DOSSIER : L’épopée de Vicenza en Coupe d’Italie (2/2)

Par Christophe Mazzier publié le 22 Déc 2019

En ces temps où la logique économique impose très souvent sa loi dans le sport, il est plaisant de se rappeler de douces anecdotes inhérentes aux coupes nationales. Dans ce dossier consacré à cette magnifique ville, Vicenza, que surplombe le Monte Berico, nous avions, dans une première partie, souligné le jeu flamboyant produit par le « Real Vicenza » en 1977-1978, qui avait enthousiasmé les foules.

Dans cet article, les faits se déroulent en 1996-1997, et Vicenza va être l’acteur d’une fabuleuse épopée. Cette Coupe d’Italie remportée face au Napoli est, aujourd’hui encore, l’un des plus grands exploits réalisés dans cette compétition.

Une parenthèse enchantée

En 1989, Vicenza perd son propriétaire principal Lanerossi. Les biancorossi ne perdent pas simplement leur argentier mais le fameux « R » stylisé, inscrit sur leur maillot qui symbolisait le club pendant des décennies. Fini l’alliance entre la mode et le sport. I gatti prennent alors le nom de Vicenza Calcio. La nouvelle entité repart sur de nouvelles fondations.

Depuis 1979, l’équipe vivotait entre la Serie C et B. C’est en 1995 que le club, alors entraîné par Francesco Guidolin, obtient une promotion miraculée en Serie A. Dans les rues de cette ville, qui a été habillée par le génial Palladio, la foule est en liesse. Dalle Carbonare le sulfureux président-entrepreneur est porté en triomphe. Il aura grandement contribué à accompagner son équipe au sommet mais la précipitera aux enfers quelques années plus tard.

En attendant, lors des deux premières saisons, le « V », comme l’équipe est alors surnommée, produit un jeu chatoyant. Leur organisation chorale met en difficulté de nombreux clubs. Les « 3 grands », Juventus, Inter et Milan seront battus par cette équipe sans grandes stars. Ils flirteront avec les places UEFA pendant deux ans. Mais la vraie surprise nationale, ils la créeront lors d’une épopée fabuleuse en Coupe d’Italie.

La chevauchée des « V »

Au sein de l’effectif, les noms ronflants d’antan, les Paolo Rossi et autre Baggio, qui faisaient se lever les foules dans le stade Romeo Menti ne sont qu’un lointain souvenir. Au milieu du terrain, on trouve Mimmo Di Carlo, le régulateur de l’équipe, le taulier. Il est accompagné de Maini, Gentilini et Ambrosetti sur les côtés. En défense, les latéraux Sartor, Wage et Beghetto, les défenseurs centraux Viviani et Lopez sont chargés de protéger Brivio, le gardien. Otero et Murgita (en alternance avec Cornacchini) forment le duo d’attaque.

Après s’être défait du Milan AC en quart, ils sont opposés en demi-finale à Bologne. A l’aller, Vicenza s’adjuge la victoire par le plus petit des écart grâce à un but de Murgita. Lors du match retour, l’ex de Bologne Cornacchini délivre les siens en égalisant juste avant les prolongations dans un match tendu. Pour la première fois de son histoire, Vicenza est en finale de la Coupe d’Italie. Elle rejoint le Napoli qui a battu l’Inter.

L’incroyable finale

Le premier round se déroule dans un stade San Paolo en feu. Le Napoli reste sur 6 années de vaches maigres après la Supercoupe d’Italie gagnée en 1990. Les coéquipiers de Boghossian et d’Ayala s’en remettent aux pieds du jeune Fabio Pecchia pour sortir vainqueur lors de ce premier match. Tout un peu peuple attend de regoûter aux joies de la victoire depuis le départ de Diego Maradona et suspend son souffle jusqu’au match retour.

Mais il était écrit que les colli Berici allaient époumoner les Azzurri. Le Romeo Menti est plein à craquer. Des tribunes, le public pousse son équipe vers la victoire. Malgré l’absence du meilleur buteur du club, Otero, blessé au match aller, les locaux ouvrent le score à la 21ème minute, par l’intermédiaire de Maini. Match nul et balle au centre. La finale est relancée. L’épilogue a dû mal à s’écrire fermement. Le temps s’allonge et se poursuit dans les prolongations. La séance des tirs aux buts semble être inévitable. Mais à deux minutes du terme, sur un coup franc de Mimmo Di Carlo, Maurizio Rossi profite de l’erreur du gardien Taglialatela, pour pousser le ballon dans les filets. Puis c’est Ianuzzi qui triplera la mise et qui délivrera tout un peuple.

L’histoire retiendra que Guidolin a guidé Vicenza pour ce qui deviendra le plus grand exploit de son histoire. Les biancorossi goûteront aux joies des joutes européennes la saison suivante pour une nouvelle épopée qui les mènera jusqu’en demi-finale de la Coupe des Coupes.

Christophe Mazzier



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