DOSSIER : La lingustique du Calcio – Les intellectuels sportifs

Par Elio Gusti publié le 02 Oct 2019

Comme nous l’avons donc vu précédemment, il existe donc un langage spécifique du Calcio, né d’une volonté politique d’unifier le pays par une italianisation des termes. Mais bien évidement, loin de rester une novlangue uniquement destinée à la bureaucratie, c’est l’ensemble du pays qui s’en est emparé et l’a fait évoluer à travers différents usages : journalistiques, ultras et même le monde des arts.

Des journalistes inventifs

Aujourd’hui, cette spécificité ne se borne pas uniquement aux 90 minutes d’un match, l’usage de ce champ lexical et réinventé quotidiennement, atteint son paroxysme grâce aux journalistes sportifs italiens. Plus que de simples commentateurs passifs du jeu, ils ne se contentent pas de donner un avis mais jouent quotidiennement avec la langue italienne pour créer chaque week-end de nouveaux néologismes poétiques rendant compte de la beauté ou de l’horreur des évènements. Ainsi, allant plus loin que les calembours (nous ne pouvons que regretter la disparition de romanciers tels Antoine Blondin, qui transformait le tour de France en Odyssée Homèrienne…) il suffit de lire la première page de La Gazzetta du lundi matin pour être témoin de l’inventivité des journalistes italiens.

Le football en Italie est une affaire de passion qui dépasse la simple sphère du sportif pour devenir véritablement une affaire de culture au sens propre. Que ce soit à travers un usage unique et inventif du langage, une prose quotidienne des journalistes sportifs ou encore des tifosis à travers leurs banderoles. Ainsi, il n’est pas rare que les librairies italiennes publient les meilleurs textes sous forme d’anthologie de journalistes ayant su magnifier par leurs écrits un évènement sportif. Montanelli, Ghirelli, ou encore Giovani Arpino, qui suivit la coupe du monde 1974.

Un sujet qui dépasse la sphère sportive

Aimer le Calcio, c’est donc comprendre qu’il ne suffit pas de parler de football, il faut parler LE football. Il faut voir les étagères des librairies italiennes possédant des rayons entiers de livres spécialisés, de romans narrant les exploits des nombreux artistes ayant foulés nos pelouses. Mais la spécificité transalpine fait que cela n’est pas réservé aux exégètes du ballon rond et nombreux sont les auteurs ou les philosophes s’emparant du sujet pour l’élever dans des sphères encore plus hautes. Ainsi, Pier Paolo Pasolini écrivit un magnifique texte sur la « langue football » en y voyant une différence majeure :  un football fait de prose et un autre fait de poésie. Dressant un constat qui ne peut être compris que par ceux qui maîtrisent la langue de Dante :

« Quels sont les meilleurs dribbleurs du monde et les meilleurs buteurs ? Ce sont les Brésiliens. Et leur football est donc un football de poésie : d’ailleurs, tout est basé chez eux sur le dribble et le but. Le “catenaccio” (cadenas) et le jeu en triangle est un football de prose : en effet, il s’appuie sur la syntaxe, c’est-à-dire sur le jeu collectif, organisé : autrement dit, sur l’exécution raisonnée du code. Son seul moment de poésie c’est la contre-attaque ; avec le but en prime (qui comme nous l’avons vu, ne peut être que poétique). En définitive, le moment poétique du football paraît être (comme toujours) le moment individualiste (dribble et but ou même passe inspirée). Le football en prose est celui qui dépend d’un système (le football européen). »   Pier Paolo Pasolini – Les terrains, écris sur le sport.

Pour finir et avant d’établir un mémento des termes les plus populaires à maîtriser quand vous aimez le Calcio, il faut en dernier lieu remarquer qu’aujourd’hui l’art du Calcio dépasse la simple forme écrite du journalisme et commence progressivement à devenir un objet d’étude pour d’autres « Arts ». Citons, bien évidement, l’AS Velasca et ses réinterprétations des symboles les plus élémentaires du football, allant des maillots dessinés par des artistes contemporains aux filets, cartons et brassards de capitaine. Mais aussi par des vidéastes comme Yuri Ancarani filmant San Siro en 2014, ou encore Klauss Litmann plantant une forêt dans le stade autrichien de Klagenfurt, montrant ainsi que le rapport au football n’est pas uniquement une affaire de poésie sportive mais peut aussi être un espace de réflexion sur le monde qui l’entoure.

A lire aussi :

1) La linguistique du Calcio : l’histoire et le spectacle

2) La linguistique du Calcio : les intellectuels sportifs

Elio Gusti

Romain par mariage, j'aime la Lazio, les cornetto al miele et les Fiat. Je n'apprécie pas le football moderne et les personnes portant des chemisettes à carreaux. Philosophiquement Maradonien à tendance Zemanienne.



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