DOSSIER : « Grande Torino, toujours un mythe 70 ans après Superga », Ferruccio Novo le président

Par Florian Giunta publié le 17 Mar 2019

A l’occasion du 70ème anniversaire du drame de la Superga qui a vu la mort, lors du crash à Turin, des joueurs du Grande Torino le 4 mai 1949, Calciomio vous offre une série d’articles. Jusqu’à juin 2019, pas moins de dix articles, qui chaque mois, vous plongent dans l’histoire de ce qu’est aujourd’hui le Torino FC mais aussi dans les résonances que cet événement a encore aujourd’hui. Nouveau volet de notre série : le président du Grande Torino, Ferruccio Novo. Ferlaino, Boniperti, Berlusconi, Mantovani, Moratti par exemple sont des présidents qui sont restés dans la mémoire des tifosi. Novo, président du Torino entre 1939 et 1953,  fait partie de la petite liste des grands.

Comme un père… qui sait s’entourer.

Joueur chez les jeunes du club jusqu’à 16 ans, Ferruccio, selon son propre aveu, est un gros nul. Issu d’un milieu petit bourgeois (son père dirige une entreprise de machine agricole), ce supporter du Torino entre au comité directeur. Il est mis en selle par le Président Cuniberti en avril 1939 dont le bilan est respectable : jamais champion mais trois podiums et une coupe d’Italie. Novo est un président paternaliste qui couve ses joueurs loin des rapports formels d’un patron envers ses salariés. Les présidents de l’époque usaient de la distance alors que Ferruccio suit ses joueurs en déplacement et s’installe lors de certains matchs dans les tribunes populaires du stade Filadelfia. Il est aussi un président intrusif : quand Virgilio Maroso a des problèmes de coeur, il convoque Carla, la fiancée. Il lui demandera d’épouser Virgilio ou bien de le quitter…

Ferruccio Novo ne se satisfait pas de cette dimension charismatique pour diriger : il sait s’entourer d’experts. Parmi ses conseils, on compte Vittorio Pozzo, le sélectionneur de la Nazionale qui connaît bien les clubs anglais dont Novo veut s’inspirer. Il est aussi friand des conseils moins formels de Roberto Copernico, grand connaisseur de football et vendeur de cravates !  Malgré les lois raciales anti juives, il reste lié à Egri Erbstein qui occupe le poste de directeur sportif (plus ou moins officiellement) à défaut de pouvoir s’asseoir sur le banc comme entraîneur… Il avait aussi mis en place une équipe de scouts, composée d’ex « bandiere » granata, chargés d’observer les futurs recrues.

Un homme qui innove en quête de notoriété internationale

Son bilan plaide pour lui : cinq scudetti entre 1943 et 1949. Les moyens pour y parvenir sont parfois originaux. D’abord une colonne vertébrale de joueurs : Loïck, Gabetto, Grezar, Ossola emmenée par un capitaine charismatique en la personne de Valentino Mazzola qui est ses yeux et ses oreilles dans le vestiaire. Ensuite, il persuade staff technique et joueurs que le « modulo » (2-3-5) est mort et qu’il faut le remplacer par le « sistema » appelé aussi WM. Homme de communication, le Torino est la seule équipe italienne à l’époque se déplaçant dans un car aux couleurs du club. L’une de ses obsessions est de faire rayonner le Toro sur la planète. Homme de réseau, l’un des moyens est de siéger à la commission technique fort influente lorsqu’il s’agit de sélectionner les joueurs pour la Nazionale… Mais c’est insuffisant pour Novo, le club doit avoir sa propre politique de rayonnement à l’international.

Le Torino recrute Grava et Bongiorni – tous deux franco-italien – mais aussi Schubert, joueur tchèque. Le plus marquant est Fabian, joueur roumain qui supplée Ossola et Ferraris quand ils se blessent contribuant avec ses 9 buts en 15 matchs à l’obtention du quatrième titre. Novo multiplie les tournées internationales en Europe mais aussi au Brésil ou en Argentine. Souvent victorieuses, ces escapades accroissent la renommée du club à une époque où n’existent pas de grandes compétitions internationales. C’est de Lisbonne que décolleront les victimes du 4 mai, et Francesco Novo leur survivra. Celui qui était de nombreux déplacements, cette fois là, était resté dans la capitale du Piémont.

 

 

 

Florian Giunta



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