DOSSIER : Les années Berlusconi – Quand Calcio rime avec politique

Par Christophe Mazzier publié le 15 Nov 2020

Le 20ème président du Milan AC, Silvio Berlusconi aura, pendant 20 ans, étoffé son palmarès politique et footballistique… mais également judiciaire. La sulfureuse réputation du Cavaliere dépassera les joutes du pré carré, et sera une lucarne essentielle dans son ascension. Calciomio se penche sur l’utilisation de la lucarne sportive comme vitrine politique de ce personnage haut en couleur.

Quand la Mafia faisait son gras

La légende veut que l’empire familiale berlusconien commence avec Luigi, le père de Silvio. En tant que banquier, il était le parfait intermédiaire d’une mafia avide d’investissement immobilier dont l’objectif était le blanchiment d’argent à grande échelle. Le pécule engrangé pendant ces affaires va permettre au jeune Silvio de monter des projets immobiliers d’envergure.

Le socle de sa fortune viendra de la création ex nihilo d’un quartier milanais, un projet monumental. Mais béton et mafia faisant souvent bon ménage en Italie, les opposants à l’homme d’affaire n’auront de cesse de pointer du doigt ses interactions avec l’organisation criminelle, et ce depuis les débuts de son entreprenariat.

Craxi, mon ami

Puis le natif de Milan va mettre un pied dans les médias en créant la première chaine privée du pays. Elle était vouée à être diffusée dans le moderne quartier de Milano 2. Le succès de ses contenus (divertissement et jolie femme), vaudront à ses chaînes d’inonder le foyer de toute l’Italie. Mais la législation interdisait à une chaine privée de de diffuser nationalement.

Et c’est là qu’intervient le socialiste Bettino Craxi. Berlusconi devient un proche du premier ministre qui libéralisera les médias et ouvrira les portes aux chaines privées. Le magnat d’Arcore pour agrémenter ses contenus agrégera le football, le nouvel opium du peuple. Pour accroître son expansion, il acquiert le Milan AC le 20 février 1986, au nez et à la barbe de Dino Armani, qui criera au complot politique en pointant du doigt les pressions de l’entourage de Craxi.

La « Rivoluzione Liberale »

En pleine marée noire de Mani Puliti, en 1993, Berlusconi se lance dans la vie politique. Les italiens en ont marre de la corruption et des politiques véreux, le Cavaliere arrive au bon moment et il devient président du conseil en 1994. En pleine campagne électorale, le Milan AC officialise le transfert de Marcel Desailly pour 11 Milliards de lire, comme pour amadouer un peuple désabusé.

L’attrait du Milan AC et la fascination pour ce club mythique deviennent pour Berlusconi une vitrine parfaite. Si son ascension n’est pas qu’une affaire causale, rien n’est moins sûr, et dans le cas contraire, la superstition du leader de Forza Italia lui fera réitérer l’opération. L’année suivant en 1995, la crise du gouvernement va l’évincer du pouvoir, et une nouvelle élection pour élire le président du Conseil va être organisée.

Des cadeaux et des hommes

L’été qui précède ces élections, il fait deux cadeaux aux tifosi rossoneri : Georges Weah et Roberto Baggio. Les mêmes effets n’ont pas les mêmes conséquences. Le parti de Forza Italia est devancé par la coalition emmenée par Prodi. Mais le parti libéral gagne des voix et s’installe définitivement dans le paysage politique italien.

Une fois n’est pas coutume. En 2001, Berlusconi devient le nouveau premier ministre et comme cadeau pour ses partisans et supporteurs, il recrute pour des montants records, Rui Costa de la Fiorentina et Pippo Inzaghi de la Juventus. En 2008 bis repetita, pour sa 3ème résidence Palazzo Chigi, il offre au club, Beckham, fait revenir Shevchenko et acquiert le prodige Ronaldinho.

Rattrapé par la patrouille

En 2009, Kaka se retrouve au sein d’une histoire farfelue. Alors que la campagne fait rage pour les législatives, Berlusconi refuse de vendre le joueur brésilien à Manchester City pour 100M€, de peur de décevoir son électorat et de perdre des voix. Mais cette décision tiendra jusqu’à l’annonce de sa défaite… qui enverra le chouchou de San Siro au Real Madrid.

Des couts financiers énormes injectés dans les 20 procédures judiciaires à son encontre (près de 500 M€), une inéligibilité de cinq ans, des condamnations carcérales (qu’il ne fera pas en raison de son âge) auront grâce de son activité politique, même au sein de « son » Forza Italia qu’il ne peut plus représenter, et également au sein de son Milan AC, qu’il revendra en 2017, après une décennie noire pour un Milan AC rentré dans le rang.

A lire aussi dans le dossier « Le Milan AC, les années Berlusconi » :

1. 1986, le commencement (1/4)
2. Sacchi et la Réforme (2/4)
3. Quand business rime avec Calcio (3/4)
4. Une vitrine politique (4/4)

Christophe Mazzier



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