EDITO : La France studieuse, l’Italie ferait bien d’en tirer des leçons

Par François Lerose publié le 15 Juil 2018

C’est terminé, le mondial russe s’achève sur l’avènement de Didier Deschamps et de l’équipe de France, finaliste du dernier Euro et désormais double championne du monde. Une victoire 4-2 face à une Croatie fatiguée et sans génie qui au delà de l’événement, enseigne beaucoup à ceux qui voudront bien en tirer des leçons. Les autres resteront aveugles et se regarderont une fois de plus le nombril, les yeux écarquillés au prochain échec d’une Nazionale qui quoi qu’on en dise, n’a pas manqué le rendez-vous de l’été par hasard.

Le succès d’une équipe à tous les étages

La victoire de la France, ce n’est pas que de la chance, c’est de la réussite provoquée et quelques coups du sorts nécessaires que tout champion doit connaître dans un parcours pour triompher. Il y a eu le but en or de Blanc, le penalty face à l’Australie de Totti, l’échec de Baggio aux USA et bien d’autres encore. La victoire de la France, c’est la victoire de bien plus qu’onze joueurs alignés au coup de sifflet. C’est la victoire d’une organisation, d’un style, d’un management et d’une prise de conscience depuis 2012. S’il fallait tout reconstruire après 2010 et 2012, la France s’y est attelée, de la fédération au sélectionneur. Deschamps nommé, c’est avec lui que tout est parti. 6 ans de management impeccable pour une équipe bousculée, remise en cause, sur le terrain et surtout en dehors. Le cas Benzema, Ribéry, Pogba, le jeu proposé, ils sont nombreux à avoir étalé les obstacles de la réussite devant le coach champion du monde en 98. Rien y a fait, Didier Deschamps démontre être un sélectionneur hors norme, un génie du management et un coach complet. Aligner les hommes qui le fait gagner, peu importe le reste, les emmener dans une seule direction. C’est avec ce style là que l’homme y est arrivé. 6 ans de travail acharné, un jeu en contre parfois perfectible mais au final rodé au meilleur moment et surtout la construction d’une identité, d’un bloc et d’un groupe sur, et en dehors, à différents niveaux pour une unité retrouvée et des démons éloignés.

En France, les entraîneurs de renom ne courent pas franchement les rues, c’est indéniable. Deschamps était le seul à surnager dans un océan de coachs moyens, sans épaules et sans carrure. Lui a prolongé après 2014, après 2016 pour en arriver à 2018 avec son équipe. Cette victoire c’est aussi et surtout la sienne. Et si Deschamps s’en va ? Zidane pourra prendre le relais, avec quelle réussite, c’est un autre débat. En attendant, la permanence et la progression de l’équipe de France et de Didier Deschamps à la tête de la sélection se démarque de l’Italie, qui elle possède des coachs de renoms, une histoire formidable et toutes les cartes pour rester au haut niveau. Et pourtant … La démission de Prandelli, Conte et Ventura. Depuis 2002, les sélectionneurs passés par l’Italie sont tous au chômage où à la retraite (sauf Lippi en Chine). Certains préfèrent leur carrière personnelle au foot national. A tort ? Non. Le projet mené par la fédération donne envie de tout sauf de s’y attacher. On attend encore les élections, les vraies mesures. Bref les critiques habituelles. Mais alors qu’attend-on vraiment pour prendre exemple sur cette France (qui sur certains points demeure friable évidemment) ? Quand est-ce qu’on arrêtera de se regarder le nombril en soulevant nos quatre étoiles poussiéreuses comme bouclier, témoignages d’époques glorieuses mais maintenant révolues. Le foot italien va toujours mal, n’est pas guéri et devrait s’intéresser un peu plus à ses voisins transalpins.

Un Mondial faible, et parmi les faibles, nous n’y étions pas

Le niveau de la Coupe du Monde en Russie a fait débat. A raison. Aucune équipe n’est réellement sortie du lot. Les grandes nations comme l’Allemagne, le Brésil ou encore l’Angleterre et l’Argentine n’ont jamais semblé avoir ce petit plus qui les aurait fait basculer dans la catégorie des grandes équipes. La France elle l’avait. Pas impériale, mais intouchable, comme une sensation que rien ne pouvait l’arrêter. Elle était seule bien seule et l’Italie n’était pas là, battue par une Suède quart de finaliste avec ses armes. Notre fusil n’était que trop peu chargé pour s’inviter à la table de ce qu’ils appellent, des « faibles ».

Dans cette Coupe du Monde où Neymar s’est distingué par les roulades et l’Allemagne par son élimination au premier tour, peu de joueurs sont sortis du lot. Mbappe a tiré vers le haut les siens au meilleur des moments, tout comme Griezmann ou encore Pogba. Les autres nations n’ont que trop reposé sur des individualités trop faibles pour se hisser à hauteur de l’événement. Hazard a brillé par intermittences, Modric a disparu sous la pression et a laissé la part belle à d’autres et … et c’est tout. Le Monde n’a plus vraiment de top players hormis les Ronaldo et Messi qui eux non plus au final n’auront pas réussi à réhausser le niveau de leurs coéquipiers, les équipes semblent plus faibles et pourtant la France est sortie du lot car plus forte, plus structurée et au final meilleure. Est-ce de la faute de Deschamps si les autres nations sont plus faibles ? Non. Ce n’est pas non plus sa faute si la Croatie fatiguée par ses prolongations n’a pu se défaire du Danemark ou de la Russie en 90 minutes avant d’arriver au bout du tunnel.

Alors maintenant au lieu de critiquer, d’invectiver et de pleurnicher, attachons nous aux échéances à venir, l’Euro 2020, le match face à la Pologne en septembre, pour construire une équipe qui gagne et pour enfin revenir dans le débat. Parce qu’aujourd’hui, nous n’y sommes pas. Alors laissons la France triompher, avec un trophée mérité et une étoile supplémentaire non volée et tirons les leçons de tout ce que nous venons de voir. Devant la TV, l’Italie a pris des notes, du moins je l’espère.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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