant du temps à intervenir. Elle finit cependant par disperser cette foule devenue hystérique.

Le seul qui semble s’amuser de ce spectacle navrant est Vittorio Pozzo. Dans la Stampa, l’entraîneur double champion du monde trouve cela curieux que son ancienne équipe n’ait pas voulu valider ce résultat qui les qualifiait…

Acte II, scène finale : l’élimination piteuse

40 jours plus tard, István Zsolt siffle le coup d’envoi de la rencontre officielle. Au lieu de faire confiance au onze qui lui a permis d’obtenir le 2-2 en décembre, Alfredo Doni opte pour une nouvelle tactique. Exit le catenaccio, place au W-M plus virevoltant mais moins adapté au défi physique que propose la Green and White Army.

Doni comprend rapidement qu’il a fait le mauvais choix. Les Nord-Irlandais ouvrent le score par l’intermédiaire de Mc Ilroy à la 13ème minute. La légende de Burnley continue de s’amuser avec l’arrière-garde italienne et à l’opportunité de marquer un nouveau but quinze minutes plus tard. Bugatti repousse sa frappe croisée mais Cush reprend directement de la tête et double la mise.

La Squadra Azzurra est déjà dos au mur et la révolte se fait attendre. En début de seconde période, Uprichard capte en deux temps un ballon anodin. Dino Da Costa se jette sur le rebond et propulse le ballon dans les filets. L’homme en noir ne bronche pas et valide ce but plus ou moins litigieux. L’Italie se remet à y croire.

Ce sursaut d’orgueil ne durera pas longtemps. Alors qu’il reste 20 bonnes minutes à jouer, Alcides Ghiggia, las de la rugosité de ses adversaires directs, décide de se faire justice lui-même en frappant un Nord-Irlandais. Zsolt l’expulse directement. À dix contre onze, la Squadra Azzurra ne comblera jamais son retard et reste donc à quai.

Le lendemain, la presse italienne tire à boulets rouges. Tout le monde y passe, les joueurs – surtout les 4 oriundi ainsi que Guido Vincenzi – et l’entraîneur pour s’être renié tactiquement. Pour la première fois de son histoire, l’Italie rate une coupe du Monde, un fait qui ne se reproduira que 60 ans plus tard…

 

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Aurélien Bayard



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