Hommage à Piero Gratton, designer pionnier du calcio

Par Yacine Ouali publié le 04 Mai 2020

Le 3 avril dernier, Piero Gratton mourrait à 81 ans dans un relatif anonymat hors d’Italie. Pourtant, par son métier de designer, il aura influencé des générations de tifosi et d’équipes du calcio. Voici, en hommage, l’histoire de certains de ses plus fameux designs.

Une omniprésence dans le monde des logos

Longtemps, le Stadio Olimpico, antre de duels féroces entre la Lazio et l’AS Roma, a été pétri de l’influence de Piero Gratton. Ce dernier a en effet dessiné pour l’AS Roma le fameux lupetto, présent sur les maillots de 1978 à 1997, et symbole du club depuis. Tifoso romanista, Gratton a pourtant dessiné l’aquilotto (un aigle solitaire), que la Lazio a porté en écusson de 1979 à 1982.

Gratton a de même participé à l’invention ou la création d’autres écussons historiques, comme celui que Bari a porté en 1979 et 2014. C’est notamment avec cet écusson qu’Antonio Cassano s’est révélé dans le monde du calcio, en marquant le premier but de sa carrière contre l’Inter à la fin du siècle dernier.

Outre ces trois clubs, Piero Gratton aura aussi dessiné les écussons de Palermo (l’oiseau rose-doré), de Pescara (le dauphin), d’Ascoli, de Cesena et de l’Udinese.

En dehors du monde du calcio, Piero Gratton aura aussi eu une influence capitale. C’est lui, par exemple, qui dessine en 1983 le logo de l’UEFA, logo qui sera utilisé jusque 2011. Peu connu en dehors des frontières de l’Italie, Gratton aura donc néanmoins parlé à des millions de supporters en Europe et sur le reste de la planète. Des générations d’enfants et de joueurs ont grandi en supportant ou en jouant pour un club dont l’identité visuelle a été le résultat des dessins de Piero Gratton.

Une carrière au service de la RAI

Arrivé à la RAI en 1960 pour aider la chaîne à se moderniser en vue des Jeux Olympiques la même année à Rome, Piero Gratton aura non seulement marqué l’inconscient collectif italien par ses designs à la télévision, mais aussi pris part à certaines histoires rocambolesques, aujourd’hui tombées dans l’oubli.

C’est le cas de son voyage à Madrid en 1962. Envoyé par la RAI pour interviewer Alfredo di Stefano, Ferenc Puskas et Santiago Bernabéu, Piero Gratton reviendra en Italie dans un climat délétère, les journaux espagnols le soupçonnant d’être un espion au service de la Juventus, que le Real Madrid devait affronter en Coupe d’Europe quelques jours plus tard.

Un héritage considérable dans le monde du design

Dans la biographie qu’il a écrite sur son père, Michelangelo Gratton décrit la relation fusionnelle qu’entretenait avec lui l’AS Roma. Tifoso de cœur et à vie, Gratton dira toujours que son magnum opus était le lupetto. Aujourd’hui encore, cet écusson est régulièrement cité par les tifosi comme l’un des plus marquants de l’histoire du club, et l’AS Roma l’utilise souvent dans ses campagnes de communication.

Dans une interview accordée au Guardian (journal généraliste anglais), Michael Wolff, designer de Nike pour entre autres les maillots du Nigeria et de la France au Mondial 2018, ainsi que le maillot Jordan du PSG, disait tirer la majeure partie de son inspiration dans les dessins de Piero Gratton. « Les maillots, ça vient et ça part » a-t-il déclaré. « Mais les écussons, ça perdure. » Les supporters s’identifient aux écussons de Gratton. C’est leur identité. Ses designs avaient en plus cette qualité d’être simples et épurés. Ils enlevaient le superflu et ne gardaient qu’une figure totémique (le lupetto, l’aquilotto).

Pionnier dans le domaine du design, Piero Gratton est ainsi considéré comme un visionnaire. « C’est comme s’il savait qu’à notre époque digitale, le design serait dominé par des figures plus propres et plus simples, comme le logo de la Juventus » indique Wolff.

À l’annonce de la mort de Gratton le 3 avril dernier, son fils Michelangelo a déclaré avoir reçu des milliers de messages, « de tifosi me racontant leurs souvenirs heureux avec les écussons de mon père » C’est là qu’est, au fond, la place de Piero Gratton dans le calcio. Inégalable et éternelle.

Yacine Ouali



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