DOSSIER : Les britanniques en Serie A. 1ère partie : Gerry Hitchens, prophète dans le mauvais pays

Par Yacine Ouali publié le 30 Jan 2019

L’Italie est historiquement une terre hostile pour le football britannique. Peu de joueurs de Grande Bretagne et d’Irlande ont en effet réussi à s’imposer dans ce championnat tactique et défensif, si différent de leur culture. De John Charles à Jimmy Greaves, de Dennis Law à Joe Hart, c’est peu dire que les fortunes furent diverses pour les sujets de sa majesté venus goûter à la dolce vita.

De droite à gauche : Dennis Law, Gerry Hitchens, John Charles.

Dans la première partie de ce dossier, retournons sur les traces de Gerry Hitchens, le joueur anglais qui mieux que quiconque a personnifié l’expression « nul n’est prophète dans son pays ».

Le héros oublié de la Grande Inter

Né dans le Staffordshire en 1934, Gerry Hitchens éprouve d’abord un mal fou à faire de sa passion une réalité, et se résout à travailler dans les mines avant d’enfin lancer sa carrière à Cardiff en 1955. 40 réalisations et deux saisons plus tard, le buteur racé est transféré à Aston Villa, où il marquera la bagatelle de 78 buts en 132 matches. C’est assez, en plus d’un doublé avec l’Angleterre contre l’Italie à Rome en 1961 lors d’un match amical, pour attirer l’attention de l’Inter, en quête de renaissance après des années de vaches maigres. Inspirés par la réussite de John Charles à la Juventus, les nerrazzurri veulent faire d’Hitchens le fer de lance de l’équipe entraînée par un certain Helenio Herrera.

De la Grande Inter, Hitchens en sera précurseur et ne vivra que la première année, celle de la place de dauphin en Italie (1961-1962). Ce fut assez néanmoins pour gagner sa place dans le cœur des tifosi, qui se souviennent aujourd’hui encore, avec une pointe de nostalgie, des exploits d’Il Cannone, troisième meilleur buteur de Serie A cette saison-là avec 16 buts.

Petit à petit, grâce notamment à des escapades avec son ami du Milan Jimmy Greaves, Hitchens s’adapte à la vie italienne et devient, par son physique rare et son style peu orthodoxe, très populaire dans la péninsule.

Turin, Bergame, Cagliari : une décennie sur les routes d’Italie

Après un an, l’Inter décide de ne pas garder Hitchens et le vend au Torino. L’anglais portera sur ses bras une équipe chez qui, surtout pour les supporters, le souvenir du Superga était encore vivace. En trois saisons et avec 28 buts en 89 apparitions, Hitchens aidera les granata à glaner une 8ème, une 7ème puis une historique 3ème place en 1964-1965 au milieu d’une concurrence comme l’Italie n’en connaîtra plus jusqu’aux années 1990.

Ces performances vaudront à Hitchens d’autres appellations, comme par exemple Il Principe del gioco del calcio, le Prince du jeu. De cet étranger blond aux yeux bleus, l’Italie s’éprend et en fait une personnalité très populaire, dans un contraste saisissant avec une Angleterre où son nom n’est que très peu prononcé et où la sélection lui refuse trop souvent ses faveurs.

À 31 ans, alors qu’il approche du crépuscule de sa carrière, Hitchens passe sous le pavillon de l’Atalanta. Il ne marquera que 10 buts en 58 matches entre 1965 et 1967 mais participera grandement au maintien du club en Serie A avec deux honorables 14ème et 11ème places.

C’est enfin à Cagliari, de 1967 à 1969, que Gerry Hitchens marquera ses derniers buts en Italie. Au bout d’un long voyage entre Lombardie, Piémont et Sardaigne, Il Cannone marque et joue de moins en moins, mais il continue de faire profiter l’Italie de quelques moments de pure beauté, pendant deux saisons où Cagliari terminera 9ème puis 2ème.

À l’été 1969, à 35 ans et alors que Cagliari s’apprête à vivre la plus grande saison de son histoire, un insouciant Gerry Hitchens décide de rentrer en Angleterre, où il tentera une dernière fois de devenir prophète en son pays avant de raccrocher les crampons en 1971.

Entre 1961 et 1969, plus longue période qu’ait passé un joueur britannique en Serie A, Gerry Hitchens aura réussi là où peu de ses compatriotes osent s’aventurer. Hitchens, c’etait Il Cannone, ce génial attaquant injustement boudé par l’Angleterre qui, contre toute attente, aura trouvé en l’Italie sa deuxième patrie.

Yacine Ouali



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